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C’est bon ça y est, on peut arrêter les frais avec Kanye West ?

Sale temps pour Ye. Et c’est plus que jus­ti­fié. Après des allu­sions ain­si que des pro­pos ouverte­ment anti­sémites, le rappeur et pro­duc­teur Kanye West a per­du de nom­breux con­trats et une part impor­tante de sa for­tune. Des événe­ments qui cristallisent la phase “roue libre” du pro­duc­teur et ses prob­lèmes de san­té mentale.

Alors… Il y a beau­coup d’élé­ments dans cette his­toire. Depuis peu Kanye West se prend un retour de bâton ‑pratiquement- sans précé­dent. Son entourage et ses col­lab­o­ra­teurs le lâchent un par un. Par exem­ple Ari Emanuel, l’une des per­son­nes les plus influ­entes à Hol­ly­wood, aurait appelé toutes les entre­pris­es à rompre leurs liens avec Kanye West, notam­ment Apple, Spo­ti­fy et Adidas.

En quelques jours, à la suite de ses dia­tribes antisémites :

  • Plus de con­trat avec Adidas
  • Plus de con­trat avec Balenciaga
  • Comptes Twit­ter et Insta­gram suspendus
  • Aban­don­né par son avo­cate Camille Vasquez
  • Lâché par Def Jam
  • Lâché par l’a­gence CAA qui gérait ses tournées depuis 2016
  • Liens rom­pus avec Vogue
  • Doc­u­men­taire annulé
  • Chute de ses streams de 23% (chiffres au 25 octobre)
  • Son école privée ‘Don­da Acad­e­my’ ferme ses portes
  • Il n’est plus mil­liar­daire et voit sa for­tune pass­er autour de 400 mil­lions de dollars

Où tout cela a‑t-il com­mencé ? Et bien, le point d’ac­croche sem­ble être ce 3 octo­bre, où le rappeur organ­ise un défilé pour sa mar­que Yeezy. Il se pointe avec un t‑shirt flo­qué d’un “White Lives Mat­ter”, slo­gan créé par les supré­macistes blancs en réac­tion au mou­ve­ment “Black Lives Mat­ter”. Cela provoque ‑logiquement- l’in­com­préhen­sion de la com­mu­nauté noire améri­caine. Pour répon­dre, Kanye a prof­ité de plusieurs inter­views, notam­ment chez Clique et sur Fox News.

Durant ces entre­tiens, il se dit en croisade con­tre cer­tains médias qui ont “un agen­da où Dieu n’a aucune place”, que “leur sketch ne marche plus”, et qu’ils ten­tent de lui don­ner le rôle du fou. Con­cer­nant le t‑shirt ? “J’ai écrit que les vies blanch­es comptent, parce qu’elles comptent, tout sim­ple­ment. Ceux qui nous ont volé notre iden­tité et qui nous ont cat­a­logué comme une couleur nous dis­ent ce que ça sig­ni­fie d’être noir […] À un moment, je voy­ais des gens blancs porter des t‑shirts “Black Lives Mat­ter”, comme s’ils me fai­saient une faveur de le porter pour me rap­pel­er que ma vie comp­tait. Comme si je ne le savais pas. Donc je voulais ren­dre cette faveur aux blancs”.

Dans la foulée, Kanye West lâche les chevaux en deux temps : d’abord il explique que le Planned Par­ent­hood (équiv­a­lent de notre plan­ning famil­ial) a été créé par le Ku Klux Klan pour “con­trôler la pop­u­la­tion juive”, puis en dévoilant des cap­tures d’écran issus de con­ver­sa­tions avec le rappeur P. Did­dy, que Kanye accuse d’être un agent à la sol­de des “jew­ish peo­ple” : il lui assène (voir cap. écran ci-dessous) “je vais t’u­tilis­er comme exem­ple pour mon­tr­er aux juifs qui t’ont dit de m’ap­pel­er que per­son­ne ne peut me men­ac­er ou m’in­flu­encer. Je t’ai dit que c’é­tait la guerre”.

kanye instagram

Kanye a con­tin­ué à poster sur ses réseaux soci­aux, notam­ment sur Twit­ter où il a inter­pelé Mark Zucker­berg avec une allu­sion dou­teuse (le créa­teur de Face­book et pro­prié­taire d’In­sta­gram est de con­fes­sion juive). Il a même posté ‑avant que ce ne soit rapi­de­ment supprimé- qu’il allait “pass­er en mode Def­con 3 con­tre les Juifs”. C’est déjà beau­coup trop, et ça ne s’ar­rête pas là. Le rappeur a ten­té de racheter la plate­forme Par­ler, réseau social de l’extrême-droite améri­caine. Lun­di 17 octo­bre, Par­ler Tech­nolo­gies et son PDG George Farmer ont con­fir­mé un pro­to­cole de vente. Kanye West a com­men­té de son côté : “dans un monde où les opin­ions con­ser­va­tri­ces sont con­sid­érées comme con­tro­ver­sées, nous devons nous assur­er que nous avons le droit de nous exprimer librement.”

On con­naît les nom­breuses frasques de Kanye West depuis plusieurs années. On ne peut qu’énumér­er ses accoin­tances avec Don­ald Trump, sa can­di­da­ture à l’élec­tion prési­den­tielle améri­caine, ses accu­sa­tions con­tre Bernard Arnault et LVMH d’avoir “tué Vir­gil Abloh, ses insultes répétées à son ex-femme Kim Kar­dashi­an et à son nou­veau copain… Mais aus­si son inter­view en 2018 sur Fox News (déjà) où il affir­mait que “l’esclavage [était] un choix”.

Mal­gré tout le respect qu’on peut avoir pour la car­rière musi­cale de Kanye West, pour ce qu’il a accom­pli en tant que rappeur et pro­duc­teur dans une indus­trie qui ne voulait pas de cette double-casquette, tout n’est pas par­donnable. L’ex­cuse “c’est un génie, alors il est un peu fou” ne prend plus non plus. Bien sûr, on sait les prob­lèmes psy que Kanye West ren­con­tre (il souf­fre notam­ment de trou­bles bipo­laires). Ces trou­bles doivent être pris en charge sérieuse­ment. Et ce genre de dia­tribes offen­santes, qu’elles soient racistes ou anti­sémites, n’ont leur place nulle part. Evidem­ment, ne tombons pas dans l’ex­trême inverse pour vers­er dans la psy­cho­pho­bie, en met­tant tous les gens atteints de trou­bles men­taux dans la caté­gorie “ingérables comme Kanye”.

Le rappeur ne sem­ble pas s’être apaisé, puisqu’il y a deux jours à peine, il déclarait ceci :

Peut-être les médias pourraient-ils arrêter de l’in­viter en inter­view ou du moins penser à un cadre, ou même arrêter de le célébr­er ? Le cas Kanye West est un exem­ple par­fait du débat “sépar­er l’homme de l’artiste” : ce sera un grand “non” pour nous. Tout n’est pas excus­able, loin de là.

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