En écoute : le CD mixé d’Andrew Weatherall pour Tsugi

par Tsugi

L’un des par­rains de la musique élec­tron­ique anglaise, Andrew Weather­all, est mort lun­di 17 févri­er d’une embolie pul­monaire à l’âge de 56 ans. Nous souhaitons lui ren­dre hom­mage avec ce qui l’a élevé au rang de légende et ce pourquoi nous l’ap­pré­cions tant : sa musique, son tra­vail. Voici en écoute son mix de 2011 pour le CD mixé de Tsu­gi, qu’on pou­vait retrou­ver dans le numéro 38 du mois de févri­er de cette même année (DJ Meh­di, Busy P et Dje­jotron­ic en cou­ver­ture).

Andrew Weatherall : live at the Rotters Golf Club

Andrew Weather­all n’a pas eu envie de com­menter son mix mais de nous écrire un texte, préférant comme à son habi­tude suiv­re ses pro­pres règles plutôt que celles des autres. À Tsu­gi, ça nous va très bien !

Écrire sur la dance music c’est comme danser sur l’architecture, a dit un jour quelqu’un — je pari­erais bien sur Paul Mor­ley (jour­nal­iste mythique du NME, ndlr). La musique fonc­tion­nelle inspire générale­ment une écri­t­ure fonc­tion­nelle. Et puisque les DJ’s insis­tent tou­jours sur la manière dont ils “racon­tent une his­toire” à tra­vers leurs mix­es, j’ai pen­sé que je pour­rais lit­térale­ment racon­ter ici une his­toire.

Ce matin, j’accueillais le jour nou­veau avec un fond de malaise , comme rompu, voyeur maus­sade d’un monde auquel je me sen­tais insuff­isam­ment relié. J’avais besoin de vivre quelque chose d’extraordinaire, besoin d’un genre d’élan grisant, d’une lueur d’ivresse ram­pant sous la peau qui n’arriverait qu’en exerçant quelque acte ridicule. Alors je me suis pré­cip­ité pour ouvrir la fenêtre. La pre­mière per­son­ne que j’aperçus fut Charles, mon voisin du dessous aspi­rant poète. “Hey ! Hey !” lui criai-je avant de lui som­mer de me rejoin­dre. Le voir con­traint de remon­ter pénible- ment les six étages de l’immeuble alors qu’il venait tout juste d’en sor­tir suf­fit à alléger mon humeur lugubre.

Il arri­va finale­ment, le souf­fle coupé. “De quelle autorité vous réclamez-vous pour m’interpeller comme cela ?” Le ton sar­cas­tique de sa voix était com­plète­ment anni­hilé par son râle hale­tant. “Aujourd’hui, je sais sim­ple­ment ce que je vois. Et je sais que ce dont on souf­fre deux min­utes aujourd’hui, on l’aura oublié demain… Et cela mon ami, me con­fère assez d’autorité.” Après ces mots, il com­mença à sor­tir des feuilles de papi­er, me les ten­dant après avoir effec­tué une brève lec­ture de con­trôle qual­ité. Je com­mençais à lire ces bouts de poésie, pros­es et com­men­taires soci­aux, qui m’étaient ten­dus avec une hâte de plus en plus pres­sante, alors que je n’affichais tou­jours aucune émo­tion. Les meilleurs pas­sages man­quaient de con­vic­tion véri­ta­ble, les moins bons tran­spi­raient une pas­sion vis­i­ble. “Com­ment ? Pas de vit­res col­orées ? De car­reaux mag­iques ? Juste des éclats de verre que vous avez appelés Les Fleurs du mal. Une lentille opaque que vous avez choisie comme éti­quette pour décrire… Oh oui, le Spleen de Paris.” Je l’ai poussé en arrière vers les escaliers, lui jetant son tra­vail alors qu’il rec­u­lait. Ce qu’il en restait, je l’ai ramassé pour le jeter par la fenêtre. Ravi de ma folie, alors que le papi­er volait autour de lui, j’ai crié : “Rends la vie plus belle ! Rends la vie plus belle !”

Track­list du mix

01 AZARI & III
“Into the Night (Trox­ler, Masomenos & Jaw — Live in Paris mix)”
EXTRAIT DU MAXIINTO THE NIGHT” (TURBO)

02 TWIN SISTER
“All around and away we go (Eski­mo Twins remix)”
EXTRAIT DU MAXIALL AROUND AND AWAY WE GO” (DOMINO/PIAS)

03 SIMIAN MOBILE DISCO
“Fugu”
EXTRAIT DE LA COMPILATION DELICACIES (DELICACIES/COOPERAIVE MUSIC)

04 VLADISLAV DELAY as SISTOL
“(Per­mis­sion to) Avalanche (Red­shape remix)”
EXTRAIT DU MAXI ON THE BRIGHTER SIDE (REMIXES VOL. 1) (HALO CYAN)

05 CLARA MOTO feat. MIMU
“Deer and Fox (Stacey Pullen remix)”
EXTRAIT DU MAXIDEER AND FOX (REMIXES)” (INFINÉ)

06 TIGA
“Love don’t dance here any­more (C2 remix)”
EXTRAIT DU MAXILOVE DON’T DANCE HERE ANYMORE” (DIFFERENT/PIAS)

(Vis­ité 1 329 fois)