Lamont Dozier en 2009 © DR

Lamont Dozier, prolifique et méconnue légende de la soul, est mort à 81 ans

Lam­ont Dozi­er n’est peut-être pas un nom fam­i­li­er du grand pub­lic. C’est pour­tant une légende de la musique soul qui vient de nous quit­ter, à l’âge de 81 ans. Il a passé la majeure par­tie de sa car­rière chez le label Motown et a com­posé ou écrit pour The Supremes, Mar­vin Gaye, Phil Collins, les Isley Broth­ers… Entre beau­coup d’autres. 

Le décès d’O­livia Newton-John, star iconique d’un film mar­quant, a fail­li éclipser le sien. Lam­ont Dozi­er a pour­tant légué des dizaines de clas­siques qui ont durable­ment mar­qué la musique améri­caine. Et même au-delà. Il a notam­ment co-écrit et pro­duit 14 titres qui se sont hissés à la pre­mière place du classe­ment Bill­board US, et 4 numéros Un en Grande-Bretagne. C’est dire le poids du bonhomme.

Né le 16 juin au début de l’été 1941 à Détroit, il crée dès ses 13 ans le quar­tet The Romeos avec qui il sort quelques 45 Tours, puis enchaîne avec les Voice Mas­ters qui sur­fent sur un doo-wop pro­pre à l’époque, de cette fin des années 1950. Il change de pavil­lon et de dimen­sion en sig­nant chez Motown au début des six­ties, où il est vite asso­cié aux frères Hol­land. Ensem­ble, le trio infer­nal HDH (pour Holland-Dozier-Holland, tout sim­ple­ment) sera sur-productif et va lâch­er des chan­sons dev­enues mythiques : “Heat­wave” et “Quick­sand” de Martha Reeves & The Van­del­las, “Where Did Our Love Go” et “Stop! In the Name of Love” des Supremes, et quelques titres de Mar­vin Gaye, des Four Tops, des Temp­ta­tions ou encore des Isley Brothers.

Le trio d’auteurs-compositeurs s’engueule avec le patron Berry Gordy et crée ses pro­pres labels Invic­tus et Hot Wax, sous des noms d’emprunt. Eh oui, ils sont à l’époque tou­jours en con­trat avec la Motown. Ils vont encore y sign­er des hits comme “Give Me Just A Lit­tle More Time” des Chair­men of the board ou l’in­croy­able “Want Ads” de Hon­ey Cone. Puis ils se sépar­ent et cha­cun tente sa car­rière solo. Dozi­er aura objec­tive­ment plus de réussite.

Lam­ont Dozi­er sort son pre­mier album en 1973, inti­t­ulé Out Here On My Own avec en chan­son intro­duc­tive, le bien nom­mé “Break­ing Out All Over” où on retrou­ve un peu de jazz et un peu de ‘Philly sound’. Il sort l’an­née suiv­ante le titre “Why Can’t We Be Lovers”, mon­stre soul, et enchaîne avec l’al­bum Black Bach, où il prou­ve sa vir­tu­osité à alli­er pop et soul en y glis­sant habile­ment des élé­ments de la cul­ture afro-américaine. On y déniche la pépite “Put Out My Fire” : écoutez ça, près de 50 ans plus tard ça n’a pas pris la moin­dre ride.

À l’aube des années 1980, il file en Angleterre avec sa moitié, et la soul s’éloigne. Lam­ont Dozi­er lui préfère les sons en vogue, plus métalliques, moins moites quoi. Il pro­duit pour­tant pour les autres, notam­ment Ali­son Moyet, Sim­ply Red et Phil Collins ‑avec qui il chope un Gram­my pour “Two Hearts”… Bien loin des débuts, finalement.

En décé­dant à 81 ans en ce mois d’août 2022, il laisse der­rière lui un héritage musi­cal immense, et con­tin­ue de vivre à tra­vers des artistes d’au­jour­d’hui. Black Bach a notam­ment été sam­plé dans tous les sens, Out­Kast, Pete Rock, The Police, Kendrick Lamar, IAM… La liste est longue. Quittons-nous là-dessus : son titre “Going Back to My Roots” sor­ti en 1977, a été maintes et maintes fois repris, et aus­si par un Français bien con­nu. Sous la plume d’É­ti­enne Roda-Gil et dans la voix de Claude François cela va don­ner “Alexan­drie, Alexan­dra”. Quelques mois plus tard, les deux chanteurs parta­gent même la scène pour un med­ley Motown sur Antenne 2. Quelle époque.

 

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