Accusation de pratiques monopolistiques, accord avec le gouvernement américain, conversations d’employés dévoilés sur Slack, que se passe-t-il au sein du numéro 1 de l’événementiel mondial ?

Finalement, le procès de Live Nation aura bien lieu. Ce 16 mars, trente-deux États américains ont choisi de rejeter l’accord conclu à l’amiable entre le gouvernement et la firme d’organisation et de promotion de spectacle. Scellé la semaine dernière, il mettait un terme à la procédure qui visait la scission entre Live Nation et sa filiale, Ticketmaster. Depuis mai 2024, le groupe est poursuivi par le ministère de la Justice pour “monopole et d’autres pratiques illégales entravant la concurrence sur les marchés de l’industrie du spectacle vivant”

Une vente de billets qui vire au fiasco

En 2010, Live Nation, géant de l’événementiel, achète le numéro un mondial de la commercialisation de billets en ligne, Ticketmaster. À l’époque, des acteurs de l’industrie s’inquiètent des pratiques monopolistiques que la fusion entre les deux géants pourrait créer. La nouvelle superpuissance aurait la mainmise sur toutes les étapes de la production musicale : de la création d’albums à l’organisation de concerts en passant par la négociation avec les sponsors ou la promotion des artistes. 

Ces critiques se font encore plus nombreuses au fil des années avec l’augmentation du prix des places de concert, Ticketmaster imposant la tarification dynamique en fonction de l’offre et de la demande. Elles se concentrent particulièrement en 2022, à la suite du fiasco lié à la mise en vente de places pour la tournée de Taylor Swift. Débordé par la demande, le site Ticketmaster avait été obligé d’interrompre la vente après avoir été paralysé par des bots qui achetaient les places avant de les revendre. Des milliers de fans se plaignent alors de pannes de connexion et de la flambée des prix, même pour des places moins bien placées. Si la multinationale place la responsabilité sur les revendeurs de billets, des associations pour la protection des consommateurs appellent à enquêter sur le groupe. 

« Il est temps de démanteler Live Nation-Ticketmaster »

En 2024, le géant de l’industrie est poursuivi par l’administration Biden. Dans le communiqué relatant sa plainte visant Live Nation, le gouvernement décrit de multiples pratiques anticoncurrentielles : contrats d’exclusivité à long terme avec des salles de concert pour les empêcher de choisir des services concurrents de billetterie, limitation de l’accès des artistes à des salles à condition d’utiliser les services de promotion de Live Nation et menaces et représailles contre les salles travaillant avec des rivaux. 

« Résultat : les fans paient plus cher, les artistes ont moins d’occasions de donner des concerts, les petits promoteurs sont mis à l’écart et les salles de spectacle ont moins de choix en matière de billetterie. Il est temps de démanteler Live Nation-Ticketmaster », assène à l’époque le procureur général Merrick Garland. La procédure vise à la scission du groupe, 39 États américains sont parties prenantes. 

Le gouvernement Trump accusé d’être sous influence

Démanteler le mastodonte Live Nation-Ticketmaster ? Plus facile à dire qu’à faire. Surtout qu’entre mai 2024 et l’ouverture du procès en mars 2026, la plainte n’est plus menée par l’administration Biden mais par celle du président Donald Trump. Une administration qui aurait plus d’accointances avec le géant des concerts que la précédente, selon l’un de ses anciens cadres, Roger Alford.

En juillet dernier, celui-ci avait accusé le gouvernement Trump d’être sous l’influence de lobbies privés. Des soupçons renforcés par la nomination de Ric Grennell, ancien conseiller en politique étrangère de Donald Trump, au conseil d’administration de Live Nation, puis par le départ contraint de Gail Slater, la responsable de la concurrence, un mois avant le début du procès. 

Accord conclu entre le gouvernement américain et Live Nation

Le 9 mars dernier, alors que le procès entre le gouvernement américain et Live Nation a débuté depuis une semaine, les deux parties annoncent à la surprise générale avoir établi un accord mettant un terme à la procédure pour “pratiques anticoncurrentielles”. Il oblige Live Nation au versement de 280 millions de dollars de dommages et intérêts aux États participants et à la vente de 13 arènes. L’accord vise aussi à limiter les contrats d’exclusivité fixés avec les salles pour la billetterie et à plafonner à 15% les commissions engrangées sur les ventes de tickets. En échange, le projet de scission entre Ticketmaster et Live Nation est abandonné. 

De nombreuses figures politiques jugent cet accord trop léger pour l’entreprise aux 25 milliards de dollars de chiffres d’affaires en 2025. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren dénonce, de la part de l’administration Trump “une trahison envers tous les mélomanes et spectateurs de concerts exploités par Live Nation-Ticketmaster.” Pareil, pour sa consœur Amy Klobuchar qui plaide pour une scission entre les deux entités. “La seule façon d’envisager un avenir concurrentiel dans la billetterie, les salles et la promotion serait de les séparer”, affirme-t-elle auprès du magazine Rolling Stones

« Ces gens sont vraiment stupides »

Quelques jours après l’accord, le média Bloomberg dévoile des conversations entre Ben Baker et Jeff Weinhold tenues sur l’application Slack. Ces contenus se trouvent dans des documents figurant au procès. Les directeurs régionaux de la billetterie pour les salles de Live Nation en Floride et en Virginie se félicitent de leur capacité à augmenter les “frais annexes” imposés aux clients.

Après s’être vanté d’avoir imposé des frais de 50 dollars pour se “garer dans l’herbe”, Ben Baker écrit ainsi “on les dépouille jusqu’aux os bébé”. Après que Jeff Weinhold évoque la possibilité de mettre les places de parking à 250 dollars, le même répond « ces gens sont vraiment stupides« , avant d’ajouter plus tard « j’ai presque mauvaise conscience de profiter d’eux. »

“Cet échange sur Slack entre un employé junior et un ami ne reflète absolument pas nos valeurs ni notre mode de fonctionnement”, a réagi publiquement Live Nation.

Plus de 32 États ont décidé de rejeter l’accord conclu entre le gouvernement américain et le géant de l’événementiel. Ce lundi 16 mars, le procès a repris. Il devrait durer encore plusieurs semaines.