Tsugi Podcast 591 : Jack de Marseille

Mon­u­ment de la musique élec­tron­ique française des années 90, Jack De Mar­seille fête 30 ans de car­rière avec un mix de deux heures entre clas­siques acid-house, tech­no men­tale et irré­sistibles grooves.

À la fin des années 90, le roy­aume de la musique élec­tron­ique française était partagé entre deux hommes, deux pio­nniers. Au nord, rég­nait Lau­rent Gar­nier et au sud, Jack de Mar­seille. Si le pre­mier a depuis rarement quit­té les som­mets, le sec­ond s’est fait beau­coup plus dis­cret. Élu meilleur DJ de l’année en 1997 et 1998 par les lecteurs respec­tive­ment de Coda et de Trax, Jacques Garot­ta, son vrai nom, n’a tou­jours eu qu’un seul but : faire danser les gens. Une voca­tion qui est née très tôt au milieu des années 80 lorsqu’il se pas­sionne pour l’ear­ly acid-house, l’EBM, ou la new beat, bricolant des mix­es à l’arrache dans sa cham­bre à l’aide de son ghetto-blaster. C’est en 1990 qu’il fait vrai­ment ses pre­miers pas, pro­fes­sion­nelle­ment par­lant, der­rière la cab­ine d’un club au Cap d’Agde puis à Aix-en-Provence. Au fil de ses ren­con­tres dans une scène encore bal­bu­tiante, il tape dans l’œil, et surtout les oreilles de Manu Casana, organ­isa­teur en 1992 de la fameuse rave des Trans­mu­si­cales de Rennes qui le pro­gramme en com­pag­nie de The Orb, Under­ground Resis­tance ou encore Frankie Bones.

On n’arrête plus le Mar­seil­lais. Tout s’enchaîne, rési­dence sur Radio FG, puis au Rex Club, per­for­mance remar­quée à la fin de la pre­mière Tech­no Parade en 1998, sans compter des com­pi­la­tions mixées, dont cer­taines, se vendent à 100 000 exem­plaires. Son style très éclec­tique, mais au final assez inim­itable jon­gle, tou­jours en finesse, entre tech­no et house. Il pousse même les influ­ences plus loin vers le funk ou la soul, sur ces deux albums Free My Music(2002) et Inner Visions (2009), cer­taine­ment més­es­timés alors par la cri­tique, mais qui méri­tent une réé­val­u­a­tion aujourd’hui. Encore faudrait-il qu’ils soient disponibles sur les plate­formes de stream­ing. Même au som­met de sa car­rière, Jack n’a jamais quit­té sa base, Mar­seille. C’est là où il a organ­isé les deux pre­mières raves de la cité phocéenne, les Atom­ix en avril et juin 1992, et où il a ouvert son mag­a­sin de dis­ques, Wax Records entre 1995 et 2003 et lancé son label Wicked Music.

Cet attache­ment à sa ville, qui l’a tenu loin des petits cer­cles parisiens, explique en par­tie ce manque de recon­nais­sance pour quelqu’un qui a quand même ouvert pour les Daft Punk sur leur pre­mière tournée en 1997 ou aligné six rési­dences suc­ces­sives avec Carl Cox au Space d’Ibiza. Car l’aura de Jack de Mar­seille est plané­taire de l’Asie à l’Amérique du Sud où il se pro­duit encore aujourd’hui. Alors faut-il enton­ner l’éternel refrain : nul n’est prophète dans son pays ? Peut-être, mais il faut recon­naître aus­si qu’entre prob­lèmes per­son­nels et une cer­taine las­si­tude, le désor­mais cinquan­te­naire (54 pour être pré­cis) tra­verse les dix dernières années comme une ombre.

Jusqu’à ce que l’équipe du fes­ti­val Château Per­ché le pro­gramme en 2016, en offrant ain­si à la jeune généra­tion la vision d’un DJ intran­sigeant et surtout très libre. C’est cette lib­erté de ton que l’on retien­dra du pod­cast qu’il nous livre en exclu­siv­ité pour Tsu­gi où l’on recon­naî­tra les pépites signées Yovav “Caribbean Zen Mode (Gerd Han­son’s remix)”, Ran­dom XS “Give your body (Delta Funk­tio­nen 3am Mix)”, Tal­abo­man “Bru­tal Chug­ga Chug­ga (L.B. Dub Corp remix)” ou encore Maceo Plex “Mutant Dis­co”. Deux heures de plaisir dance­floor. Une belle manière de fêter ses trente ans de car­rière. Et d’amorcer les trente suiv­antes pour ce nou­veau rési­dent de la mythique Radio Maxxi­mum. Qui ressus­cite elle aus­si. Ce n’est sûre­ment pas un hasard.

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