©Mathieu Geser

Tsugi Podcast 609 : Schnautzi, et sa tracklist 100% féminine

Il signe le pod­cast 609 : Sch­nautzi. DJ, pro­duc­teur, boss du label franco-suisse Argent Sale et ani­ma­teur de l’émis­sion La Sélec­tion sur Radio Nova Lyon, Sch­nautzi nous livre son mix “Ladies at the con­trol”, avec une track­list 100% féminine. 

C’est un mix engagé que Sch­nautzi signe pour notre 609e pod­cast. Engagé pour plus de par­ité dans les musiques actuelles et élec­tron­iques, pour une meilleure représen­ta­tion des femmes dans ce milieu trop mas­culin, comme il nous le racon­te, lui qui y tra­vaille depuis une ving­taine d’années.

De Marie David­son à Mis­sy Elliott, en pas­sant par Arca en fea­tur­ing avec Ros­alía, Lous And The Yakuza, Miss Kit­tin… Dans ce mix de deux heures, il n’a choisi que des artistes femmes à la pro­duc­tion et/ou au micro, mêlant pop, reg­gae, dance­hall, elec­tro ou encore techno.

Schnautzi

©Math­ieu Geser

Parle-nous de ce mix, qu’as-tu voulu faire ici ?

C’est un mix qui regroupe mes influ­ences du moment, et par­mi elles, j’ai choisi de n’y faire fig­ur­er que des artistes femmes car je trou­ve que ce qui est en train de se pass­er con­cer­nant la place et la représen­ta­tion des femmes dans les musiques actuelles et élec­tron­iques est super intéres­sant. Donc je me suis demandé com­ment je pou­vais être un allié de cette cause, de la meilleure façon qu’il soit, même si je suis un homme blanc hétéro de 40 ans. Et com­ment con­tribuer au mou­ve­ment, mais bien sûr de façon extrême­ment mod­este, car évidem­ment ce sont les femmes qui doivent pren­dre le pou­voir. Comme dit Bey­on­cé, “le pou­voir ne se donne pas, il se prend”.

Je me suis demandé com­ment je pou­vais être un allié de la cause fémi­nine, de la meilleure façon qu’il soit, même si je suis un homme blanc hétéro de 40 ans.”

Était-ce plus dif­fi­cile de réalis­er un mix 100% féminin ?

J’ai com­mencé à dig­ger dans mes fichiers pour­tant bien rem­plis, et c’était fou de con­stater que ce n’était pas si facile de trou­ver assez de morceaux que j’adore et faits par des femmes pour tenir deux heures. Ça m’a sauté aux yeux, j’ai trou­vé ça dingue.

 

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Com­ment t’y es-tu pris alors ?

J’ai fait des recherch­es, j’ai demandé à des potes, et j’ai pu décou­vrir de nou­velles artistes qui cou­vrent cette palette du dance­hall améri­cain à la tech­no de ware­house alle­mande. Par exem­ple, je ne con­nais­sais pas Call­ing Mar­i­an, Leikeli47, ni le pseu­do Noc­tur­nal Sun­shine de Maya Jane Coles. Et puis j’y ai ajouté des clas­siques que j’adore depuis longtemps, comme Mis­sy Elliott ou Ellen Allien, des femmes qui ont mar­qué leurs scènes respectives.

Ce change­ment de par­a­digme nous oblige à nous remet­tre en ques­tion et c’est pour le bien de tout le monde dans la musique.”

Schnautzi

©Math­ieu Geser

Pourquoi est-ce impor­tant pour toi de “devenir un allié de cette cause”, comme tu le dis ?

Ce change­ment de par­a­digme nous oblige à nous remet­tre en ques­tion et c’est pour le bien de tout le monde dans la musique. Quand la révolte des femmes a com­mencé, j’ai moi-même com­mencé à remet­tre en ques­tion la façon que j’avais de tra­vailler et cer­taines de mes actions dans le passé. Par exem­ple, j’étais pro­gram­ma­teur dans une salle avant, j’avais donc la pos­si­bil­ité de met­tre des femmes à des postes de respon­s­abil­ité, mais j’avais ten­dance à favoris­er des mecs, à cause de stu­pides apri­oris, comme pour les jobs de tech­ni­ciens, par exemple.

J’ai un autre exem­ple qui remonte à 2011 et qui me reste en tra­vers de la gorge, j’en suis vrai­ment pas fier : j’avais booké Peach­es à un fes­ti­val en exclu. Elle fai­sait un show aux platines avec une mise en scène incroy­able qui néces­si­tait beau­coup de pré­pa­ra­tion. Son agent m’avais promis l’exclusivité mais il l’a finale­ment bookée sur une autre date avant, je me suis énervé et il a quand même refusé d’annuler cette autre date. J’étais vexé dans mon égo de mec, donc je n’ai pas pris au sérieux la venue de Peach­es dans mon fes­ti­val : je n’ai pas lu la fiche tech­nique, ni rien pré­paré de ce qu’elle demandait pour son show. Quand elle est arrivée, évidem­ment, ça s’est très mal passé. Heureuse­ment, mon assis­tante à réus­si à rat­trap­er le coup, elle m’a sauvé. Avec le recul, je me demande si j’aurais réa­gi de la même manière si ça avait été un gros artiste masculin.

Autre exem­ple encore, plus récent cette fois : le pro­gram­ma­teur d’un club dans lequel je joue beau­coup a été rem­placé par plusieurs pro­gram­ma­tri­ces qui veu­lent des line-up plus inclusifs. Ma pre­mière réac­tion, débile, machi­nale­ment, a été de me dire : “Merde, ça va plus com­pliqué pour moi d’y jouer”. Je me suis repris après, et , au con­traire, je me suis dit que c’était une chance car ça allait amen­er de la fraîcheur et m’obliger à mieux boss­er, dig­ger plus et remet­tre en ques­tion mon tra­vail pour faire en sorte que j’ai encore ma place là-dedans.

Selon toi, ça fait com­bi­en de temps que ce change­ment est en route ?

Ça fait deux, trois ans, mais ce n’est pas encore ça ! Je tra­vaille dans les musiques actuelles et élec­tron­iques depuis longtemps, et dans les back­stages et sur les line-up, ça n’a tou­jours été que des mecs, tout le temps… Et aujourd’hui encore, les artistes femmes pro­gram­mées sont surtout les mega head­lin­ers, ça manque d’artistes féminines émergentes.

Avec le recul, je me demande si j’aurais réa­gi de la même manière si ça avait été un gros artiste masculin.”

Et sur ton label Argent Sale, ça se passe com­ment au niveau de la parité ?

J’aimerais sor­tir plus de pro­duc­tions de femmes, j’ai dû en sor­tir que deux ou trois sur 40 sor­ties ; c’est aus­si parce que je reçois moins de démos de femmes, mais bon, c’est vrai­ment pathétique.

Track­list : 

1 : Jen­nifer Lara — I Am In Love
2 : Kari­mouche and Flavia Coel­ho – Princesses
3 : Leikeli47 – Bubblegum
4 : King Doudou and Zairah – Cavernicola
5 : Mara – Foufoune (feat. Sleazy Stereo)
6 : Arca and Ros­alia – KLK
7 : Chico Sonido and Ms Nina — Chu­pa Chupa
8 : Nit­ty Scott and Zap Mama – La Diaspora
9 : Alewya – Sweating
10 : Tiwa Sav­age – Koroba
11 : Jubilee — Wine Up (feat. Hoodcelebrityy)
12 : DJ Greg and Spice – Bend Ova
13 : Jubilee and Malu­ca — Mami
14: Liz­zo and Mis­sy Elliott — Tempo
15: Mis­sy Elliott — Pass That Dutch
16: MFR Souls, Major League, Djz, Kamo Mphela, Bon­tle Smith — Amanikiniki
17: Michael Brun and Kah-lo — Melanin
18: Super Mama Djom­bo — Dis­san Na Mïbera (Suur Di No Pubis) (Daniel Haaks­man Edit)
19: Lous And The Yakuza — Amigo
20: LushKells — King & Queen (feat. DJ Supa D & Mr Taffa)
21: Caden­za, M.I.A., Guilty­Beatz — Up Inna (Beam, Cham & Ali­cai Harley Remix)
22: Marie David­son, L’Œil Nu — Rene­gade Breakdown
23: Miss Kit­tin and Felix Da House­cat — Sil­ver Screen (Show­er Scene)
24: Leikeli47 — Look
25: Ellen Alien — Flashy Flashy
26: HAAi — Feels
27: Octo Octa — Fever Dream
28: Anna and Miss Kit­tin — For­ev­er Ravers
29: Busiswa — uWron­go (feat. Rudeboyz)
30: King Doudou and Dan­it­sa — Ndom­bo­lo N03
31: Sasha Go Hard — Pret­ty Fly
32: Karol Con­ka — Caxambu
33: Anit­ta, Mc Zaac, Mae­jor — Vai malan­dra (feat. Trop­kil­laz & DJ Yuri Martins)
34: Fla­va D — Pickpocket
35: DJ Zinc and Ms Dyna­mite — Wile Out
36: Noc­tur­nal Sun­shine — Foundation
37: Call­ing Mar­i­an — Inclusive
38: Vanes­sa Worm — Tiny Revolutions
39: Uniiqu3 — Breakin’ Necks
40: Santigold — Dis­parate Youth
41: Nina Giras­sois — Heavy­weight Sound

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