©Jacob Khrist

🔊 Tsugi Podcast 617 : Psycho Tropiques (Curuba), mirage Ă©lectronique

Pour ce 617Ăšme pod­cast, on vous pro­pose de vous pos­er, de ralen­tir le tem­po avec le duo Psy­cho Tropiques. Issus de la scĂšne tech­no down­tem­po, ils sont, avec leur col­lec­tif et label Curu­ba, une bouf­fĂ©e d’oxygĂšne sur un hori­zon par­fois sat­urĂ© de tech­no pous­sive. À tra­vers un mĂ©lange d’in­flu­ences allant du reg­gae­ton au trip-hop en pas­sant par le dub, ce mix offre un voy­age musi­cal ryth­mĂ© tout en lenteur.

Psy­cho Tropiques, c’est Alex­is et Yann. Act­if depuis env­i­ron 2016, ils fondent le col­lec­tif Curu­ba avec Dit­ti et Döm Ă  la suite de leur ren­con­tre au Totem Fes­ti­val, rejoints par la suite par Arce­ka, Nun­sense et H2o. Se dĂ©finis­sant comme un col­lec­tif et un label de musiques hybrides et mul­ti­col­ores, ils explorent ensem­ble une palette de sonoritĂ©s var­iĂ©es, de mĂ©lodies chaleureuses, des rythmes mĂ©talliques, des atmo­sphĂšres som­bres ou solaires. Curu­ba est Ă©gale­ment un label engagĂ©. Vous avez peut-ĂȘtre pu les crois­er sur le char du SOCLE lors de la man­i­fes­ta­tion de Cul­ture 4 Lib­er­ty. Ils ani­ment Ă©gale­ment les pod­casts (M)ondes Sonores oĂč ils met­tent en avant l’idĂ©e de sor­tir des con­traintes du set dance­floor habituel. Faire bouger les choses, les lignes et rĂ©flĂ©chir autrement sont donc les maĂźtres mots de ce col­lec­tif en marge, Ă  qui on a demandĂ© de rĂ©alis­er ce Tsu­gi Pod­cast 617.

“La musique n’a pas for­cé­ment besoin d’ĂȘtre rapi­de pour ĂȘtre dansante.”

Pouvez-vous nous par­ler de ce pod­cast ? Qui sont les artistes prĂ©sents ? Quelles rela­tions avez-vous avec eux ?

On a essayĂ© de mon­tr­er un petit panora­ma de ce qui nous fait kif­fer en ce moment, et de ce qui nous a inspirĂ© jusqu’à main­tenant. On a essayĂ© de faire un truc pro­gres­sif, qui monte en inten­sitĂ© jusqu’à Ă©clater comme une bulle et repar­tir sur autre chose. Il y a des morceaux du label, un tirĂ© de l’EP d’H2O et GATS, et un remix du prochain EP Ă  venir qu’on adore. Il y a des morceaux d’ami.e.s dont on est trĂšs fan, comme le remix de Cig­a­r­ra, d’artistes qu’on admire beau­coup comme Azu Tiwa­line. Il y a des petites sur­pris­es et des vieux favoris vers la fin ! Glob­ale­ment, l’atmosphĂšre du pod­cast est assez brumeuse et per­cus­sive, peu de mĂ©lodies mais plutĂŽt des ambiances qui se fondent les unes dans les autres avec des per­cus­sions qui rĂ©son­nent dans tous les sens. Ça va de l’ambient au deep reg­gae­ton, du dub au break­beat. Comme tou­jours, on essaie en amont de sĂ©lec­tion­ner quelques morceaux cha­cun de notre cĂŽtĂ©, on les Ă©coute ensem­ble pour dĂ©gager les grandes lignes de ce qu’on veut racon­ter, de tester des con­nex­ions nou­velles. On n’essaie pas seule­ment d’en­chaĂźn­er des morceaux isolĂ©s, mais de faire Ă©merg­er des choses nou­velles de ces associations.

©Vir­gil Defontaine

Pouvez-vous nous par­ler de la prochaine sor­tie de Curu­ba ? Et de son for­mat aus­si, pourquoi la cassette ?

C’est un EP col­lab­o­ratif entre H2o, mem­bre fort du col­lec­tif, et le Berli­nois GATS, dont tous les morceaux sont issus de leurs jam ses­sions Ă  Berlin. Les deux parta­gent la mĂȘme approche spon­tanĂ©e et intu­itive de la musique, un rap­port trĂšs fort au live aus­si (tous les lives d’H2o sont impro­visĂ©s) qu’on affec­tionne par­ti­c­uliĂšre­ment, et qui se retrou­ve dans la dynamique des morceaux, qui sont Ă  la fois dansants et imprĂ©vis­i­bles. Ce pro­jet inau­gure la sĂ©rie Curu­ba Tapes, c’est donc la pre­miĂšre sor­tie physique du label.

Alex­is : Con­cer­nant le for­mat, faut avouer que c’est surtout Yann qui a forcé 

Yann : 
Parce que je suis trĂšs nos­tal­gique de ce for­mat, ayant gran­di avec des cas­settes et Ă©tant aus­si un des pre­miers moyens d’expression musi­cale que j’avais, Ă  tra­vers l’enregistrement de com­pi­la­tions pirates Ă  par­tir des morceaux qui pas­saient Ă  la radio, etc.

Alex­is : D’autre part, c’est un objet dont on affec­tionne par­ti­c­uliĂšre­ment l’esthĂ©tique, et qui a l’avantage d’ĂȘtre moins onĂ©reux Ă  pro­duire, et donc Ă  acheter que le vinyle, surtout pour des petites quan­titĂ©s. Notre pub­lic, ces derniĂšres annĂ©es, Ă©tait prin­ci­pale­ment con­cen­trĂ© sur Sound­Cloud ; c’est ain­si une maniĂšre pour nous de faire un pre­mier pas dans le physique, et d’essayer de touch­er de nou­velles per­son­nes en pas­sant par d’autres cir­cuits que ceux des algo­rithmes des plate­formes numĂ©riques.

OĂč vous placez-vous sur le scĂšne Ă©lec­tron­ique aujour­d’hui (si vous vous placez quelque part) ? Et quel regard portez-vous sur celle-ci ?

Yann : On a eu la chance de tiss­er beau­coup de liens avec les scĂšnes musi­cales latino-amĂ©ricaines, qui nous ont beau­coup influ­encĂ© aus­si bien dans leur maniĂšre de faire de la musique que du point de vue de la fĂȘte. On est ravis de con­tin­uer Ă  Ă©chang­er dans les deux sens avec des artistes qu’on adore et qui sont pour certain.e.s devenu.e.s des ami.e.s proches. Ces derniĂšres annĂ©es, on a aus­si ren­con­trĂ© plein de col­lec­tifs français avec qui on partage une vision sim­i­laire ou com­plé­men­taire, par­mi lesquels la Boucle, Toast­ed, Atom fes­ti­val, Par­al­lĂšle, Micro­cli­mat, le col­lec­tif Ascidi­acea 
 Et grĂące Ă  tout ce beau monde on peut dire qu’on est plutĂŽt ent­hou­si­astes sur ce qui se passe en ce moment et sur ce qui va se pass­er dans les prochaines annĂ©es sur la scĂšne Ă©lec­tron­ique française, mal­grĂ© la sit­u­a­tion actuelle. Musi­cale­ment on a aus­si beau­coup Ă©voluĂ©, en enrichissant notre iden­titĂ© musi­cale de plein de nou­velles influ­ences, aus­si bien bri­tan­niques que françaises.

Alex­is : En fait, je dirais que, plus le temps passe, plus on incor­pore dans notre pro­pre musique et nos pro­jets des influ­ences qu’on avait dĂ©jĂ  comme la scĂšne UK bass, le dub, l’ambient, le jazz ou encore le baile funk, mais qu’on arrivait pas encore Ă  inté­gr­er. Ce qui est gĂ©nial, c’est qu’en faisant ce tra­vail d’élargissement et d’inclusion, on redé­cou­vre tous ces styles en les mĂ©langeant Ă  ce qui a fait l’ADN de Psy­cho Tropiques et du label Ă  ses dĂ©buts.

“On n’essaie de pas seule­ment d’en­chaĂźn­er des morceaux isolĂ©s, mais de faire Ă©merg­er des choses nou­velles de ces associations.”

Pourquoi “le ralen­tisse­ment” ? Un thĂšme rĂ©cur­rent, pili­er, voire fĂ©dĂ©ra­teur de votre label.

Si pen­dant plusieurs annĂ©es on l’a un peu bran­di comme thĂšme fĂ©dĂ©ra­teur, je pense qu’au fond ça fait par­tie d’une ques­tion plus ample sur notre maniĂšre de voir la musique avec Curu­ba, notam­ment dans un con­texte fes­tif. On essaie de pas nĂ©ces­saire­ment entr­er dans une cer­taine “effi­cac­itĂ©â€, ni dans l’escalade du BPM ou de l’énergie, mais d’explorer d’autres sen­tiers et d’autres rythmes, de pro­pos­er des balades avec des paysage var­iĂ©s, ou par­fois l’énergie remonte ou redescend et oĂč les couleurs de la musique changent. Ça peut ĂȘtre les mon­tagnes russ­es ou Ă  l’inverse quelque chose de plus immer­sif. Alors que dans Chug Rave, l’autre col­lec­tif dont on fait par­tie avec Ed Isar, Andres Komat­su et Fat­ma Pneu­mo­nia, la lenteur est encore plus au cen­tre de l’identitĂ©, mĂȘme si au fond c’est un peu une piste de rĂ©flex­ion sur cette mĂȘme ques­tion. C’est aus­si une maniĂšre de mon­tr­er que la musique n’a pas for­cé­ment besoin d’ĂȘtre rapi­de pour ĂȘtre dansante, et d’affirmer que “oui oui on peut bien faire une rave et lĂąch­er prise en Ă©coutant des musiques lentes”. Il y a aus­si une dimen­sion poli­tique, qui est de pro­pos­er une maniĂšre de faire la fĂȘte qui con­traste avec la frĂ©nĂ©sie de la sociĂ©tĂ© actuelle.

C’est quoi la suite pour vous ?

On est dĂ©jĂ  en train de tra­vailler sur la deux­iĂšme cas­sette, qui sera l’EP d’un artiste brĂ©silien qu’on adore et avec qui on entre­tient une super rela­tion : Kid From Ama­zon. Il est basĂ© Ă  Belem, dans le nord du pays, et c’est vrai­ment une per­son­ne avec laque­lle il est agrĂ©able de boss­er, il y a une con­fi­ance mutuelle. LĂ  encore, on va pro­pos­er plusieurs remix­es pour enrichir le pro­jet. CĂŽtĂ© visuel, on a refait appel Ă  Lua Kali, une artiste brĂ©sili­enne qui s’était dĂ©jĂ  occupĂ©e de l’identitĂ© visuelle de notre com­pi­la­tion “HĂ©liotro­pisme” il y a presque 3 ans. En-dehors de ça, on con­tin­ue de dĂ©velop­per notre sĂ©rie de pod­cast (M)onde sonore avec, pourquoi pas, l’idĂ©e de l’exporter Ă  la radio l’annĂ©e prochaine. Pour cet Ă©tĂ©, on tra­vaille avec d’autres col­lec­tifs pour Ă©la­bor­er un for­mat de scĂšne alter­na­tive en fes­ti­val comme on a pu le faire, par exem­ple, sur des Ă©vĂ©ne­ments organ­isĂ©s par ChĂąteau Per­chĂ© et lors de soirĂ©es en Île-de France. On rĂ©flé­chit aus­si Ă  une com­pi­la­tion un peu bar­rĂ©e au dĂ©but de l’étĂ©, mais on prĂ©fĂšre garder la sur­prise
 Sinon, on tra­vaille cha­cun de notre cĂŽtĂ© sur des pro­jets d’EPs ou d’albums per­sos, et on espĂšre pou­voir bien­tĂŽt sor­tir un nou­veau pro­jet ensem­ble en tant que Psy­cho Tropiques.

©Romain Guédé

Track­list :

Employ­ee — A1 (Delta Rain Dance/Hypno)
Low Flung — Floor Piece
Front De Cadeaux — Damien Schultz
Nick LeĂłn — Fire Dub
INVT — Sal­imos Del Sol
Walden — Microcosmos
Aucu­ba Repli­ca — Of Tightening
Azu Tiwa­line — Tight Wind (feat. Cin­na Peyghamy)
Kid From Ama­zon — Bury Me, With Love (Obe­ka remix)
For­est On Sta­sys — Con­tra Natura
Nico­la Cruz — Organología
Kamus — Karnival
Ploy — Pax Cultura
GYRL — Amyg­dala (Cig­a­r­ra Remix)
H2O & GATS — Cristal Siren
Ezmer­al­da — ¡Viva la fies­ta! (Him­no de una patria subterránea)
Man­na — Secret Life of Bass
Minereed — Screw u loot
Gau­di Tes­la — Dub Hypnosis
Ani­ka — No One’s There (Dub)
Myako — Les Fils De Jah
Ramadan­man — Revenue
Roza Teren­zi — Yo-Yo
Dyno — Foresta
EQP — Ori­on Shine (prod. DJ Yung Vamp)

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