Selon une étude produite par Live DMA et Reset! Network, les plateformes de billetterie, les agences de booking, les festivals et les arénas sont de plus en plus détenus par des gros groupes. Elle alerte sur un phénomène de “concentration” qui pourrait nuire au pluralisme et à l’équilibre du marché musical.

Rock en Seine, We Love Green, Lollapalooza ou encore Garorock, ces festivals, et bien d’autres encore, appartiennent soit à Live Nation, soit à Superstruct Entertainment, soit à CTS Eventim, soit à AEG. Une situation qualifiée d’“oligopole” par Live DMA et Reset! Network, terme qu’on peut définir comme un marché où un petit nombre de vendeurs ont le monopole de l’offre.

Ces deux réseaux réunissant différents acteurs de la musique en Europe sont à l’origine d’une carte témoignant de la concentration des 150 plus gros festivals européens au sein de ces quatre multinationales. Puis, d’un rapport élargissant la question à l’ensemble du marché musical, (billetterie, agence de booking, etc.) de plus en plus détenu par de grands groupes. 

Un phénomène de concentration en expansion

Selon l’étude, cette situation se serait renforcée au cours des années précédentes. Entre 2022 et 2025, le nombre de gros festivals européens acquis par Live Nation est passé de 74 à 78 (+9%), par Superstruct de 34 à 63 (+82%), par CTS Eventim de 42 à 51 (+19%) et pour AEG, de 5 à 10 (+80%). À noter que Superstruct a été racheté en 2024 par les fonds d’investissement KKR et CVC, expliquant cette tendance. 

“Ces groupes génèrent certains des revenus les plus élevés du secteur et, selon les déclarations officielles, connaissent tous une forte croissance”, explique le rapport. Une situation qui tranche avec le reste du paysage musical. En octobre dernier, le rapport du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA) montrait que 93% des festivals français étaient en difficulté financière en 2025. Un quart d’entre eux expliquaient alors se sentir menacés par les stades, arénas et Zéniths, détenus ou exploités par de grands groupes. 

Carte représentant les 150 plus gros festivals européens détenus par AEG, Live Nation, Superstruct et CTS Eventim © Live DMA et Reset! Network
Carte représentant les 150 plus gros festivals européens détenus par AEG, Live Nation, Superstruct et CTS Eventim © Live DMA et Reset! Network

Des festivals aux arénas en passant par les billetteries et les agences de booking

La concentration décrite par le rapport ne s’arrête pas aux salles de festivals ou aux salles de concert, elle concerne chaque échelon de l’industrie musicale, de la billetterie aux agences de booking. Le rapport illustre son propos avec l’exemple de Live Nation. L’entreprise est à la fois détentrice des plateformes de billetterie en ligne Ticketmaster, Ticketweb, VIP Nation et Live Nation Premium, et productrice des tournées de 4000 artistes, dont Shakira ou encore Lady Gaga.

« Le fait qu’un groupe ne détienne pas d’actions dans une structure donnée ne signifie pas qu’il n’exerce aucune influence directe ou indirecte sur celle-ci, compte tenu de la position dominante de ces groupes dans certains domaines, tels que la programmation, la réservation et le sponsoring, ou par le biais de leurs mandats au sein du conseil d’administration.” résume l’étude. 

Les outils de redistribution : la solution ? 

Si les auteurs du rapport précisent ne pas vouloir créer une “binarité” entre les acteurs de petite ou de moyenne taille et les grandes entreprises, occupant, à la fois, des rôles “différents” et “complémentaires”, ils soulignent tout de même l’impact négatif d’une telle concentration sur la diversité et le pluralisme de l’écosystème musical. 

De plus, ils exhortent à penser, à long terme, à la création d’outils de redistribution efficaces, comme un prélèvement sur les billets, pour rétablir un équilibre. “Lorsque les artistes passent des clubs aux grands festivals et stades, la majeure partie des revenus supplémentaires générés à ce stade ne profite pas aux petites salles qui les ont soutenus à leurs débuts.” rappelle le rapport.