Dot Rotten n’est pas la première figure à qui l’on pense lorsqu’on évoque l’âge d’or du rap britannique des années 2000. Pourtant, depuis sa disparition le 9 mars, tout le monde s’accorde à évoquer son statut de légende du grime. On a décidé de revenir sur son parcours en cinq morceaux.

“Tu fais du grime, pourquoi tu portes un costard ?” Cette phrase a longtemps suivi Joseph Ellis Stephenson, aka Dot Rotten. Avant tout freestyleur et MC de légende, le rappeur est devenu le reflet d’une scène qui explosait tout dans l’Angleterre années 2000. Ensuite, au début des années 2010, il enchaînait les collaborations, d’Ed Sheeran à Labrinth, en passant par la chanteuse Cher Lloyd. Désormais, ce sont les hommages qui donnent à voir l’ampleur de son influence, de la révélation Jim Legxacy à la rappeuse Lady Leshurr. On a choisi de vous le faire (re)découvrir en cinq morceaux, pour — enfin — mettre en lumière un artiste multi-casquettes, et multi-galères. 

Young Dot – « Dirty South Salute (feat Fugi) » (2007)

Avant Dot Rotten, il y a Young Dot, premier pseudo de l’artiste avec lequel il publie de nombreuses productions. Une de ses premières instru’ phares, « Bazooka Ridim« , résonne à l’époque comme une claque auprès des MCs anglais, qui s’empressent de poser dessus. Le rappeur signe très vite sa première mixtape, en 2007, This Is The Beginning, sur laquelle il se vante volontiers de sampler n’importe quel morceau. Une facilité que l’on retrouve sur « Dirty South Salute« , un hymne aux quartiers crades du sud de Londres qu’il connaît si bien — il est originaire de Stockwell. Invité sur le morceau, Fugi délivre un couplet bourré de testostérones, aux couleurs des tours d’habitation qu’ils fréquentaient communément. 

Dot Rotten – « Talking the hardest » (2009)

Coup d’accélérateur à seulement 20 ans, Young Dot n’existe plus, et le disque R.I.P Young Dotsorti en 2008 l’enterre une bonne fois pour toute. Un an plus tard, le rappeur ne s’arrête plus et enchaîne freestyles sur freestyles. Il passe alors dans l’émission Mayhem TV qui, à l’époque, documente le quotidien des rappeurs anglais sur tout le territoire. Chaque invité performe alors un morceau en direct.

Sur une compilation qui regroupe les figures les plus influentes du rap UK de Dizzee Rascal à Giggs, Dot envoie “Talking the hardest”, et sample le morceau éponyme de ce dernier, “Talkin Da Hardest”. Dans un texte rempli d’égotrip, le rappeur balance : “En ce moment, Giggs domine le rap, pas vrai ? Je domine le grime”. Le ton est donné.

Dot Rotten – « Underestimated » (2012)

“Underestimated” fait partie des leaks que le rappeur publiait lui-même pour préparer la sortie de son premier album, Voices In My Head(2013). Peu de temps avant, son année 2011 est marquée par sa collaboration avec Labrinth et Ed Sheeran sur une reprise de “Teardrop” de Massive Attack, ainsi que sur le disque No. 5 Collaborations Project du chanteur anglo-irlandais. L’artiste commence à développer une petite notoriété, au point d’être nommé pour le prix BBC Sound de 2012.

Pour autant, après tant d’années de beef (avec Wiley ou P Money notamment, d’autres références du rap des années 2000) qui ont fait sa réputation, au point d’être appelé “King of Grime”, Dot Rotten traverse de nombreux épisodes dépressifs. Il décide de les raconter, comme il a toujours su le faire, en rappant. 

Dot Rotten – « Picture » (2013)

Il serait mal de ne définir le Londonien seulement par ses découpes furtives sur des productions toutes aussi détonnantes les unes que les autres. Le rappeur était surtout à l’écoute de ce qui se faisait, du plus commercial au plus made in Great Britain. Son album Voices In My Head sort en 2013 et mélange rythmiques dubstep et drum and bass, pour tendre vers des sonorités plus pop.

Bien que le single “Overload” atteint la 20ème place des charts de son pays, le projet, lui, stagne à la 146ème place. Une défaite de plus pour l’artiste, même si on en retient quelques pépites. On peut notamment parler de “Picture” pour son romantisme simpliste, certes, mais surtout pour le mélange de breakbeat, de synthés et de son chant autotuné — qui n’est pas sans rappeler les voix des chanteurs sur les morceaux EDM des années 2010. 

Dot Rotten – « Psalms for Praize » (2026) 

En 2026, peu de temps avant sa disparition, Joseph Ellis Stevenson a repris son pseudonyme Dot Rotten. Il opérait, depuis plus de dix ans, sous l’alias Zeph Ellis — et d’autres pseudos, comme Rowdy Riddim et son arc Drill UK — avec lequel il a continué de freestyler, et surtout, de produire pour de nombreux artistes anglais (Headie One, AJ Tracey ou encore D-Block Europe).

Dans le clip de “Psalms for Praize”, Dot Rotten apparaît vêtu de son plus beau costume. Il scande avec humilité ses remords et se confesse sur un beat rédempteur de Who’s British — qui est, de nouveau, un de ses alias. Fidèle à lui-même, le rappeur envisageait de nouveaux projets. Un album posthume pourrait-il sortir ? Affaire à suivre.