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Didier Varrod © Enzo Lefort
22 janvier 2024

Hyper Weekend Festival : on détaille la prog avec son fondateur, Didier Varrod

par Patrice BARDOT

Chaque année en janvier depuis 2022, l’Hyper Weekend Festival prend ses quartiers dans l’emblématique Maison de la Radio et de la Musique. Un évènement effervescent où les créations originales pétillent. Un habile jonglage entre les styles, la chanson française est à l’honneur (mais pas que)… et les artistes.

Du 26 au 28 janvier à Radio France et à la Maison de la Radio et de la Musique, c’est le retour de l’Hyper Weekend Festival. Toujours porté avec passion par un très cher ami de Tsugi : l’incontournable Didier Varrod, directeur de la musique des antennes de Radio France. Pour l’occasion, on lui a posé quelques questions. Il nous raconte son infatigable motivation pour ‘son’ festival.

 

Troisième édition pour l’Hyper Weekend : l’âge de la maturité ?

J’ai plutôt l’impression que c’est à chaque fois un recommencement. Première année, Covid, deuxième année on a un petit incident (une dalle de sol s’est écroulée pendant un concert de rap NDR) qui ne nous a pas permis de pouvoir être totalement dimensionné comme on le voulait. Cette année, on a été obligé de se réinventer, en gardant quand même les fondamentaux du festival sur les créations, l’émergence et la mise en lumière de répertoires du patrimoine.

Mais je pense que la marque s’est vraiment installée. Et c’est une satisfaction de voir qu’en trois ans, c’est un festival que les artistes adorent. Ils ont compris qu’on leur demandait de sortir de leur zone de confort. On voit que le rendez-vous est attendu. Mais en même temps, on n’est pas dans des rails de sécurité. On est obligé chaque année de se reposer des questions sur la topographie des lieux, sur les horaires… On est encore dans une forme d’apprentissage, même si nous avons acquis une forte identité.

 

Concrètement, comment fait-on pour bâtir une programmation aussi variée avec des créations originales ?

C’est en ça que, peut-être, le festival atteint ce statut de maturité : tout ne vient pas de moi. Par exemple, la création Barbara Pravi-Dalida, ce n’est pas mon idée. C’est elle qui un jour m’a appelé, en me disant qu’avant la sortie de son nouvel album prévu pour la rentrée, elle adorerait prendre la parole sur un exercice créatif autour du répertoire de Dalida. Au début, j’étais perplexe, je lui ai répondu :  tu veux faire un piano-voix ? Dalida en disco ? Elle m’a répondu « Non, en version tsigane ».

J’ai tout de suite été d’accord. Il y a aussi des artistes qui se disent « J’ai un nouvel album en 2024… Et si je proposais quelque chose avant pour l’Hyper Weekend ? » C’est le cas de Thomas de Pourquery. Son album sortira en mars et il fait son premier concert chez nous le 28 janvier. C’est comme une création : ce sera la première fois qu’on va écouter ses chansons. Mais on essaye de trouver aussi un petit plus. Pour son final, il voulait le Chœur de Radio France. Ce n’était pas évident, mais mon rôle c’est d’essayer de faire entrer des ronds dans des carrés. Et au final, j’y suis arrivé !

 

 

Une programmation, ça se construit longtemps à l’avance ?

Parfois je pense déjà à l’édition 2025, sans même savoir si elle aura lieu. J’imagine des pistes pour les trois auditoriums. Parfois, des idées n’aboutissent pas tout de suite, mais elles arrivent à se concrétiser l’année suivante. Il faut que ça corresponde à un timing. On essaie de tenir compte des forces et faiblesses des premières années. Qu’est-ce qui a marché ? Qu’est-ce qui a moins marché ? J’observe aussi que ce qui fonctionne le mieux, c’est lorsque les artistes portent les projets : comme la réunion de Flavien Berger et Bonnie Banane l’an dernier.

Lorsqu’une création célèbre un répertoire -celui de Dominique A ou Mylène Farmer par le passé- il y a des écarts dans les prestations et parfois une différence d’investissement. On a donc essayé de retenir la leçon cette année, avec la création autour de Françoise Hardy où les artistes qui se produiront ne seront pas dans une logique « c’est mon moment, et après je me barre ». Ce sera un esprit plus collectif. C’était aussi important, comme on n’a plus la possibilité de faire du clubbing, et donner l’occasion aux communautés racisées LGBTQI+ d’entrer dans la Maison de la Radio et de La Musique à l’occasion d’un grand ball organisé par un des grands ambassadeurs du voguing, Legendary Vinii Revlon.

 

Parmi toutes ces créations originales, laquelle est pour toi la plus surprenante ?

Dalida-Pravi. Je n’aurais jamais imaginé ce répertoire en musique tsigane. Mais pour avoir assisté aux répétitions, ça parait pourtant une évidence ce rapprochement. Et puis fier d’avoir confié le 22e étage à François Atlas et Aja, sans réellement savoir ce qu’ils vont y faire.

 

Si tu devais conseiller trois événements à quelqu’un qui ne pourrait pas tout aller voir ?

Allez voir les artistes émergents sur la scène du Foyer C. Notamment le dimanche avec notamment Par.Sek, Nerlov, ou Cheap House. Mais aussi la création Kids Return et Shades of Gospel. Et puis Jeanne Added avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France : c’est une proposition assez impressionnante.

 

Est-ce que l’Hyper Weekend est maintenant bien installé au sein de Radio France et de la Maison de la Radio et de la Musique ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il incarne tout à fait ce nouveau nom de Maison de la Radio et de la Musique. Il représente aussi tout à fait la musique telle qu’on la conçoit à Radio France : c’est-à-dire dans l’émergence, le patrimoine, la diversité. Ce festival c’est aussi de la radio, puisque ces concerts-là sont diffusés sur tout le territoire grâce aux cinq antennes du groupe; qui nous ont assuré cette année un magnifique relai bien en amont.

On sent que France Inter, France Musique, Mouv’, France Bleu ou FIP, sont toutes fières de porter à la fois le festival et les créations qu’elles vont diffuser. Mais cette fierté s’étend aussi à l’ensemble des personnels de la Maison de la radio et de la musique.

 

Directeur de la musique de Radio France, documentaliste, écrivain, programmateur de festival, et j’en oublie sûrement. Qu’est-ce qui fait courir Didier Varrod ?

La peur que ça s’arrête ? Il y a un peu de ça. Mais je pense aussi qu’il y a un sens un peu politique à toutes mes activités. Je crois qu’on a une responsabilité en tant que presque-senior de la musique de continuer, tant qu’on est en bonne santé et qu’on a la passion comme je l’ai. Essayer de faire en sorte que ce pays ait une scène française à la hauteur de son Histoire.

On a un devoir de faire en sorte que les artistes puissent continuer à exercer leur métier. Et puis on a intérêt à faire comprendre à celles et ceux qui nous dirigent, que c’est une partie du capital culturel de notre pays. J’ai très envie de continuer à être un agitateur, un activiste, c’est ce qui me porte depuis bientôt quarante ans.

 

As-tu invité la nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati ?

Oui, comme tous ses prédécesseurs et prédécesseures. Je me rappelle que Roselyne Bachelot avait assisté la première année à la création de Jean-Michel Jarre où nous étions tous masqués. La venue de la nouvelle ministre de la Culture serait une manière formidable pour elle de montrer son intérêt à la fois pour le service public, mais aussi pour la chanson et la musique française.

 

Suspense…

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