La chanteuse vient de sortir Magnetofille, un album aux sonorités pop, dans lequel elle a écrit et composé pour la première fois. Confidences d’une artiste révélée par la Nouvelle Star, passée par la case illustration, qui a désormais trouvé son propre son.
“Non, l’exercice de l’interview n’est pas quelque chose qui me stresse beaucoup. Finalement, quand tu as produit quelque chose, tu le connais un peu par cœur” fuse Pi Ja Ma, de son vrai nom Pauline de Tarragon. La chanteuse vient de sortir Magnetofille, son troisième album aux sonorités pop, fabriqué avec le producteur TRENTE. Il y a deux ans, elle faisait parler d’elle avec la sortie de Minuscule folle sauvage (éditions La Ville Brûle), un premier roman graphique touchant et drôle sur l’anxiété et la solitude. Un véritable succès.

Alors, au début de l’entretien réalisé au fond d’un café parisien avec sa chienne Sacha, on s’est permis de demander si l’“hyperactive girl” appréhendait cette session de promotion. Pas tant visiblement. « Après le truc, c’est de doser entre ce que tu dis et ce que tu gardes pour toi, c’est vrai que, parfois, je lis l’interview et je me dis « J’ai beaucoup trop raconté ma vie ». Rassurons-nous, la chanteuse s’exprime là aussi sans filtre, lucide sur une industrie qui l’a longtemps cantonnée au rôle d’interprète, confiante sur la nécessité de créer une musique qui lui ressemble. Rencontre.
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Quand as-tu commencé à travailler sur Magnétofille ?
J’avais déjà composé entre 2020 et 2024 des maquettes qui étaient rassemblées dans un dossier qui s’appelait “Album 3”. Pendant l’hiver 2024, avec Hugo Pillard, TRENTE, de son nom d’artiste, on a commencé le processus de réenregistrement. Je voulais faire un album très personnel, mais j’avais quand même besoin de quelqu’un pour l’enregistrer, l’arranger et me donner des avis.
On a pris le matériel, les maquettes et on est allés chez mon grand-père qui a une maison où il y a une chambre vacante. On y a monté un studio et on a tout fait en un peu plus d’une semaine. Ensuite, l’album a été mixé, pressé sur vinyle, etc. Finalement, cela a pris deux ans. On a fait l’album dans notre coin, puis on l’a fait écouter à une équipe réduite. C’était très fluide et très simple, à l’inverse de ce que j’ai vécu avant, où le processus était très long avec beaucoup de personnes qui donnaient leurs avis.
Comment s’est faite cette transition ?
Cela s’est fait naturellement. Mon ancienne équipe ne voyait pas la suite de ma carrière du même œil que moi. De mon côté, j’avais envie de faire de la musique sans penser à des questions du type “Quel est le single ? Comment le commercialiser ?”. Je me suis isolée pour créer l’album. Lorsque ma nouvelle équipe l’a écouté, elle m’a juste dit “nous, on aime et on veut le travailler”. C’était facile, je n’avais pas à me vendre et à devoir convaincre.
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Avec Hugo Pillard, vous avez tout retravaillé ensemble ?
Il y a pas mal de morceaux qui existaient déjà. “La passion” a été écrit en 2019. Je trouvais le titre cool à chaque écoute, mais je ne prenais pas le temps de le terminer ou de l’arranger. Pareil, pour « 18h37 » qui existe depuis 2020. Avec Hugo, on s’est posé et on a tout retravaillé. Il n’était fermé à rien. Par exemple, il voulait bien garder les enregistrements pris à l’iPhone. C’est quelque chose qui me touche et que j’ai toujours bien aimé, mais que d’autres gens pourraient trouver cracra.
Avec Hugo, nous avons tous les deux appris sur Internet en faisant des trucs dans notre chambre. On s’est donc vachement compris et, pendant plusieurs mois, c’était comme un terrain de jeu. On appuyait sur des trucs en se disant “Oh ! C’est marrant ça”.
L’album représente donc plusieurs périodes de ta vie ?
Souvent, les gens me demandent de quoi parle l’album, mais il n’y a pas vraiment de thème. Le précédent parlait du fait d’être en couple, puis de ne plus l’être. Là, il y a plein de sujets différents. J’ai fait attention à ne pas trop faire des chansons d’amour. Il y en a un petit peu, mais par exemple “Carnet secret” parle d’être introvertie et de préférer traîner avec des carnets plutôt qu’avec de vraies personnes.

Il y a aussi des chansons que les gens interprètent à leur façon. Par exemple, quelqu’un m’a demandé si “Le bus” concernait le harcèlement dans les transports, ce qui n’est pas le cas même si ça pourrait fonctionner. Pareil pour “La passion”, on pourrait penser que c’est une chanson d’amour, mais elle parle des passions qui te transcendent, et qui limitent presque les relations que tu as avec les autres. Mais je me dis que je n’ai pas besoin d’expliquer, si les gens veulent y voir une histoire d’amour ou un morceau sur les transports en commun, ils ont le droit finalement (rires).
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Tu ne voulais pas faire de chanson d’amour ?
Oui. Déjà, beaucoup de chansons sur ce thème existent, même si j’ai l’impression qu’un énième morceau de rupture, ce n’est pas grave, on en a toujours besoin. Je pense aussi que c’est un sujet qui m’intéresse moins maintenant. Il y a plein d’autres choses qui m’inspirent dans la vie. Dans l’album, il y a des chansons fun et légères comme “Hyperactive Girl”, mais aussi des titres comme “Le temps ». Ça parle d’une meuf qui est seule chez elle et qui se dit : « j’ai hâte d’être vieille, comme ça, ma vie est derrière moi et je suis tranquille ». Il y a des morceaux légers et des titres plus deep. Mais globalement, j’ai l’impression que l’album est assez lumineux.
Est-ce que le fait que tu sois connue sur les réseaux sociaux influence ta manière de concevoir tes albums ?
Je ne sais pas si c’est une chance ou pas, mais, étant donné que je ne suis pas hyper connue ni écoutée, la plupart des gens qui me parlent sur les réseaux sociaux sont sympas. Alors, je ne pense pas être très influencée. Par contre, j’ai le souhait que ma musique reste accessible, je ne vais jamais faire une chanson incompréhensible. Aussi, je fais attention à la manière dont les morceaux vont sonner en live.
Je ne veux pas d’un concert trop mou ni trop lent. L’album répartit bien les énergies, il y a des moments où tu danses et des morceaux plus calmes. Avant, j’avais un peu cette frustration, dans mon concert, il n’y avait jamais un moment hyper « patate » où les gens pouvaient se lâcher. Là il y en a plusieurs. Avant, on nous programmait tout le temps à 17h, là je pense qu’on peut l’être à 22h (rires).
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Dans les morceaux dansants, il y a « Carnet secret » ?
La chanson est assez douce et pop mais les paroles expriment un état bizarre, à la fois je rigole toute seule, à la fois je suis triste. À la fin, il y a un côté pétage de câble après avoir parlé seule pendant 20 minutes. En concert, ça marche bien. Il y a aussi d’autres chansons comme « Bisou » sortie en 2020 et qu’on a remise dans le concert, avec une nouvelle fin un peu provoc’. La chanson est très mignonne, très lisse, elle passe dans les Monoprix, donc on a voulu la trasher histoire de dire que Pi Ja Ma ce n’est pas juste ça. Souvent les gens disent “ah c’est mignon les coloriages, les petits chiens” sauf que l’on peut être ça, mais aussi pleins d’autres choses à côté.
Tu voulais sortir de cette image-là ?
J’ai commencé la musique à 16 ans en participant à la Nouvelle Star. Ma première expérience était centrée autour de la compétition. Il fallait être belle, intéressante, gagner, etc. Je suis sortie de là et un an après j’avais un label, un tourneur. J’ai eu beaucoup de chance, car j’aurais pu galérer davantage. Mais, je suis directement entrée dans un moule avec des attentes sur mon apparence, mes clips… Pendant dix ans, je l’ai accepté et un moment je me suis demandé ce que j’aimais vraiment. Est-ce que je le fais parce que j’aime ça ou parce que ça marche ? Je n’avais aucune idée de ce qu’était mon son, j’ai mis du temps à oser composer et écrire parce que je ne pensais pas avoir ce talent-là.

Dans cette industrie, quand tu es une jeune femme, on te propose toujours d’écrire et de composer à ta place. Au début, il y a la facilité, tu te dis : “moi j’aime chanter, donc je chante”. Mais plus tu avances, plus tu réalises que tu t’en fous de chanter les paroles des autres, que tu as envie de tester tes propres trucs et te confronter à ce que tu ne sais pas faire. Pendant des années, la musique m’a stressée et pris la tête. En 2024, j’ai réalisé que c’était comme faire des céramiques et des livres : tu crées un truc fun en t’amusant.
J’ai vraiment failli arrêter la musique avant cet album. Là, j’ai découvert une nouvelle méthode et je travaille avec une équipe qui me comprend et qui a des attentes normales sans m’épuiser. Je suis contente de les avoir rencontrés, j’ai l’impression que ce n’est pas monnaie courante dans ce milieu.
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Comment la sortie de Minuscule folle sauvage, ton roman graphique, a-t-elle impacté ta musique ?
Il y a eu un gros switch. Quand j’ai fait ma bande dessinée, je n’osais pas la faire lire à quelqu’un, j’ai hésité quarante fois avant de la sortir. Je trouvais ça trop deep ou je me disais que les gens n’en avaient rien à faire. Finalement, elle est sortie et a eu le succès que ma musique n’avait pas du tout. D’un coup, j’étais sur France Inter, Télérama… Je ne comprenais pas ce qu’il se passait parce que j’aurais préféré, sur le moment, que ma musique fonctionne et que mon livre, lui, reste confidentiel.
Sur la BD j’avais tout donné, en disant des choses qui me gênaient un peu. J’ai réalisé que les gens aimaient aussi cette partie de moi, pas juste quand je fais des blagues ou quand on fait les cons sur scène. Je pense que ça m’a autorisé à faire de la musique qui me ressemblait plus, à arrêter de me poser 40 000 questions et à oser être premier degré, ce qui était quelque chose de très compliqué pour moi. Avant, j’avais envie de mordre un coussin quand quelqu’un me disait que ma musique le touchait, là je commence à l’accepter. La BD a créé un effet boule de neige, je pense qu’elle a même influencé l’écriture des chansons.
C’est vrai que l’écriture de certains morceaux comme « 18h37 » ont un aspect très graphique.
Oui, parfois tu te dis, « mais tout le monde s’en fout que je dise qu’il est 18h37 et que je mange une fraise », mais de l’autre côté, j’exprime comment je me sens, « j’aime cette journée et ce qu’il s’y passe ».
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Tu ne te fixes plus de règles ?
Oui, peut-être que mon prochain album, ce sera de la country, enfin, je ne pense pas (rires). Mais tu vois, je ne m’enferme pas dans un genre prédéfini. Même le fait de chanter en français, en anglais ou en italien relève du feeling. Je ne mets pas de règles comme dans les autres formes d’arts, tels que le dessin ou l’écriture. J’ai grandi avec l’idée que Pi Ja Ma, c’est de la « pop alternative ». Même toi, tu ne sais pas ce que c’est, mais tu l’acceptes. Ce sont des choses qu’il faut déconstruire un peu comme tout dans la vie. Tu réalises qu’on t’a raconté n’importe quoi, que tu peux faire ce que tu veux et que ça va bien se passer. Tant que les gens t’écoutent.

























































































