Rêves réunit la Gen Z autour des sonorités EDM, rap, hyperpop, nu-trance puis des scènes digicore, emo ou glitchcore depuis 2022. Rencontre avec Yume, fondateur de cette entité, à l’aube de sa mini-tournée au Japon, de sa première tournée française et de la sortie de Bleached, sa seconde compilation, remplie de collaborations inédites.
Plongé dans la préparation de son marathon de dates, Yume est un peu déboussolé : “si on avait fait cette interview en juin, j’aurais tellement plus de choses à dire”. Peu importe, car l’homme, qui préfère être nommé par son nom de scène, n’a pas beaucoup d’interviews à son actif. Lorsqu’il accepte notre invitation, on saisit l’occasion de revenir avec lui sur un pays qui l’a énormément influencé : le Japon. Après un premier voyage à 19 ans, il ne pensait pas, quelques années plus tard, que ce serait la musique qui le ramènerait dans son pays de cœur.
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Une aventure qu’il a construite au fil de ses rêves et de ses rencontres autour de la musique. Après une première compilation, Le bleu a des yeux en 2023, la seconde, Bleached, est sortie le 20 mars dernier. On y retrouve une trentaine d’artistes (producteurs, rappeurs, graphistes) du monde entier. Un disque haut en couleur, en bpm, et en glitch — ces bugs informatiques, caractérisés en musique par des textures parasites, saccadées, rappelant les bandes sonores de jeux vidéos rétro — à l’image des soirées Rêves.
Rêves est avant-tout un projet que tu as construit en solo, ou bien c’est collectif ? Quelle en est la genèse ?
C’est personnel, même s’il y a des graphistes, des vidéastes, des artistes qui travaillent sur le projet. De 2020 à 2022, je diggais à fond sur SoundCloud et je me posais des questions : « qui a fait la prod’ de tel morceau ? Qui est derrière telle cover ? ». Je faisais un peu de vidéo et d’animation à l’époque et, un peu par hasard, j’ai réalisé le clip de « Red Eyes » pour Realo. J’ai rencontré plein de monde à ce moment-là.
Je voulais vraiment le voir en concert. Début 2021, je lui demande s’il en a prévu un prochainement, il me répond que non. Je lui ai dit “je vais créer ton concert”, et j’ai organisé un coplateau fin 2021 avec Dries Bormans, Beamer et Neop0p. On en a profité pour faire un visuel 3D avec Yevart, qui collabore toujours avec Rêves à l’heure actuelle.
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Je n’avais aucune connaissance, rien, j’avais juste envie de les voir. J’ai envoyé des mails à une dizaine de salles, pas de réponse, sauf le Point Éphémère qui trouvait le projet cool. Je les rencontre, ils me disent qu’ils sont partants. Par contre, il fallait que j’aie une licence du spectacle et que je monte une structure. J’ai mis 4 à 5 mois à tout réunir. Mais dès que l’événement est sorti, il a été complet en une journée, et j’ai enfin pu voir Realo en concert (rires). Je me suis dit que j’avais encore des centaines d’artistes que je voulais voir, alors j’ai fait une autre soirée, puis trois, puis quatre, un album, une édition avec des tournois de jeux vidéo, une autre au Japon… Tout s’est enchaîné.
Tu as directement eu l’idée d’appeler ça « Rêves » ?
Je cherchais un nom, et je galérais un peu. Puis, je me suis dit « Rêves ça sonne bien ». Puis j’ai pensé au jeu de mot « rave party » qui était assez marrant, ce n’était pas voulu, mais c’était cool. Maintenant on ne dit plus trop « partys », on dit « Rêves 15 » ou la « Rêves Tokyo ». Mais, ça reste une base à laquelle je suis attaché, j’aimais bien ce que le mot évoquait.
Tes influences musicales ont-elles aidé à développer les soirées par la suite ?
Je dirais que les influences de ma vie m’ont permis de construire ces soirées. Mes deux matières principales ont toujours été la musique électro et le rap. D’un côté, la French Touch avec Mr. Oizo, SebastiAn, Etienne de Crécy, Daft Punk, Justice pour l’esthétique des évènements. Pour les concerts, c’est plus l’influence rap avec toute la scène parisienne, marseillaise, américaine ou coréenne.
J’ai vécu directement la culture pogo pendant les concerts des Suisses de XTRM boys, Di-Meh, Slimka, Makala, de 2016 à 2018. Ça donnait des concerts électriques, avec beaucoup d’énergie. Ce mélange m’a profondément inspiré pour créer mes soirées, et même dans le choix des artistes, tu ressens cela : Realo a des similitudes avec la scène French Touch, d’autres artistes ont un côté rock, rap ou électro. C’est dense, mais très libre.
Le japon t’a influencé dans le graphisme, l’esthétique des soirées, peux-tu nous en dire plus ?
J’ai grandi avec les chaînes No Life, Game One (chaînes consacrées à la culture japonaise et aux jeux vidéo, qui ont fermé respectivement en 2018 et 2025, ndlr.), ça m’a incité à découvrir le pays plus en profondeur. J’ai donc habité au Japon pendant un an, en 2019, pour aller travailler. C’est une première entrée qui n’est pas directement musicale, j’avais seulement 19 ans, mais ça a été bénéfique pour s’exporter là-bas.

Comment es-tu passé de l’organisation de concerts pour des rappeurs émergents à des soirées en clubs jusqu’à 6 heures du matin ?
On est passés par pas mal de chemins, mais c’est surtout grâce à mes envies et mes découvertes. On proposait souvent des DJ-sets en tant qu’organisateur de soirée, mais je ne savais même pas mixer au début du projet, en 2022. J’ai appris avec mon meilleur ami Lorenzi, et j’ai fait une première radio à Hôtel Radio Paris pour white garden. Je me suis rendu compte que le mix est un autre moyen de développer ce que je percevais dans la musique. Lorenzi m’a permis de découvrir d’autres artistes live comme TDJ, ou le duo Snow Strippers, qui mêle performance vocale et DJ-set. Ça m’a donné l’envie de prolonger la nuit.
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On avait fait une soirée test qui s’appelait Unit, où on a invité Realo sous son alias DJ, Michael Wet, Shushu, une DJ chinoise de passage à Paris à ce moment-là, Yevart et les Recklessboise. C’était moins de stress, vu qu’il n’y a pas l’autotune à gérer, les micros, etc. On a décidé de passer en mode club à partir de la Rêves 8, en janvier 2024.
Comment les connexions entre le Japon et la France se sont-elles faites ?
D’une part, parce que j’ai habité au Japon, ça m’a permis de digger, de me renseigner sur les scènes électroniques locales. Avoir appris la langue me permet de mieux comprendre ce qu’il se passe là-bas. Ensuite, Lorenzi y joue pour beaucoup, en tant qu’ami et proche de Rêves, on échange sur la musique tout le temps.
Il fait de l’hypertrance (appelé également post-trance, ndlr.), une scène électronique très populaire au Japon avec Ishiro Tanimoto de Minna-no-Kimochi, soichi 芳芽, et plein d’autres artistes. Lorenzi fait vraiment partie de cette scène, 80% de ses auditeurs sont japonais. Il a toujours été à Paris, et tous les jours, il reçoit des propositions de mix, de masterings, de date au Japon. Pourtant, il n’a jamais trop été connecté jusque-là. Il me montrait des artistes électros japonais, et moi rap. Grâce aux contacts qu’il a obtenus, on a pu échanger et les ramener en France.
Au niveau de la réception chez le public français, comment ça se passe quand tu invites des artistes comme Tohji en premier ?
C’était un rêve, un honneur même, je l’écoute depuis que j’ai 17 ans. Il est inspirant pour avoir mis en avant un courant, une génération d’artistes avec ses collaborations, ses soirées nommées U-ha. Je connaissais son tourneur, je suis arrivé au bon moment, et la date s’est faite. Ça a été sold out rapidement, il y avait des expatriés japonais très contents de le voir sur Paris. C’est moins la star qu’au Japon, mais c’était très important pour moi.
Tu as ensuite invité encore plus d’artistes japonais : Wagahai is Neko, Peterparker69, Pinponpanpon, il y a-t-il également un public en France pour ces artistes ?
On avait déjà ramené SEBii, artiste sino-américain à la quatrième Rêves. Il a ouvert nos collaborations à l’international. Il y a eu aussi Senses, issue de la scène hyperpop allemande. On a continué naturellement, comme avec le duo Peterparker69. Bien qu’ils soient moins connus que Tohji, il y avait une vraie attente pour leur date à la Gaîté Lyrique. On a aussi invité des artistes japonais comme Wagahai is Neko, et français, comme BLOODY$ANJI et Ucyll. Je suis content de présenter des artistes que le public habituel de Rêves ne connaît pas forcément.
Pour Pinponpanpon je me suis fait surprendre. J’ai travaillé avec aokraken, un réalisateur français qui travaille sur place. Il m’a aidé à organiser la date au Japon, et il m’a parlé du trio en me disant : “tu vas voir c’est incroyable”.
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Lorsque je les ai vues, je ne m’attendais pas à ça : elles ont captivé tout le monde dès le départ, avec leurs morceaux et leurs chorégraphies. Leur DJ, qui est également leur manager, était vraiment là pour les aider. Quand je les aies invitées en France, des fans de toute l’Europe sont venus au concert. On a fait deux soirées d’affilées, très sport, mais c’était génial !

Comment s’est passé la soirée au Japon, est-ce que ça a marqué un cap dans l’histoire de Rêves ?
On a attisé la curiosité des Japonais. Sur les réseaux sociaux, ils voyaient que des artistes de chez eux étaient invités en France. On avait la chance d’avoir une petite fanbase qui nous suivait et qui écoutait notre premier disque, Le bleu a des yeux, grâce à Lorenzi.
On a aussi eu des commandes de merch, donc envisager une soirée là-bas s’est fait naturellement. On a invité des artistes de France, du Japon, et d’autres pays avec Billionhappy originaire de Chine, Reikko venue d’Indonésie, c’était vraiment cool.
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Comment ce second projet Bleached, riche en collaborations, a-t-il été conçu ?
Ça fait longtemps qu’on travaille dessus. Le premier tourne toujours autant, ça nous a permis de mettre en avant pas mal d’artistes émergents à notre échelle. Cette fois, on a la volonté d’être plus internationaux en invitant des artistes japonais ou encore américano-mexicain. Il y a également Sysmo, un groupe de trois Japonais très intéressant, mais aussi Lorenzi en collaboration avec Pinponpanpon. Super content de l’album, en espérant qu’il plaira au public.

Si tu devais faire ton line-up de rêve avec cinq artistes, qui choisirais-tu ?
Il y en a trop, c’est compliqué ! Mais je dirais Realo en premier, qu’on a fait jouer aux soirées Rêves une, quatre, six et d’autres. C’est le commencement, il fait partie de l’identité du projet, et parce que, sur scène c’est le meilleur (rires). Pinponpanpon, parce que c’est trop fun en live ! Ensuite, je dirai Rachika Nayar, une artiste électronique-ambient, je l’ai vu en live à Petit Bain, elle jouait avec sa guitare, c’était juste incroyable. Lüne, pour son côté pop très américain, très prometteur, et le dernier Bladee.
Un dernier mot ?
Je voulais remercier tous les gens qui nous aident. Il y a tous les graphistes, Brandon.Grn, Yevart, Romain Pisa. Les vidéastes, SHOOT ME ALBERTO et Kolly, qui font tous nos aftermovies depuis 2 ans. Arcane, lui, gère le merch de manière 100% artisanale, puis Bicra, Elixir s’occupent de l’aspect technique. Je pense aussi à toutes les personnes avec qui on a collaboré depuis le début, on est beaucoup en réalité, et heureusement qu’ils sont là.
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Le lien pour la tournée Rêves, c’est juste ici

























































































