La DJ, compositrice et productrice Tatie Dee lance son propre label, Small Tits Big Hits. Mais que se cache-t-il derrière ce nouveau chapitre ? C’est ce que nous sommes allés lui demander. Derrière ce nom qui fait sourir, la jeune musicienne exprime et priorise une envie : se reconnecter avec ce qu’elle aime vraiment faire, soit de la musique avec ses potes, sans se prendre la tête. 

Une MPC, une Behringer TD3, des synthés et boîtes à rythmes Roland à tout va, voici les ingrédients principaux pour composer la musique de Tatie Dee. De cette recette est né un live house enrichi de textures acid et saupoudré d’edits de Justin Timberlake ou bien de Nelly. La cerise sur le beat ? Un violon électrique et ses pédales d’effets pour apporter une touche mélodique. Un succès.

Un succès tel qu’en 2025, son live fait la tournée des festivals. Elle l’a notamment joué au Peacock Society, à Nuits sonores, ou encore aux côtés des DJs Mall Grab et Boombass dans l’enceinte de l’Arène de Nîmes en mai dernier. Après plusieurs sorties de singles et d’EP sur différents labels (Friendsome, Groovence Records, Aterral) elle s’est décidé à créer son propre label. Et ça y est, il est là. Small Tits Big Hits naît, avant tout, d’une envie de liberté, de créer un nouvel espace pour s’exprimer — et surtout pour s’amuser. Rencontre. 

D’où vient ce nom, Small Tits Big Hits ?

Quand j’écrivais mon live, je taffais sur ma MPC et il fallait donner un nom au projet. Je bossais sur un morceau un peu acid, qui tapait bien, je l’ai appelé « Small Tits Big Hits ». En le trouvant, je me suis dit : « un jour si je monte un label, c’est ce nom que j’utiliserai ». C’est fait.

Photo Tatie Dee no.__.flash
Extrait de son live au festival Nuits Sonores à Lyon © no.__.flash
Ton label a l’air de s’être monté assez rapidement, non ?

Ça fait un moment que j’y pense. Quand tu produis de la musique, tu attends longtemps entre le moment où tu composes et la sortie de tes morceaux. J’en avais marre de ça. Puis, j’avais envie de créer mon identité graphique et de bosser avec mes potes. Ce qui me freinait vachement, c’était tout le côté administratif. Créer un label, c’est créer une entreprise. 

L’été dernier, j’ai sorti des edits qui fonctionnaient bien quand je les jouais en public. Je me suis dit pourquoi pas partir de ça : continuer à faire des edits mais les regrouper sous une étiquette. Sur ce label, tous les morceaux digitaux seront gratuits via SoundCloud et Bandcamp. De toute façon, le streaming ne rémunère pas beaucoup, et puis c’est moins de pression administrative (rires)

Comment tu définirais de manière simple, l’ADN de ton label ?

De manière simple, c’est un label de musique électronique, qui reprend des samples iconiques pour en faire des morceaux taillés pour les dancefloors du monde ! Un truc comme ça (rires).

Tu accompagnes justement la sortie de ton label avec un edit “EA Sports (edit)”. Pourquoi ce choix ?

L’idée du label est née avec ce morceau. Je voulais vraiment le sortir, mais je savais que personne n’allait en vouloir… En termes de droits d’auteur, c’est trop compliqué. Ça m’a donc donné envie de le faire par moi-même. 

Je l’ai écrit avec un de mes meilleurs potes. À la base, il voulait faire un morceau pour son coloc parti en voyage : un track nostalgique, qui nous rappelle nos années d’étude. Mais surtout, qui nous donne envie de danser comme s’il était trois heures du matin en plein club. Et ça a donné “EA Sports (edit)”.

Comment vas-tu organiser les différentes sorties sur ton label ?

À chaque fois, il y aura une sortie de deux morceaux. Une version “DJ Friendly” sur Bandcamp et SoundCloud, parce que ça reste un label de musique électronique, et que, la cible principale ce sont DJs puisqu’ils jouent tes morceaux. Et, il y aura une version pour les copains qui sortira sur les plateformes de streaming. 

Donc tu vas faire deux versions pour chaque edit

Oui ! J’aime bien me challenger. Je fais un premier edit, puis je le réédite en réinterprétant les morceaux. C’est aussi la toute première fois que je chante sur une de mes productions. J’ai trouvé ça fun d’essayer. En fait, ce label, je le vois comme un terrain de jeu, d’expérimentation. Dès que je me dis : “j’ai envie de faire ça, je ne l’ai jamais fait avant”, vas-y, je le tente. 

Sur les plateformes, pour ne pas avoir de problèmes de droits d’auteur, je modifie les voix. Sur le premier morceau qui sample le slogan “EA Sports, it’s in the game”, c’est mon manager qui a une voix hyper rauque qui l’a remplacé. Au lieu de dire “EA Sports”, il dit “TD Sports” pour Tatie Dee. Le deuxième morceau que je vais sortir, pareil, j’ai repris l’a cappella d’un track pour la version DJ, et c’est moi qui chante pour la version streaming. 

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© Juliette Valero
Est-ce qu’avec ce label, il y a une volonté de reprendre une aventure collective ?

Pour le logo, je bosse avec une copine qui est tatoueuse, Zozottte. Elle va faire les pochettes de tous les singles. Pour les vidéos, c’est une amie réalisatrice, Anastasia Polak, qui s’en charge également. Le mix, c’est l’ingé son qui m’accompagne sur mes lives qui s’en occupe. Ce sont des gens que je connais et avec qui je travaille depuis longtemps qui m’accompagnent sur le projet, c’est cool. 

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© Zozottte
Est-ce qu’il y a une volonté également, de mettre en avant des femmes DJs, des artistes queer ?

Oui bien sûr, surtout que les filles dans la production, c’est carrément sous-représenté. J’avais cofondé un collectif qui s’appelait Tout Feu Tout Femme. Le but, c’était de mettre les femmes et les personnes queer de la scène lilloise en avant. Ça revient aussi dans mon label. Et si je peux mettre les copaines en avant, c’est l’idéal.

Ce label semble être avant-tout un espace pour t’exprimer ?

C’est ça. J’ai envie d’explorer plein de genres. Mais ça ne pourrait pas être une musique trop sombre. Je prends en compte mon identité, le graphisme du label, c’est assez coloré. Pour l’instant, je vois vraiment ce label comme quelque chose de festif, fédérateur, et assez solaire. Je pense qu’il y plein de facettes à explorer, toujours dans un spectre assez lumineux.

Tu es attachée au format physique, que ce soit lorsque tu mixes sur vinyles ou dans tes lives 100% hardware. Comment envisages-tu le coût des sorties physiques sur ton label ? Est-ce qu’il y en aura ? 

J’aimerais vraiment faire des sorties physiques, mais je ne sais pas comment l’année va se dérouler. J’attends d’avoir suffisamment d’edits pour au moins avoir un format mini EP. Ou alors, en fin d’année, j’aimerai bien faire une compilation avec d’autres artistes. 

Quand t’es en indépendant ça coûte horriblement cher. Je pense que je ferai des commandes à la pièce, avec un nombre de pressages limité aux personnes qui précommandent. Ce sera 40, 50 vinyles, pas plus. À mes débuts, un label étranger avait pressé ma musique sur énormément de disques sans me poser la question. Mais c’est compliqué de vendre lorsque ta communauté n’est pas là-bas. Ils se sont retrouvés à brûler les deux tiers du stock. Écologiquement, c’était catastrophique. 

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Ⓒ Anastasia Polak
Tu as toujours été en indépendante dans tes sorties, avec les labels de Friendsome ou encore Groovence. Pourquoi ? 

Le côté indépendant, j’y suis trop attachée. Tu as la mainmise sur tous les choix à faire, tu décides d’avec qui tu travailles et de qui tu t’entoures. J’accorde également beaucoup d’importance à l’aspect visuel dans ma musique. J’ai aussi le choix du graphisme, et je suis présente au moment de chaque décision. C’est ce que je préfère. Quand tu donnes ton projet à quelqu’un que tu ne connais pas vraiment, tu ne sais pas ce que ça va donner pour la suite.

Comment vois-tu la suite ?

Je vais lancer des propositions de collaborations, mais ça restera dans un cercle proche. En plus, cette année, j’écris mon album. La création de ce label, c’est un peu une pause. Je vais pouvoir sortir des morceaux sans me prendre la tête, ça me fera du bien.

Sinon le 6 février je fais mon live au Badaboum avec Friendsome Records, il y aura peut-être un ou deux edits que je jouerai pour l’occasion.