Chez Tsugi aussi, on a préparé notre chasse aux œufs. Pas de chocolats, mais plutôt des disques avec : l’électro saturée de Lewis OfMan, la voix sucrée de Thundercat, l’énergie sombre de Yan Wagner, le groove de Vitess, l’électro-pop de Arlo Parks, la techno hardgroove de Ferdinger, le rock acid d’Angine de Poitrine, la fragilité du duo Elephanz, la pop éthérée de Frànçois & The Atlas Mountain, l’hyperpop de Louisadonna et le post-rock de Wheobe.
Par Elio Froidevaux et Noah Potloot
Lewis OfMan – 50KWTTS
Rock de haute voltige, mais attention de ne pas vous prendre une décharge ! Électrisant, prodigieux, parfois machinique lorsque l’artiste français combine une gratte électrique et des samples de jeux rétros sur “Birthday Party”, en compagnie du bassiste japonais Kyosuke Nonoyama. Lewis OfMan branche son générateur de secours, suffisamment stable pour nous pondre des douceurs comme “Affection”, symbole d’une polarité constante entre électro-pop saturée et grunge tuné.
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50KMTTS navigue dans ce paradigme : une musique avec une “puissance limitée”, comme le définit l’auteur Théo Casciani, ami du musicien. Composé entre Séoul, le Pays de Galles et la France, le disque se veut plus saccadé que les précédents, jusqu’aux apparitions succinctes de la Canadienne Marie Davidson, ou de Victoria Legrand, la chanteuse de Beach House. Quelques claviers, une guitare, et un vieux processeur d’effets d’une platine Pioneer lui ont permis d’alimenter tout un disque, et qui sait, bientôt le monde entier ?
E.F
Thunderdcat – Distracted
Thundercat signe son grand retour avec Distracted, son cinquième album solo, six ans après le remarqué « It Is What It Is ». Pour ce nouveau disque, le bassiste virtuose s’entoure d’un casting prestigieux : A$AP Rocky, WILLOW, Tame Impala, Channel Tres, Lil Yachty, sans oublier un titre inédit avec le regretté Mac Miller. Cependant, l’invité le plus marquant reste Greg Kurstin, à qui Thundercat a confié la production.
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Distracted s’impose comme un album d’équilibre. Plutôt que de déplorer son époque, l’artiste la traverse en explorant la distraction, perçue à la fois comme un obstacle et un refuge. Le disque capture avec justesse la tension entre surstimulation et introspection. Si la réalisation peut surprendre par son aspect plus « lisse » que la créativité débordante habituelle du musicien, l’album n’en demeure pas moins solide, porté par des pépites comme « I Did It To Myself » en collaboration avec Lil Yachty.
N.P
Yan Wagner –Æther
L’enveloppe visuelle définie par l’artiste plasticien Smith donne le ton d’Æther. Son utilisation de la caméra thermique est censée révéler les énergies et les températures invisibles, en écho à la quête de l’imperceptible de Yan Wagner, préoccupé par la sensation d’une crise spirituelle contemporaine. Chanteur accompli, admirateur de Scott Walker, il déroule un éventail rare de BPM, se passant de rythmiques sur “Corridors” ou “Synchronised”, jusqu’à ce que des beats jungle effrénés le rattrapent.
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Son projet de remonter le cours des années 1990 tient autant la route par les effluves emo-indus de “Dust Covers Everything” que par la splendide voix de Meryem Aboulouafa sur le trip-hop “60fps”. Quant au morceau “Æthernité”, ce duo avec Malik Djoudi évoque la période magique de l’album Éden de leur ami commun Etienne Daho, prélude au sommet “Miami”, sorte de ballade autotunée pour after gothique.
Par Pascal Bertin (Lire la suite dans le Tsugi Magazine n°186)
Vitess – Reframed
Vitess, l’un des fers de lance de la scène électronique française, franchit une nouvelle étape ce vendredi avec la sortie de Reframed. Ce projet ne se contente pas de suivre la lignée de ses précédentes productions : il ambitionne, comme son nom l’indique, de « recadrer » son univers sonore.
Après avoir marqué le début de l’année avec l’EP survoltéLouder, le producteur parisien utilise Reframed pour explorer une palette plus large. Ancien batteur de formation, Vitess met une fois de plus le rythme au cœur de l’album. On y retrouve des lignes de percussions complexes et un groove organique qui est devenu sa signature. Le projet navigue avec fluidité entre une tech house incisive, des touches power house et des envolées trance progressive, qui rappellent l’âge d’or des années 1990, tout en restant résolument moderne.
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Si Louder était taillé pour l’urgence du dancefloor, Reframed semble proposer une structure plus narrative, alternant entre des morceaux purement efficaces et des textures plus atmosphériques. Ce projet confirme le statut de Vitess non seulement comme un « DJ de live » redoutable, mais comme un compositeur capable de construire une identité sonore cohérente sur le long format.
N.P
Arlo Parks – Ambiguous Desire
Du beat métronomique et de la mélodie lancinante en ouverture de «Blue Disco» à l’envolée finale breakbeat de «Floette», le nouvel album d’Arlo Parks est impeccable. (…)
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Après un premier album (Collapsed In Sunbeams) récompensé par un Mercury Prize, elle continue son parcours avec ce troisième disque où elle s’éloigne de la soul jazzy acoustique de ses débuts pour explorer des sonorités urbaines, électroniques, entre neo-soul broken beat («Senses» avec Sampha en featuring), love song à la basse profonde et envoûtante («Heaven»), trip-hop old-school («Beams»), dubstep cool («Nightswimming»). Un album intime et hédoniste, sensible et ensorcelant.
Par Olivier Pernot (Lire la suite dans le Tsugi Magazine n°186)
Ferdinger – Partly Cloudy (LIP016)
Le producteur allemand, basé à Paris, interpelle les basses de son pays natal avec l’énergie débordante de la capitale française, pour un EP sous le signe des retrouvailles. Dans Partly Cloudy, on retrouve la tendance nuageuse de Gelände (2017), une des premières sorties sur son propre label, Life In Patterns. Une techno mélodieuse, éthérée, mais qui ne rompt pas totalement avec ses rythmiques hardgroove, que l’on reconnaît gracieusement sur “I’m Still Here” ou sur “Early Onset”. On ne peut omettre le track introductif, “Luxury Beliefs”, où Ferdinger voyage entre un dub énergétique et des breakbeats effrénés. Un dernier élan de lucidité, avant de s’immerger intégralement sur le dancefloor.
E.F
Angine de Poitrine – Vol. II
Inconnu il y a encore 1 an, le groupe canadien Angine de Poitrine fait son retour avec le très attendu disque Vol. II. Fidèle à son univers singulier, la formation continue de cultiver une proposition artistique inclassable. Tout chez eux détonne : de leurs tenues de scène atypiques à leur musique complexe, souvent exigeante et impénétrable lors de la première écoute. Malgré ce parti pris audacieux, le groupe jouit d’un immense succès à l’international, et ce nouveau projet vient asseoir leur statut de figures de proue de l’avant-garde. Pour ce second volet, ils s’appuient à nouveau sur leur triptyque fétiche : une fusion brute entre acid, disco et rock.
N.P
Elephanz – Love. Hurt. Repeat.
Le duo le plus pop rock de la Loire est de retour pour propager ce qu’ils ont toujours su faire : de l’espoir et de l’amour, encore et encore. Comme une boucle, et malgré l’adversité croissante du monde, on ne peut qu’admirer cette force grandissante dans la musique d’Elephanz, qui s’adapte aux angoisses de leur époque, de la FOMO d’un “Follow your love”, au manque cruel de tendresse dans notre société, sur “What is love”.
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Ce qu’on admire particulièrement dans Love. Hurt. Repeat., c’est la fragilité des histoires racontées. Une rupture amoureuse est comparée à des chiens de faïence posés face à face dans “The Novel of Our End”, titre rock mélancolique. Dans “In A Porcelain Shop”, les deux frères reprennent l’expression française “un éléphant dans un magasin de porcelaine”, et continuent de narrer leur déboire amoureux, au glas des synthétiseurs. Mais ce qu’on retient avant tout, c’est cette ode à leur mère, “Mother”, décrite par Jonathan et Maxime comme la clé de voûte d’une vie épanouie.
E.F
Frànçois & The Atlas Mountains – Halage
À peine un an après la sortie de Âge Fleuve, Frànçois & The Atlas Mountains poursuit son odyssée aquatique avec un nouvel album intitulé Halage, sorti sur le label InFiné. Le groupe reste fidèle à son élément de prédilection : l’eau, le disque est pensé comme un voyage le long des canaux. Musicalement, cet album se situe davantage dans des sonorités électroniques et synthétiques, sans jamais perdre la douceur organique qui caractérise le groupe.
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Le casting se compose des voix de Clara Luciani, Yasmine Hamdan (sur une reprise sublime de Nick Drake,« L’homme à la rivière »), David Numwami, Ëda Diaz ou encore Laura Sanchez. Le musicien s’est entouré d’Emile Papandréou (du duo UTO) aux machines pour sculpter ces nouveaux paysages sonores. Entre indie-pop, dream-pop et folktronica. Le disque mélange l’introspection fragile de Frànçois à une énergie plus dansante et synthétique, comme en témoigne le premier extrait « Briller dans la nuit« . C’est un album qui avance « à contre-courant », privilégiant la poésie et le lien humain.
N.P
Louisadonna – Parasite Deluxe
Louisadonna marque l’année 2026 avec la sortie de Parasite Deluxe, la réédition de son dernier projet Parasite. Pour cette version de luxe, l’artiste ajoute quatre titres inédits tout en conservant son ADN : une pop douce empruntant par moment des sonorités électroniques pour dénoncer les failles de notre société et faire ses introspections.
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Le ton avait été donné dès le 19 décembre 2025 avec le premier extrait, « Girl’s Club », une collaboration avec la chanteuse Sopycal. La réédition s’enrichit également de « Chenille » (en featuring avec Thérèse), « Bulldozer » et « Cette Ville ». À travers ces nouveaux titres, Louisadonna parvient à marier l’introspection personnelle à la critique sociale, le tout saupoudré d’une légèreté feinte et d’un sens de l’humour bien dosé.
N.P
Wheobe – A Strained Ocean
Un océan agité cache bien plus qu’une simple déferlante. Dans le creux des vagues, Wheobe ressort avec son lot de coquillages, de post-rock et de mélodies toutes aussi addictives les unes que les autres. Lorsque Swann élance sa voix et son synthé sur “One Last Swim Before Tomorrow”, ce n’est que pour mieux introduire la basse, la batterie qui frissonne et les guitares de Matthias, Matthieu et Ivanoé, dans un rock progressif et onirique.
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Le quatuor originaire du Jura sort A Strained Ocean, son quatrième album, qui reprend ce que Pink Floyd ou Radiohead ont su faire à leur époque : narrer le rock à leur manière, sans se brider. On embarque alors dans une odyssée délirante, où chaque morceau est un essai supplémentaire de dialoguer entre le monde et leur musique, entre le chaos et la liberté, entre la guerre et la paix. Un conseil : n’ayez pas le mal de mer.
E.F



























































