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© Isis Mecheraf
17 juin 2024

Marsatac 2024, sans-faute au soleil | LIVE REPORT

par Léa Crétal

Puisque le printemps a complètement déserté Paris, on a mis le cap vers le sud, le temps d’une échappée marseillaise au festival Marsatac. Retour sur un week-end grandiose où l’on a fait le plein de bon son, de panisses et de « Aux armes! » ; le tout avec vue sur les calanques, s’il vous plaît.

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Jour 2. C’est encore un peu assommés par une longue sieste au bord de la mer qu’on entre samedi dans le Parc Borély, à deux pas des plages du Prado. Après quelques instants à fouler le gravier, nous voilà en pleine édition 2024 de Marsatac. Première claque : les calanques environnantes qui se dressent au loin. Difficile de décrocher les yeux de la vue mais très vite, les kicks en provenance de la scène Le Lac font l’effet d’un aimant.

À l’émerveillement du paysage succède alors un gros coup de fouet musical, asséné par Surusinghe. Breakbeat, reggaeton, techno, post club et gwaracha… L’Australienne basée à Londres envoie du pâté, tandis que le soleil caresse encore la peau des festivaliers échauffés. En quête de rafraîchissement, on tombe sur des prestataires ambulants tout de jaune vêtus, arpentant le site avec sur le dos, une vingtaine de litres de bière pression à écouler, par personne. Faciles à repérer grâce à leur dégaine à mi-chemin entre Breaking Bad et les minions de Moi, moche et méchant, ils multiplient les apparitions providentielles, tout au long du festival, lorsque le verre est vide.

 

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Retour devant Surusinghe, qui laisse les platines à la DJ Salome. Un moment de passation, puis la Géorgienne reprend les rênes avec brio en ouvrant son set sur le single ‘stayinit’ des compères Fred again.. Overmono et Lil Yachty. Puis coup d’oeil sur la montre : oups, déjà deux heures passées devant la scène techno. C’est le moment de faire une petite ronde. Sur la scène La Prairie, la fulgurance rap/hyperpop winnterzuko déverse ses punchlines sur des prod’ uptempo, tandis que le rappeur Luther retourne Le Château. Il fait 25°C, mais le prince de la new wave débarque sur scène masqué (comme toujours) et en tenue d’hiver. Comment ça va, là-dessous ?

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Plutôt bien on dirait, car son public lui renvoie une énergie débordante. De notre côté, l’appel du DJ-producteur MCR-T est plus forte. On file donc assister à son set entre hardgroove, G-tech et techno bouncy. La nuit commence à tomber et le ciel se couvre de reflets roses lorsque le Berlinois fait résonner les premières notes de son tube ‘My Barn My Rules‘, produit en collaboration avec horsegiirL. En plein climax, on se souvient toutefois que Shay ne devrait pas tarder à débarquer sur la scène principale. Encore quelques instants à taper du pied face à MCR-T, puis direction Le Château.

La chanteuse-rappeuse star enchaîne les tubes devant une marée de festivaliers qui hurle les paroles de ‘Notif’, ‘Jolie Go’, ‘Ich Liebe Dich’… La scénographie est impressionnante, comme à We Love Green : accompagnée par quatre danseuses (ses ‘jolies garces’), elle s’adonne à des chorégraphies soignées devant des écrans lumineux impressionnants, enjambe une moto puis disparait dans un nuage de fumée… Sans aucun doute, l’apothéose de la journée du samedi.

Mais les festivités ne sont pas finies, loin de là. On entame une marche rapide à nouveau vers Le Lac, puisque la techno allemande de Boys Noize s’y est installée entre temps. Lorsqu’on arrive, il envoie un banger baile funk/techno. S’ensuit un grand moment de nostalgie lorsqu’il amène subtilement ‘Vous êtes des animaux (Positif)‘ de Mr. Oizo (Quentin Dupieux) au cours d’une transition. Comme l’impression de faire un saut dans le temps dans les années 2000/2010.

Après ce petit coup de vieux, on se laisse emporter par la horde se dirigeant vers le concert du rappeur-chanteur Luidji. Belle, sensible et pleine d’authenticité, sa performance est scotchante. Il interprète les morceaux de son dernier album Saison 00 sans oublier les classiques qui font chanter la foule en choeur : « Le remède« , « Gisèle« … Et finit même par lancer un chant de l’OM pour son père, supporter du club. Il n’en fallait pas plus pour que s’élèvent des milliers de voix encensées : « Aux armes! ».

La journée du samedi touche à sa fin. Encore une demi-heure à sautiller sur la techno euphorique et kitsch de DJ Heartstring, puis c’est le départ. On reviendra demain.

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Jour 3. Même rengaine : on chope le bus à La Castellane direction Parc Borély, enthousiasmés par le sans-faute de la veille. À notre arrivée, on fait une jolie découverte avec la productrice et chanteuse canadienne Marie Davidson, en plein live techno darkwave/EBM sur la scène La Prairie. Un peu trop tardifs, on assiste seulement à 2-3 de ses tracks avant qu’elle ne quitte la scène. Dommage mais plus loin, l’Allemand Malugi délivre une sacrée dose de réconfort, avec sa techno aux accents rave/eurodance qui fait office de défouloir géant. Tiens, voilà un vendeur ambulant mi-minion mi-Walter White. Refill effectué.

Et même si l’on n’apprécie pas particulièrement l’artiste ni sa musique, un court passage au concert de Kaaris s’imposait ; tête d’affiche oblige. Très vite lassés par les paroles sexistes et homophobes -scandées comme si de rien n’était- on quitte la scène pour faire un tour au niveau des stands et ateliers. Devant nous, un panneau « pose de bijoux dentaires ». Ni une ni deux, c’est parti. En attendant notre tour, on fait la rencontre du graphiste du logo de L’École du micro d’argent d’IAM et de la Fonky Family, reconverti dans le tatouage. Qui l’eût cru ? Pas nous.

 

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Désormais paré d’un strass à la canine droite, on se fait très vite aspirer par la scène avoisinante, La Frappe. Dispositif de soutien à l’émergence artistique du territoire marseillais, La Frappe a sélectionné de jeunes rappeur.ses, DJs et beatmakers qui ont fait un hold-up sur une scène dédiée pendant les 3 jours du festival. Tous ensemble sur les planches, Carlala, Flex, ADM, Messir, Sikki7 et Anan ont séduit le public -nous y compris- sans effort grâce à leur énergie débordante et juvénile. Probablement la meilleure découverte du festival : on gardera une oreille attentive sur ces nouveaux espoirs de la scène marseillaise.

Passer du rap aux musiques électroniques, et des musiques électroniques au rap : c’est là toute l’essence de Marsatac. C’est en toute logique que les BPM s’élèvent à nouveau avec Marlon Hoffstadt aka DJ Daddy Trance. Mais bien que son set hardhouse/eurodance/trance invite à retaper du pied, l’appétit se creuse et nous pousse à aller chercher une portion de panisses à grignoter. Le temps de faire la queue puis d’avaler ces délicieuses spécialités d’ici, le début du concert de TIF s’approche.

 

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Devant la scène, les festivaliers se placent en amont et attendent patiemment l’arrivée du rappeur algérien (qu’on aime beaucoup chez Tsugi, vous commencez à le savoir). Patiemment certes, mais intensivement. L’attente prend des airs de rassemblement militant : des slogans de ralliement anti-fascistes sont lancés de part et d’autre de la foule, qui chante à l’unisson « Tout le monde déteste Bardella » ; « Marseille, Marseille, antifa » ou encore « La jeunesse emmerde le Front National ». On a le public qu’on mérite.

Viennent alors les premières notes et mélodies du rappeur. Pendant une heure, TIF offrira le point d’orgue de ce dernier jour de festival, merveilleux moment de musique et de communion. Avant-dernière chanson (avant un final sur ‘Shadow Boxing’) : pendant ‘Nothing Personal’, des drapeaux palestiniens s’érigent partout autour de nous, et les fumigènes s’allument sur le refrain :« Prisonnier à l’air libre comme en Palestine ». 

 

Meilleur moment : Les chants anti-fascistes scandés par la foule juste avant le début du concert de TIF

Pire moment : Lorsqu’un technicien a pris le micro pour annoncer le décès d’un collègue de l’équipe du Marsatac. Mais briquets et flashs allumés, la foule a su lui rendre hommage.

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