L’hiver se conclut en musique. Cette semaine, on écoute le folk caribéen de Mélissa Laveaux, la cold wave de Camp Claude, la néo-soul de Ego Ella May, l’indie-pop de Avalon Emerson & The Charm, le rock de Special Friend, la dance de Ladytron et la pop de Marius. 

Mélissa Laveaux – At My Softest, I Am Most Dangerous

Voici une sortie à ne pas manquer. “At My Softest, I Am Most Dangerous” est le cinquième album de Mélissa Laveaux. Si l’artiste canado-haïtienne a toujours exploré la dimension thérapeutique et spirituelle de la musique, cette fois-ci, elle y apporte une profondeur autobiographique en exposant sa propre vulnérabilité sur des sonorités de rock et de folk caribéen. 

La production, impeccable, est portée par des guitares électrisantes, fils conducteur du disque. Cette musique anime des images fortes, les esprits de l’eau sur “salt water so sweet”, l’impossible récit de “no noise” ou la rencontre avec la mort sur “se pa jodi a” mélange d’anglais et de créole haïtien. 

Camp Claude – NEVER SAY NEVER

NEVER SAY NEVER” n’est pas juste le titre de la BO de Justin Bieber ayant accompagné le film Karaté Kid en 2010 — pas besoin de nous remercier pour l’évocation de cette douce madeleine de Prou(s)t. C’est surtout l’intitulé du quatrième album de Camp Claude, groupe franco-suédo-américano-anglais évoluant dans la pop-électro-cold-wave.

Une musique qui affirme le désir avec une guitare brumeuse et un refrain addictif (“I JUST WANT IT ALL”), un synthé tiré des années 1980 (“HEARTBEAT”) ou encore un anthem rock (“NEVER SAY NEVER”). Pour autant, Camp Claude n’oublie pas d’être vulnérable comme sur l’autotuné “HIGH FLAMES” ou le reggaeïsant “TELL ME”. Très chouette.

Ego Ella May – Good Intentions

Ce qui se passe de mieux dans la musique vient souvent de l’autre côté de la Manche, au bout du tunnel Eurostar — lorsqu’il n’est pas bouché. Ego Ella May ne fait pas exception à cette affirmation très arbitraire. La concertiste britannico-nigériane brille avec Good Intentions, son dernier album aux sonorités jazz, néo-soul et R&B. 

Un disque séduisant par son travail percussif, son ambiance feutrée et ses allers-retours entre intime et politique, que ce soit quand elle implore le ciel de ne pas lui prendre son amoureux avec le très beau “Don’t Take My Lover Away” ou quand elle scande “You’re not free till everyone else is” sur “We’re Not Free”

Avalon Emerson & The Charm – Written Into Changes

En 2023, la DJ sortait & The Charm, un premier album aux accents indie pop et aux sonorités électroniques. Entre-temps, elle découvrait pour la première fois la scène et les festivals sans être derrière les platines. Une expérience nouvelle qui a infusé la préparation du deuxième album Written Into Changes.

Pensé pour la scène, le disque fabriqué avec sa formation & The Charm présente une ribambelle de réussites, de l’ensorcelant “Wooden Star”, à l’électronique “Happy Birthday” en passant par le rétro “God Damn (Finito)”

 Ladytron – Paradises

“Whatever you are, I believe in you”. Paradises, le nouvel et huitième album de Ladytron commence fort avec ce slogan scandé pendant cinq minutes, cette production darkwave et ces chœurs envoûtants. Ils pavent la voie d’une traversée sur fond de dance music, où chaque morceau représente son propre “paradis”.

Des havres de paix très souvent liés au dancefloor des années 1990 avec des synthés un tantinet surannés (“Evergreen”), des ambiances langoureuses à la James Bond (“A Death in London”) et cette opulence clinquante et heureuse (“We Wrote Our Names in the Dust”). Un album qui vous fera passer un très bon moment.

Special Friend – Clipping 

Clipping, coupure en français, porte très bien son nom. Coupure et découpage dans les différents éléments dessinés intégrés dans la pochette du disque, coupure dans la production avec ces voix qui s’interrompent et se mélangent (“Breakfast”), coupure entre la batterie et la guitare qui s’entrechoquent et coupure entre les différents styles, tantôt folk (“Isolation”), krautrock (“OOO”) ou up-tempo (“Mustard”).

Puis, harmonie parfaite sur certains morceaux (“Mold”) rappelant que Special Friend est, avant tout, un duo construit d’individualités, Erica Ashleson et Guillaume Siracusa, qui justement… s’entrecoupent.

Marius – Les fleurs meurent toujours en hiver

Certaines personnes supportent moins bien la déprime hivernale que d’autres. C’est le cas de Marius, jeune artiste lyonnais, qui dévoile son premier EP Les fleurs meurent toujours en hiver. Sur une musique pop flirtant avec l’électronique, le chanteur nous fait danser avec sa voix vulnérable et ses textes d’une troublante honnêteté.

Comme sur “Pour te plaire”, le chanteur assume être prêt à tout pour plaire à un autre garçon, un objectif poussé à son paroxysme avec cette voix pitchée, métamorphosée comme pour coller au texte. Ou “Le temps” sur lequel il porte une mélancolie désespérée. Heureusement, cette noirceur est accompagnée de productions sombres, oui, mais entraînantes.