La chanteuse et icône canadienne sort No Lube So Rude. Un sixième album aux sonorités électroniques, dance, punk, indus et pop, entièrement produit par The Squirt Deluxe, qui fait du bien dans ce monde tourmenté.
No Lube So Rude est le premier album quePeaches dévoile en dix ans. Produit entièrement avec The Squirt Deluxe, dédié aux personnes qu’elle a perdu, il est un condensé de sonorités électroclash, dance, pop et industriel. En une décennie, rien ne semble vraiment avoir changé avec l’icône canadienne, au contraire, tout s’est intensifié. L’esprit punk et revendicateur, le soutien envers les communautés menacées dans leurs droits, l’envie de tout donner sur scène et de porter une « révolution joyeuse ».
Seul signe du temps qui passe : désormais, la productrice et chanteuse parle invisibilisation des femmes ménopausées et sécheresse vaginale. Aussi, l’imagerie « pénis, vagins » a été remplacée par la « prolapse era » — terme qui nous a fait beaucoup rire, mais que l’on n’a pas tout de suite compris à Tsugi, la faute à une connexion Internet pas dingue et à un manque de connaissance concernant les descentes d’organes par les voies génitales. Rencontre.
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Pourquoi avoir choisi le thème du lubrifiant pour cet album ?
Il y a beaucoup de frictions dans le monde. Alors j’imagine que le lubrifiant peut aider, de la même manière qu’il aide dans un contexte sexuel. On peut continuer la métaphore : quand on pense à la sécheresse, on pense souvent aux femmes ménopausées. On se dit qu’elles n’ont plus besoin de sexe de toute façon, qu’elles sont « juste sèches ». C’est justement là que l’on comprend l’importance du lubrifiant, et aussi l’importance des femmes ménopausées, pour qui la sexualité est toujours active.

Pourquoi avoir fait le choix de reverser une partie des dons récupérés par votre tournée nord-américaine à Trans Funding Justice Project, une association qui soutient les communautés transgenres ?
Je suis très concernée par les droits de la communauté trans et, plus généralement, par les droits humains. Ce que je fais a toujours tourné autour de la même idée : les gens doivent se sentir à l’aise dans leur propre corps, être qui ils ont besoin d’être et ne pas chercher à contrôler les autres. Point final. C’est la seule chose qu’on a vraiment à faire dans la vie.
Une fois qu’on a intégré ça, tout le reste prend sens : on développe de la compassion, on comprend les autres, on n’a plus besoin d’exercer un contrôle sur eux. Aux États-Unis, on voit qu’il semble possible de contrôler le corps des gens avec le droit à l’avortement ou encore l’accès aux soins médicaux. Pourtant, ce sont des droits humains. Et c’est très dangereux quand on ne peut pas en disposer.
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Vous vous êtes toujours exprimée sur l’importance de disposer de son propre corps. Est-ce que la situation actuelle mondiale a cependant impacté la conception de l’album ?
Ça a rendu les choses plus intenses, plus urgentes. Comme vous l’avez dit, ça a toujours existé et j’ai toujours été préoccupée par ça. C’est difficile parce que ça devient de plus en plus intense, c’est comme un retour en arrière.
Dans « Fuck your face » vous dites “Dominate don’t debate”. Est-ce qu’il y a des personnes avec qui on ne peut pas débattre ?
Non, là c’était littéralement une référence sexuelle du type « je vais te dominer ». Après c’est aussi une façon de reprendre le pouvoir, mais là c’était plus une parole espiègle qu’autre chose. Je pense que le débat est très important à notre époque. Enfin, pas le terme débattre, parce qu’on ne doit pas se battre, mais parler. On doit s’écouter, se comprendre, donner du respect aux gens, retrouver un sens de l’humanité.
L’avidité, la richesse et les inégalités ont toujours existé, mais c’est plus visible aujourd’hui. On ne peut plus y échapper — pas qu’on aurait dû y échapper avant — mais il n’y a plus d’excuses aujourd’hui pour ne pas en parler.
En prenant de l’âge, certains artistes font des albums plus « calmes ». J’ai l’impression que c’est le contraire pour vous ?
(Rires) Oui, c’est vrai. Je vais avoir 60 ans l’année prochaine, ce qui n’est même pas si âgé, puisque les gens sont de plus en plus vieux. J’ai l’impression que, maintenant, les générations plus âgées comprennent cet esprit punk : nous avons encore envie de nous battre, d’aller dehors. Je crois que je vais avoir un public très intéressant en concert : des jeunes, mais aussi des personnes dans la soixantaine qui seront peut-être encore plus fous et plus bruyants qu’eux.
Vous êtes toujours très directe dans vos chansons, à part dans “Take It” où vous êtes plus cryptique. De quoi parlez-vous ?
C’est un morceau sur les amours perdues, peut-être sur les parts de soi perdues, et sur le fait de trouver un nouveau soi, d’accepter la tristesse, d’accepter la perte, et de faire face à tout ça.
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Depuis le début de votre carrière, la peine et la douleur sont des thèmes qui reviennent dans votre musique. Quel est votre lien avec ?
Je pense qu’on a tous une grande relation à la douleur, et qu’on essaie soit de la cacher, soit de la gérer, soit de trouver de la joie à travers elle. On en fait tous l’expérience, c’est une grande partie de nos vies. Il y a différentes manières de gérer sa douleur — ou de ne pas la gérer.

Vous terminez l’album avec “Be Love”. De quoi parle cette musique ?
La chanson parle de montrer de l’amour ou d’être aimé. Et la meilleure façon de traverser tout ça, c’est de dire : je suis prêt, je suis ouvert, je peux être aimé, je peux être là pour moi, je peux être là pour toi.
Est-ce que vous avez hâte d’être en tournée, de retrouver votre public ?
La tournée commence aux États-Unis, en Floride. Vous savez comment est la Floride (l’état est républicain, gouverné par le conservateur Ron DeSantis, en guerre contre le « wokisme »). Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui seront vraiment enthousiastes à l’idée de me voir, et d’autres qui préféreraient que je ne sois pas là. Mais ils ne viendront pas au concert de toute façon. J’ai hâte de ressentir cette énergie.
Comme toujours, je me sens très chanceuse de jouer devant les gens pour qui je joue. Et comme je l’ai dit, je pense qu’il y aura un mélange de jeunes générations et de générations plus âgées, avec une énergie très intense et très positive. L’endroit où je me sens le mieux est avec eux sur scène. J’aime faire des clips, créer des choses amusantes, comme je me suis toujours exprimée avec la vidéo. Mais j’aime surtout être là, avec les gens.
Comment vous vous êtes préparée pour cette tournée ?
Souvent, l’imagerie de mes spectacles a tourné autour du pénis et du vagin. Cette fois-ci, je suis allée vers le prolapsus (rires). Pour le développement des costumes, j’ai travaillé avec Charlie Le Mindu. Je suis allée à une vente de costumes d’opéra et j’ai acheté beaucoup de costumes étranges, à la fois parce qu’ils sont de très bonne qualité et qu’ils sont conçus afin de pouvoir entrer et sortir rapidement dedans. Leur construction était assez similaire à ce que je recherchais. Ensuite, j’ai demandé à Charlie de les transformer en quelque chose de différent et de bizarre. On prend un guerrier et on en fait quelque chose de complètement autre.
De plus en plus de nouveaux artistes au succès planétaire parlent de liberté sexuelle, du fait d’être queer. Comment vous le voyez ?
Oui, c’est drôle si on pense aux grandes artistes de 2024, il y avait par exemple Doechii, Chappell Roan et Billie Eilish. Non seulement elles chantaient le fait d’être queer, mais elles le vivaient ouvertement. C’est la première fois qu’on voit les plus grandes pop stars aligner qui elles sont avec ce qu’elles chantent. Par le passé, il y avait peut-être des artistes queer mais iels le cachaient, ou ne le mettaient pas en avant. Donc je trouve ça très intéressant, c’est un progrès.































































































