Les 20 meilleurs albums de l’année 2018 selon Tsugi

La fin de l’année arrive, et avec elle la tra­di­tion­nelle heure du bilan. On l’a fait, calme­ment, pour sor­tir du lot les albums qui auront mar­qué l’année de la rédac­tion, entre tauliers du mag­a­zine, pigistes, padawans web et rési­dents Tsu­gi Radio. Et à l’image de l’éclectisme revendiqué chez Tsu­gi, cette sélec­tion des 20 meilleurs albums de 2018 fait par­fois le grand écart entre chan­son française, hip‐hop améri­cain, rap bien de chez nous, tech­no, expéri­men­ta­tions élec­tron­iques, pop qui fait rêver et rock qui tâche. Seule­ment quand la musique est bonne, bien sûr.

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Chaton — Possible [Arista]

Cet album est cer­taine­ment celui qui a le plus tourné dans mes oreilles en 2018. Tombé sous le charme de ce drôle de chanteur aux vies mul­ti­ples qui a trente cinq ans, s’épanouit enfin dans un mix auto­bi­ographique auto­tuné entre électro‐hip hop‐dub‐et chan­son. On attend la suite l’année prochaine. Hâte. (Patrice Bar­dot)

Mais aus­si : 
Deena Abdel­wa­hed — Khon­nar [InFiné]
Lomepal — Jean­nine [Grand Man­age­ment]

Die Wilde Jagd — Uhrwald Orange [Bureau B]

Je crois que si je ne devais en retenir qu’un cette année, ce serait Uhrwald Orange par Die Wilde Jagd sor­ti sur Bureau B. C’est à peu près un con­den­sé de tout ce que j’aime dans la musique élec­tron­ique : lent, suave, entê­tant, joué, osé… On se sent porté dés les pre­mières sec­on­des de ce disque qui se laisse écouter à n’importe quel moment de la journée et dans n’importe quel con­texte. (Samuel Berdah — Days Of Being Wild)

Mais aus­si :
Pene­lope Trappes — Pene­lope Two [Hound­stooth]
Tom Hodge & Franz Kir­mann — The Man Behind The Micro­phone [1631 Record­ings]

Pusha T — Daytona [GOOD Music]

Le meilleur album rap US de cette année ne dure que vingt‐et‐une min­utes : la durée par­faite pour l’uppercut qu’aura été Day­tona du vétéran Pusha T cette année. Entière­ment pro­duit par Kanye West, le dernier solo de l’ex-Clipse aura per­mis de rap­pel­er une réal­ité sim­ple, celle que le rap améri­cain reste un ring de boxe sans pitié. Clash avec Drake, pochette mon­trant la salle de bain dévastée de Whit­ney Hous­ton peu avant sa mort, Day­tona est dans son pro­pos aus­si noir qu’il reste pur dans sa pro­duc­tion musi­cale, tant les sam­ples de Kanye se répon­dent magis­trale­ment entre eux pour mieux accom­pa­g­n­er les phras­es lugubres de son inter­prète. Un album court et intense, plein de noirceur et de tech­nique, qui aura per­mis à Pusha T de soulign­er son cre­do : on ne fait jamais mumuse avec la rue. (Brice Bossavie)

Mais aus­si : 
Kali Uchis — Iso­la­tion [Vir­gin Records]
Grems — Sans titre #7 [Grem­sin­dus­try]

Daniel Avery — Song For Alpha [Phantasy Sound]

Cinq années après le déjà excel­lent Drone Log­ic Daniel Avery nous livre un petit chef d’oeuvre. S’éloignant de l’électro à vel­léité pop de son men­tor Erol Alkan il embrasse ici la tech­no dans ce qu’elle a de plus fasci­nant. N’hésitant plus à fray­er du côté de l’IDM et de l’ambient. Nappes insond­ables, ryth­miques déli­cates, syn­thés qui vous caressent le cor­tex dans une pro­duc­tion par­faite et intem­porelle. En boucle, tout comme le BBC Essen­tial Mix qui en a accom­pa­g­né la sor­tie. (Nico­las Bres­son)

Mais aus­si :
DJ Koze — Knock Knock [Pam­pa Records]
Imarhan — Temet [City Slang]

Tracey Thorn — Record [Merge Records]

Entre dance­floor et mélan­col­ie, l’ex-chanteuse d’Everything But The Girl réus­sit un troisième album solo par­fait, aidée par la pro­duc­tion mag­nifique d’Ewan Pear­son. Soyons hon­nêtes, elle chanterait le bot­tin en turk­mène à l’envers que je resterais fan. (Benoît Car­reti­er)

Mais aus­si : 
Sur­geon — Lumi­nos­i­ty Device [Dynam­ic Ten­sion]
Ramones — Road To Ruin (40th Anniver­sary Edi­tion) [Rhino/Warner]

Clara Luciani — Sainte‐Victoire [Initial]

A l’heure du bilan, finale­ment le seul critère qui vaille c’est : quel disque ai‐je le plus écouté cette année, en dehors de toute oblig­a­tion jour­nal­is­tique ? Et la réponse s’est imposée comme une évi­dence tant la voix suave de Clara Luciani m’a touché. En pleine tour­mente #metoo, ce disque qui s’ouvre par des mots forts “sous mon sein la grenade” ques­tionne la con­di­tion fémi­nine en 2018 avec finesse, un rien d’audace et beau­coup d’humilité. Musi­cale­ment, on se réjouit des arrange­ments qui emprun­tent autant au Vel­vet qu’à Metron­o­my (ah ! cette reprise de “The Bay” en français !) ou la grande chan­son française des années 70. Et je fais le pari qu’avec le temps, ce disque fera date, comme en leur temps les albums de Véronique San­son, Françoise Hardy ou Camille. (Antoine Dabrows­ki)

Mais aus­si : 
Kit­tin — Cos­mos [Nobody’s Bizzness/Dark Entries]
Curs­es — Roman­tic Fic­tion (Dis­chi Autun­no)

Leon Vynehall — Nothing Is Still [Ninja Tune]

C’est le retour du jazz et de l’ambient, et cette année, per­son­ne n’a mieux syn­thétisé tout ça (et ten­té d’aller au‐delà) que Leon Vyne­hall, qui a prof­ité de son pas­sage au for­mat album pour mon­tr­er qu’en plus d’être un tal­entueux pro­duc­teur de house, il excel­lait dans la con­cep­tion de musique planante et noc­turne. (Gérome Dar­mendrail)

Mais aus­si :
Tirzah — Devo­tion [Domi­no]
Hiero­glyph­ic Being — The Red Notes [Soul Jazz]

Jorja Smith — Lost & Found [Because Music]

Ce que la soul mon­di­ale fait de mieux en 2018. Des instru hip‐hop lan­goureuses, une voix chaude, mas­sive et sans chichi : la pro­tégée de Drake et Kendrick délivre douze titres au charme indo­lent. Tor­rent d’émotions, et Jor­ja on our minds.. (Corentin Fraisse)

Mais aus­si : 
Flavien Berg­er — Contre‐temps [Pan Euro­pean]
Odezenne — Au Bac­cara [Uni­verseul]

Kids See Ghosts — Kids See Ghosts [GOOD Music]

L’oeuvre de Yeezus et son pre­mier dis­ci­ple. Après des années de col­lab­o­ra­tion, Kid Cudi et Kanye West ont allié leurs forces pour un album entier. Con­cis et effi­cace, Kids See Ghosts offre sept morceaux limpi­des, entre “old Kanye”, rock et hip‐hop. Sans tabous, le disque traite d’addictions, de san­té men­tale et de recon­struc­tion de soi avec une rare hon­nêteté. Puis­sant. (Vic­tor Goury‐Laffont)

Mais aus­si : 
DJ Richard — Dies Iræ Xerox [Dial Records]
Mar­tyn — Voids [Ostgut Ton]

Deena Abdelwahed — Khonar [InFiné]

Habité, joueur, sincère, puis­sant, envoû­tant, sur­prenant, élé­giaque, weird. (La Fraicheur)

Mais aus­si : 
Deb­it — Ani­mus [NAAFI]
Curs­es — Roman­tic Fic­tion [Dis­chi Autun­no]

Odezenne — Au Baccara [Universeul]

Grosse claque, grosse prod, textes per­cu­tants. Un album classe. (Arnaud Le Vot)

Mais aus­si : 
DJ Koze — Knock Knock [Pam­pa Records]
Bar­bara Car­lot­ti — Mag­né­tique [Elek­tra]

Idles — Joy As An Act Of Resistance [Partisan Records]

Au milieu du sec­ond album d’Idles, le chanteur trente­naire de ce groupe punk de Bris­tol hurle : “I fuckin’ love you ! Cause you’re so love­able !”. Le morceau s’appelle “Love Song” et tout le monde a cru une par­o­die. Sauf que non. Par­fois, même si c’est con, on a besoin de crier que l’amour, c’est juste bien. Et qu’un émi­grant, c’est un homme comme les autres. Ou que mal­gré les dif­férences, l’unité vain­cra. Toutes ces opin­ions un peu bateau, Idles les chante avec fougue, atti­tude et pas­sion. Et s’est ain­si mué en vrai porte‐parole mod­erne du bon sens. (Ker­ill Mc Closkey)

Mais aus­si :
Mit­s­ki — Be The Cow­boy [Dead Oceans]
Pusha T — Day­tona [GOOD Music]

Simian Mobile Disco — Murmurations [Wichita/[PIAS]]

En dix ans de car­rière, le duo Simi­an Mobile Dis­co a évidem­ment eu un peu de temps pour se pencher sur LA grande ques­tion : com­ment faire évoluer la musique élec­tron­ique, genre jeune, sen­sé être nova­teur… Et pour­tant tout à fait capa­ble de tourn­er en rond ? Avec Mur­mu­ra­tions, la réponse se trou­vera loin des machines, mais dans le plus vieil instru­ment de l’humanité : les voix. Simi­an a en effet fait appel à une chorale fémi­nine et fémin­iste anglaise, la Deep Throat Choir, que l’on entend au pre­mier plan tout au long de cet album aux couleurs trib­ales. Idéal un same­di soir en club, pour chanter sous la douche en ren­trant, se réveiller avec le sourire le dimanche matin ou pour joli­ment habiller l’ambiance sonore d’un apéro à la mai­son — mes qua­tre activ­ités favorites. (Clé­mence Meu­nier)

Mais aus­si : 
Jon Hop­kins — Sin­gu­lar­i­ty [Domi­no]
Gior­gia Angiuli — In A Pink Bub­ble [Stil Vor Tal­ent]

Djrum — Portrait With Firewood [R&S Records]

Cinq ans après son pre­mier album et après une flopée d’excellents EPs, Djrum s’est à nou­veau lancé dans l’élaboration d’un for­mat long qui lui per­met de dévelop­per les morceaux en plusieurs par­ties et la UK bass aux con­fins du dub­step intel­li­gent et de l’ambient qu’il affec­tionne tant (et moi aus­si). Je suis fan. (Estelle Morfin)

Mais aus­si : 
Skee mask — Com­pro [Ilian Tape]
Domenique Dumont ‎- Minia­tures De Auto Rhythm [Antinote]

MGMT — Little Dark Age [Columbia]

Avec Lit­tle Dark Age, MGMT s’autorise de nou­velles incur­sions en ter­ri­toire pop. Le disque n’est pas un cat­a­logue de hits électro‐rocks — “One Thing Left To Try” faisant fig­ure d’exception — mais un hom­mage à la syn­th­pop des années 80. “She Works Out Too Much” et ses accords japon­isants rap­pelle “Ongaku” de YMO, “Me And Michael” ressem­ble au “Sou­venir” de OMD, et “Lit­tle Dark Age” est un pur con­cen­tré de cold wave. Reste quelques titres psy­ché comme “Hand It Over” où le groupe sourit à des Beach Boys déguisés en Kevin Park­er. Les com­po­si­tions sont mélodieuses, les paroles cyniques, la pro­duc­tion soignée. MGMT ou l’art de faire de la pop intel­li­gente. (Axel Pares)

Mais aus­si : 
Unknown Mor­tal Orches­tra — Sex & Food [Jag­jaguwar]
Moodoid — Cité Cham­pagne [Because Music]

Kadhja Bonet — Childqueen [Fat Possum]

Chez la Cal­i­forni­enne Kad­h­ja Bonet, la sérénité sem­ble avoir précédé le nom­bre des années. Ce sec­ond disque con­firme les promess­es har­monieuses d’une voix solaire mûrie en soli­taire. A l’écoute – com­pul­sive – je pense à Min­nie Riper­ton, ou à Ter­ry Cal­li­er. L’évidence de sa soul de cordes et de velours ain­si que sa puis­sance toute en retenue m’illuminent jusqu’aux larmes. (Olivi­er Pel­lerin)

Mais aus­si : 
Eric Chenaux — Slow­ly Par­adise [Con­stel­la­tion]
Oneo­htrix Point Nev­er — Age Of [Warp]

Recondite — Daemmerlicht [Plangent]

Break­beat obscur. J’ai kif­fé. (Xavier Pouleau)

Mais aus­si : 
Djed­jotron­ic — R.U.R. [Boys­noize Records]
Var­i­ous Artists — 15 Years Of The Bunker [The Bunker New York]

Dax J — Offending Public Morality [Monnom Black]

Un an pile après le scan­dale tunisien, Dax J sort de son silence avec Offend­ing Pub­lic Moral­i­ty. Il répond à la cri­tique avec 14 titres aux noms moral­isa­teurs (pour mon plus grand bon­heur). En pas­sant de la tech­no indus — comme il sait si bien faire — à la drum’n’bass, l’acid, l’IDM ou même encore à la jun­gle, le pro­duc­teur nous mon­tre qu’il est tou­jours là et qu’il est plus fort que jamais. Claire­ment un des “must‐listen” de l’année 2018 ! (Chris­telle Semi­glia)

Mais aus­si : 
Kanye West — Ye [GOOD Music/Def Jam]
Shlø­mo — Mer­cu­r­ial Skin [Taa­pi­on]

Cat Power — Wanderer [Domino]

Chan reste au dessus de la mêlée en ce qui con­cerne les folkeuses et les chanteuses, tout court. Avec ce disque à la fragilité mélan­col­ique, elle revient aus­si au côté “écorchée vive” de ses tout débuts. L’album à offrir à tous les êtres chers pour sur­vivre aux réu­nions de fêtes et au sur­plus de sucre. (Vio­laine Schutz)

Mais aus­si : 
Blood Orange — Negro Swan [Domi­no]
Ros­alia — El Mal Quer­er [Sony]

Lojii — Lofeye [Youngbloods]

Un an après l’élégant et jazzy Due Rent pro­duit par Swarvy, le rappeur de Philadel­phie Lojii change de reg­istre et livre un con­cept album qu’il explique avoir con­fec­tion­né avec très peu de moyens mais beau­coup de pro­duc­teurs (Sad­hu Gold, Marc Rebil­let, Repeat­ed Mea­sures, HeapRize, Thook…). Pas­sant du boom bap à la grime, de la trap à l’electronica les instrus assez ténébreux mais très aériens con­vi­en­nent par­faite­ment à l’esthétique de Lojii et à sa voix mag­né­tique. (Uncle O)

Mais aus­si : 
Ras G & The Afrikan Space Pro­gram — Star­gate Music [Leav­ing]
N8NOFACE — True Sto­ry [Hit & Run]

» Playlist : 20 morceaux extraits de ces 20 albums favoris de la rédac­tion, en com­mençant par la soul envoû­tante de Jor­ja Smith pour finir avec la rage bonne esprit de Idles — et entre les deux, des pas­sages hip‐hop, pop et tech­no.

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