Lors de la mi-temps du Super Bowl, l’artiste portoricain a proposé un spectacle faisant honneur à son quartier de Vega Beja, à ses racines portoricaines et au continent latino-américain. Le show, auquel ont participé Ricky Martin et Lady Gaga, a été caractérisé par Donald Trump comme « l’un des pires de tous les temps » et de « véritable « gifle » pour [son] pays »

Par Cecilia Cavassoni et Elio Froidevaux

D’où venait la tension qui, minute après minute, emplissait l’atmosphère du Levi’s Stadium à Santa Clara ? Pas de la rencontre de football américain qui s’y tenait. Dès la mi-temps, les Seahawks de Seattle menaient 19 à 0, ne laissant que très peu d’espoir à leurs adversaires du jour, les New England Patriots, finalement défaits 29 à 13. L’enjeu de la soirée était ailleurs : dans la performance de Bad Bunny, star de cette 60ème édition du Super Bowl.

L’artiste portoricain au succès planétaire, fervent opposant à la politique de Donald Trump, a proposé un show aux multiples références politiques mêlant bomba, plena, reggaeton, mais aussi salsa. Cela n’a pas manqué de déplaire au président des États-Unis, absent de l’événement, qui a qualifié la mi-temps de « spectacle affreux » faisant « affront à la grandeur de l’Amérique »

La fierté des racines

Après avoir vu Green Day, invité pour l’ouverture du Super Bowl, éviter de chanter les passages contestataires de ses morceaux, on s’interrogeait sur la capacité de Bad Bunny à porter un message politique. Les doutes ont rapidement été dissipés. L’artiste, réputé pour son absence de compromis, a porté les couleurs de son pays sur le devant de la scène, et plus particulièrement celles de son quartier de Vega Beja. 

Le bal s’est ouvert sur « Tití Me Preguntó » avec des jibaros, les fermiers portoricains travaillant dans des champs de cannes à sucre, portant des pava, ces chapeaux de paille traditionnels. L’artiste a, ensuite, déambulé entre stands de tacos et de piragua, dessert portoricain ressemblant à un granité, matchs de boxe et jeu de dominos avant d’arriver devant sa maison. Rien de spectaculaire, juste des scènes de vie quotidienne rappelant, avec fierté, les racines de l’artiste. Seule évocation états-unienne, le ballon de football américain qu’a tenu l’artiste tout du long, et sur lequel était inscrit “Ensemble nous sommes l’Amérique”

Bad Bunny Super Bowl début
Capture d’écran YouTube de Bad Bunny au début du spectacle © NFL / Mondo NFL

Ode au perreo, une danse éminemment politique

Un détail qui n’aura pas échappé à notre cher Donald Trump : le perreo, cette “danse dégoûtante” selon lui, est plus qu’un hymne à Porto Rico. C’est un moyen de contestation et de libération des corps. Encore plus lorsque Bad Bunny interprète “YO PERREO SOLA / YHLQMDLG”, morceau reprenant les codes du neoperreo, style profondément anti-impérialiste avec ses racines venues du reggaeton.

Toute la diaspora hispanique s’agite derrière le chanteur portoricain, que ce soit la chanteuse colombienne Karol G, la rappeuse américano-dominicaine Cardi B et même l’acteur chilien Pedro Pascal. Chez Tsugi, on s’est pris la « gifle » de plein fouet. 

Flamenco et Lady Gaga

Lady Gaga n’a pas tardé à se fondre dans le décor en rendant hommage à toute une culture sud-américaine. Vêtue d’une robe de flamenco bleu ciel, couleur de l’indépendance portoricaine, la chanteuse célèbre l’union d’un mariage sur la mélodie de “Die With a Smile”. Véritable hymne à l’amour, la chanson est revisitée à coups de maracas et de salsa — on en oublie presque que c’est la seule chanson en anglais du show, c’est inédit pour un Super Bowl.

Bad Bunny rejoint ensuite la chanteuse pour quelques pas de danse, prenant volontiers la place de Bruno Mars, présent sur le morceau original. Le chanteur hawaïen était absent ce soir-là, mais n’oublions pas qu’il a également des origines portoricaines. Coïncidence ? On ne pense pas.  

Bad Bunny Lady Gaga Super Bowl
Capture d’écran YouTube du moment salsa entre Bad Bunny et Lady Gaga © NFL / Mondo NFL

Chaise en plastique et Ricky Martin 

C’est l’un des moments les plus forts du show. Ricky Martin, assis sur les fameuses chaises en plastique blanches, affichées sur la pochette de l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS, qui entonne “LO QUE LE PASÓ A HAWAii”, titre dénonçant la gentrification de Porto Rico. Le chanteur est interrompu par une coupure de courant, qui évoque l’ouragan Maria ayant décimé l’île en 2017. 

À l’époque, Donald Trump, qui dirige alors le gouvernement états-unien, dont Porto Rico est « un État libre associé », minimise la situation de l’île, laissant une grande partie de la population sans électricité. Le décor change et on retrouve Bad Bunny, installant avec fierté le drapeau portoricain avant de grimper sur des pylônes électriques et de rapper des couplets du titre “El Apagón”

Ricky Martin super bowl
Capture d’écran YouTube de l’entrée de Ricky Martin © NFL / Mondo NFL

« God bless America »

Si certains n’ont toujours pas compris ses intentions, le rappeur tâche d’y remédier en confrontant directement le président Trump, pour rappeler que l’Amérique, ce n’est pas que les États-Unis. Il scande “God Bless America”, avant de nommer un par un les pays et territoires souverains, de l’Argentine au Venezuela en passant par la Guyane ou le Canada, et, bien sûr, Porto Rico. 

Mais pour finir en beauté, on évite le ton grave, solennel, et on tourne en ridicule le président, jusqu’à la dernière minute. Bad Bunny marque le touch down, et lance son morceau, “DtMF”. Le Levi’s Stadium se transforme en véritable carnaval. N’en déplaise au chanteur de country Kid Rock, qui rend hommage à Charly Kirk au même moment, dans un “contre-concert” organisé par l’association du défunt, Turning Point USA. Avant de rentrer au vestiaire, on se rappelle que la fête est politique par ses moments de joie, et cette mi-temps du Super Bowl en est la preuve. 

Bad Bunny Super Bowl god bless america
Capture d’écran YouTube de Bad Bunny lors de son final © NFL / Mondo NFL