Gregory Porter. Crédit : Nicolas Bresson.

La Magnifique Society, le nouveau festival de début de saison bientôt incontournable

De Reims on con­nais­sait ses artistes comme Yuk­sek, The Shoes, Brodin­s­ki ou encore The Bewitched Hands. On con­nais­sait aus­si son fes­ti­val Elek­tric­i­ty, un beau rendez-vous de ren­trée pour ama­teurs de musiques élec­tron­iques exigeantes. Mais, trop à l’étroit sur le parvis de la Cathé­drale et souhai­tant élargir sa pro­gram­ma­tion à d’autres univers soniques, ce dernier a mué, s’est trans­for­mé, a démé­nagé dans l’espace et dans le temps et a même changé de patronyme. Une véri­ta­ble renais­sance avec comme nom de bap­tême – on est à Reims ça tombe bien – La Mag­nifique Soci­ety. Se déroulant désor­mais à la mi-mai, lançant ain­si la sai­son des fes­ti­vals, et investis­sant le superbe Parc de Cham­pagne – un écrin de ver­dure classé au pat­ri­moine mon­di­al de l’Unesco – cet événe­ment revu et cor­rigé a désor­mais toutes les cartes en main pour devenir incon­tourn­able sur la scène nationale voire même au-delà. Avec, aux manettes, les mêmes acteurs que pour Elek­tric­i­ty à savoir La Car­ton­ner­ie, la scène des musiques actuelles de Reims, et le cen­tre de créa­tion musi­cale Césaré.

Mod­er­at. Crédit : Nico­las Bres­son.

C’est donc le ven­dre­di que nous avons foulé pour la pre­mière fois le Parc de Cham­pagne, accueil­lis par la douce musique des pio­nniers de la french touch 1.0 : Air. Jean-Benoît Dunck­el et Nico­las Godin ain­si que leurs musi­ciens de scène étaient tout de blanc vêtus, imp­ri­mant une imagerie lunaire à leur presta­tion. Ils déroulaient placide­ment leurs clas­siques : “Sexy Boy”, “Play­ground Love”, “How Does It Make You Feel”… Mais si les deux Ver­sail­lais sont des génies de stu­dio, sur scène cela manque un peu de pêche et de folie. On restait sur notre faim. Direc­tion une autre scène où Trentemøller con­fir­mait son virage rock entourés de musi­ciens et d’une chanteuse. Une musique entre pop et punk-funk avec bien sûr de belles envolées élec­tron­iques. On recon­nais­sait aus­si des riffs d’autres groupes comme The Prodi­gy ou les Talk­ing Heads, avant de con­clure avec son indé­mod­able morceau “Moan”. Cette pre­mière journée ter­mi­nait avec le live bien plus énergique du trio berli­nois Mod­er­at qui, mal­gré quelques prob­lèmes de son, notam­ment le micro d’Apparat au chant pas tou­jours audi­ble, par­ve­nait enfin à faire décoller le pub­lic. On iden­ti­fi­ait beau­coup de morceaux issus de leurs trois albums stu­dio, tou­jours aus­si effi­caces comme “A New Error” ou “Bad King­dom”. Une belle mise en jambe.

Sleaford Mods. Crédit : Nico­las Bres­son.

Le same­di on avait à cœur de ne pas arriv­er trop tard sur le site pour ne pas louper le con­cert de la sen­sa­tion pop/house/chanson Par­adis. Une très jolie presta­tion même si on les sen­tait encore un peu intimidés de jouer sur une grande scène. On pas­sait voir Alex Cameron, un Aus­tralien venu de la scène elec­tron­i­ca et jouant désor­mais dans la cour des croon­ers pop/folk/dark avec une dégaine de chanteur de coun­try. Un mélange des gen­res pas désagréable. Change­ment d’ambiance avec le jazzman Gre­go­ry Porter qui appor­tait une bonne dose de soul à l’ancienne. La grande classe. Après un petit tour à la tente dédiée à la scène japon­ais avec bornes d’arcade et show­case de groupes élec­tro lo-fi deux­ième voire troisième degré, on retrou­vait le Français Jacques. Tou­jours un bon­heur que d’écouter et de danser sur ses lives impro­visés de tech­no “trans­ver­sale” et ludique. En mode chantier, il avait demandé que l’on place sur scène des bar­rières et un grand escabeau. C’est per­ché en haut de ce dernier qu’il con­clu­ait sa presta­tion avec l’un de ses fameux solos de gui­tare. Mais une heure, c’est un peu court pour une live ses­sion du frère Jacques. Tant pis. Par la suite, tan­dis que Boys Noize suivi de Vital­ic turbinaient en mode tech­no devant une pub­lic con­quis et en transe, on blo­quait sur le con­cert du rappeur punk Sleaford Mods. Crachant tout son saoul avec un accent cock­ney inim­itable sur des instrus boîte à rythmes/guitare basse sor­tis d’un ordi­na­teur portable, tan­dis que son cama­rade pro­duc­teur dodeli­nait de la tête et buvait des bières. Une presta­tion à la fois min­i­mal­iste et intense. On repar­tait du fes­ti­val con­quis par le lieu choisi, l’ambiance bon enfant et famil­iale ain­si que la pro­gram­ma­tion éclec­tique et aven­tureuse. Comme le rap­pelait Jacques à la fin de son set, “Tout est mag­nifique”. Cette “Soci­ety” rémoi­se l’est assuré­ment.

Meilleur moment : La pluie. Annon­cée, elle n’est jamais arrivée, plaçant La Mag­nifique Soci­ety sous les meilleurs aus­pices.
Pire moment : Pas de dra­peau bre­ton à l’horizon…

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