Dans ce vendredi bien géchar (chargé à l’envers pour celles et ceux qui ne l’avaient pas) on vous livre une sélection qualitative ! Au programme : l’icône queer Peaches, l’EP de CHLOÉ, l’ambient de Nathan Fake, la nouvelle compilation du club londonien fabric, le retour d’Apparat, la techno de Rødhåd et Antigone, la voix électro-folk de Sauvane, le piano-voix de Mathilde Fernandez, les productions sataniques de Schacke, la coolitude d’Asfar Shamsi, la pop électronique du duo Bonne Nuit, et les synthés de Chloé Antonietti. Bonnes écoutes !
Par Elio Froidevaux et Marion Sammarcelli
Peaches – No Lube So Rude
« You came to see a rock show / A big gigantic c*ck show », scandait-elle dans son premier album The Teaches of Peaches. 26 ans plus tard, l’icône féministe et queer n’a pas tellement changé. Même après 10 ans de silence discographique. Avec No Lube So Rude, Peaches nous rassure : à presque 60 ans, on peut toujours être aussi punk, drôle, en parlant de sexe et de fluides corporels. « Older than you, looking so cunt », chante-t-elle sur le morceau d’ouverture « Hanging Titties » — littéralement « seins suspendus ».
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Oui, Peaches est encore dans le coup. Et, 26 ans après, elle avance toujours la même règle d’or : chacune et chacun peut — et doit — disposer de son corps comme elle ou il l’entend. C’est le mantra qu’elle déploie encore à travers ces onze nouveaux titres, portés par des productions électro-industrielles aux accents pop signées The Squirt Deluxe. La « révolution joyeuse » est encore en marche. Plus que jamais. (MS)
CHLOÉ – Distorted Dance
Chloé Thévenin nous surprend avec son nouvel EP Distorded Dance pensé comme un parcours sinueux au sein de sa musique. Après la publication d’un premier single en novembre, et un all night long au Rex Club le 16 janvier dernier, CHLOÉ dévoile quatre titres supplémentaires. Le morceau “Eternity Bound” navigue entre techno industrielle et mélodique, avant de laisser place à trois remixes du titre, “Distorded Dance.”
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Le premier est signé Leonor, producteur mexicain connu pour sa dark techno, et dont le remix en est très clairement imbibé. La DJ Hannah Holland s’est également prêtée au jeu, avec un remix plus bouncy, qui tend vers l’acid techno. Le dernier venu, le prometteur Miles J Paralysis, ralentit la cadence, avec une reprise dub, construite autour de textures house. (EF)
Nathan Fake – Evaporator
S’il devait exister un évaporateur humain, Nathan Fake serait le prototype le plus performant. Le producteur anglais revient avec Evaporator, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il nous surprend avec ses nappes ambient qui s’accumulent au fil des morceaux. On a l’habitude de le retrouver autour de productions dynamiques, mais ce projet semble être un retour aux sources, 20 ans après Drowning In A Sea Of Love.
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Alors que le titre “Hypercube” garde quelques traces des sonorités rave des précédents albums, le projet se distille pour laisser place à des textures beaucoup plus vaporeuses, comme sur “Sunlight On Saturn”. Avant de repartir, on se laisse happer une dernière fois par l’outro, “Black Drift”. (EF)
fabric – fabric SELECTS VI
fabric, c’est un club légendaire de Londres qui a ouvert ses portes en 1999. Mais c’est aussi fabric Originals, un label underground de musiques électroniques qui a publié les morceaux de productrices et producteurs qu’on valide (fort) chez Tsugi — Octo Octa, Eris Drew, Daniel Avery, Cinthie, DJ Nobu ou encore Marcel Dettmann pour ne citer qu’elles et eux. Depuis 2022, le label a commencé une série de compilations nommée « fabric SELECTS ». C’est au tour du septième disque de voir le jour et de passer dans nos écouteurs.
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On y retrouve 16 tracks, produits à la fois par des artistes émergents et établis, témoignant d’une immense palette de sonorités prenant à la house made in UK. Dans ce various artists, la house est garage, elle est acid, trippy, trancy, progressive — le coup de cœur est réel pour les morceaux « Equator » de Strath et « The What » de Sopp. En bref, c’est un petit bout de dancefloor londonien à mettre dans vos oreilles avec les participations, entre autres, de Mella Dee, Yazmina, Vitess, The Trip ou encore Baby Rollén et ça fait vachement plaisir. (MS)
Apparat – A Hum Of Maybe
Les six années d’absence d’Apparat se sont soldées par de nombreuses réflexions, et un album à la clé : A Hum Of Maybe. L’ex-moitié de Moderat dévoile un nouvel album studio après LP5, sorti en 2019. Un projet marqué par une nomination aux Grammys dans la catégorie “meilleur album dance/electronique” la même année. Malgré une carrière solo qui battait de l’aile, le producteur Sascha Ring n’arrivait plus à trouver sa place. Il était tellement désarçonné par sa nouvelle vie d’adulte, qu’il en a fait un projet.
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On comprend mieux lorsqu’on écoute “A Slow Collision” ou “Williamsburg”, que la chute paraît inévitable, imminente. Les boucles de synthés nous rappellent ce sentiment d’urgence, tandis que, sur “Hum Of Maybe”, l’Allemand pose sa voix pour donner vie à ses doutes. C’est intrigant, vous verrez. (EF)
Rødhåd / Antigone – Artefacts (TSSRCT Limited 02)
Deux pionniers de la techno réunis sur un seul et même disque. Voilà ce qu’il se passe sur Artefacts, cet EP de deux titres paru dans la série « Limited » de TSSRCT, label des producteurs UFO95 et Hadone. Sur la face A du vinyle, on retrouve Rødhåd avec « STRUKTURES », un track techno minimal et mental où tout est une question de superposition d’éléments sonores. Less is more.
La face B, elle, marque le retour d’Antigone. Le pilier de la scène techno française avait annoncé la fin de sa carrière en décembre 2024, après avoir sillonné les clubs pendant 15 ans. Pour ce nouveau titre, « OSTINATO IV », il revient à une esthétique deep et hypnotique qu’il développait déjà il y a plus de 10 ans. Évidemment, ça nous rend nostalgiques… Mais ça fait du bien. (MS)
Sauvane – Nine Moons
Nine Moons, “Neuf Lunes” en français, symbolise les neuf mois pour “compléter” le cycle menant à la gestation humaine. Sauvane a construit ce nouvel album durant sa grossesse. Elle y chante ses états d’âme durant cette période : sa peur de la fausse couche, du dérèglement de son horloge biologique, ou de son futur rôle de mère. Chaque décision, chaque note du projet esquisse sa vision de la maternité, qu’elle définit au fil de l’écoute.
Ce second disque est co-produit par Les Gordon — on vous parlait de sa dernière sortie il y a quelques semaines, Ornement. Le Français s’est occupé de sampler la voix de l’artiste sur “Are You Still There?”, morceau électro-pop puissant. Dans un autre registre, on retrouve sur le titre “Mummy Is Pretty” le grain folk de la chanteuse, une des caractéristiques de sa musique. Tendresse garantie. (EF)
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Mathilde Fernandez – Piano-Voix
On pourrait dire que c’était écrit, ou plutôt, qu’on en rêvait : entendre sur un album entier la voix de Mathilde Fernandez, moitié d’ascendant vierge. C’est officiel, avec Piano-Voix, on oublie les arrangements ultra-énervés de Paul Orzoni, l’autre moitié du duo, et on laisse place à 52 minutes de piano-voix — et quelques synthés en fond, quand même.
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Sur la radio belge RTBF, la chanteuse explique : “Je voulais revenir en solo, me resituer artistiquement […] Je suis revenue à l’origine de mes chansons qui sont composées au piano.” On a donc le droit à l’originale de “Faire et refaire” et “À l’infini”, deux des tubes phares du duo. On vous conseille également “Fard”, morceau introductif qui ne vous laissera pas indemne, croyez-moi. (EF)
Schacke – 5 Signs You Are Dealing with a Human Demon
Le producteur et DJ vient de dévoiler ce nouveau disque sur le label de l’iconique Boys Noize, ONES and ZEROS. L’introduction, « Welcome (intro) », est digne des jingles des plus grosses radios. Bon, avec un côté bien flippant tout de même, à base de rires démoniaques, de coups de feu et de dissonances. Mais ce n’est pas comme si Schacke ne nous avait pas prévenus : tout est dans le titre, 5 Signs You Are Dealing with a Human Demon. Diabolique.
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La techno de Schacke ne ressemble à aucune autre. Dans cet EP, composé de cinq titres, les morceaux n’ont pas de réelle structure et puisent dans une palette de sonorités électroniques ultra-éclectique. On retrouve de la trance, de la bass music, des synthés distordus et un sound design presque inquiétant. En bref, ce disque est un OVNI qui nous prouve encore un peu plus que les barrières entre les genres s’affinent. Coups de cœur pour les percussions survitaminées de « Booty Bumps » et l’acid techno de « Hooked ». (MS)
Asfar Shamsi – cuicui
Une paire d’écouteurs, casquette Burberry vissée sur la tête, Asfar Shamsi prend son envol avec son nouvel EP, cuicui. Oui, “cuicui”, qu’elle répète sur le morceau “Pélican” ou “papapapalapapa”, qu’elle chantonne sur le refrain de “Pistolet avec les doigts”, en collaboration avec le rappeur Ben PLG. Des gimmicks qui s’enchaînent et des refrains qui rentrent en tête. On pense notamment à “2006”, morceau devenu viral après son passage sur l’émission Planète Rap en mars dernier, où elle narre ses souvenirs d’adolescence.
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Avec beaucoup d’aisance, la chanteuse oscille entre rap, électro et pop. Une touche de légèreté est amenée par sa guitare, souvenir de ses années de conservatoire à Strasbourg. Finalement, on retient que du positif pour ce troisième EP, qui promet de belles choses pour la suite. (EF)
Bonne Nuit – Crier Vomir Pleurer
Bonne Nuit, ce n’est pas qu’une expression qu’on se dit avant d’aller dormir. C’est aussi un duo de pop électronique qui casse les codes. À deux, ils chantent la vie, l’amour, les peines de cœur, l’absurdité, la colère… En résumé, tout ce que l’on ressent quand on fait partie d’une génération joliment désenchantée.
À la fois vintage et avant-gardiste, la musique de Bonne Nuit mêle : autotune, textes engagés scandés en français, rythmiques new wave typiques des années 1980 — dont le BPM a tout de même été bien augmenté sur « Plus rien dans la tête » —, puis synthétiseurs tantôt purs, tantôt crados. En ressort un disque introspectif qui devrait parler au plus grand nombre, tout en s’inscrivant dans les codes musicaux de plusieurs générations à la fois. (MS)
Chloé Antoniotti – Mana
Mana a été composé sur un vieux piano mal accordé, dans le chalet de montagne des grands-parents de l’artiste. Chloé Antoniotti n’avait qu’un but : jouer de longues heures, et contempler la nature autour d’elle. De retour à Paris, elle décide d’enrichir ses morceaux par des batteries, des percussions, puis d’autres arrangements. Elle peut compter sur Lucien Chatin (du groupe Hannah Miette) et Alexis Delong (il a produit pour Yoa, Zaho de Sagazan ou encore Claude) pour l’accompagner dans son voyage.
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L’EP dévoile peu à peu ses éclaircies, lorsque le soleil se lève sur “Sahar” au son du piano, digne d’un film de Miyazaki sur “Komorebi” — qui désigne les rayons du soleil traversant les feuilles en japonais. On contemple finalement, à notre tour, l’élégance de l’outro, “Heimat”, et ses boucles de synthés jouées depuis son clavier Moog. Exceptionnel.





















































