Skip to main content
© Antoine Santos
9 juillet 2024

Beauregard : sous le ciel normand, l’effervescence collective | LIVE REPORT

par Tsugi
Du 3 au 7 juillet dernier, c’est à l’Ouest qu’il fallait faire la fête. Pour sa seizième édition, le festival Beauregard a fait entrer dans la danse tous les styles et toutes les générations, le temps d’une semaine chargée en émotions. 
Par Théo LILIN

« Ça y est, je la vois ! » Seuls les vrais habitués du festival semblent être au courant : depuis la route départementale, on distingue au loin, entre les arbres, une partie de la grande roue installée pour l’occasion sur le parc de Beauregard. « C’est sûr qu’il faut avoir l’oeil », confirme Marc au volant, fidèle bénévole depuis presque dix ans et chargé cette année de conduire les équipes du festival. Prochaine sortie, Hérouville-Saint-Clair (Calvados), ville hôte de ces cinq jours de festivités. Pour sa seizième édition, l’un des festivals les plus attendus de l’Ouest a rassemblé plus de 152 000 festivaliers (chiffre quasi identique à l’année dernière), tous motivés par une programmation toujours aussi riche de belles propositions artistiques et avide de jouer les grands écarts musicaux. En témoigne le moment émotion lors du passage de Véronique Sanson, le concert du groupe Bat For Lashes -sa seule date française- ou le spectacle du mythique projet Massive Attack en clôture. 

 

Surtout, Beauregard est l’un de ces festivals à taille humaine, une sorte de petit monde à soi, où il n’est pas rare par exemple de croiser deux fois les mêmes têtes d’un jour à l’autre, près des bars, devant le crash barrière ou au camping. « À la base, je suis dans la communication, alors ça me permet d’avoir un accès au monde de la musique, et aussi de se retrouver entre bénévoles d’une année à l’autre, et créer des liens » glisse Marc en arrivant aux portes du festival. Ce lundi, c’est tout de même le coeur lourd que l’équipe de Beauregard, chapeautée par les deux co-directeurs Claire Lesaulnier et Paul Langeois, a clôturé cette édition : dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune homme a été fauché sur le chemin du retour par une voiture et a perdu la vie. « Nous tenons à adresser toutes nos pensées à la famille et aux proches du festivalier victime de ce terrible accident. Aujourd’hui, John est triste », a déclaré le festival dans un communiqué aujourd’hui.

Une cagnotte a été lancée pour soutenir la famille. Beauregard l’a logiquement partagée.

 

Les scènes d’aujourd’hui et de demain

Il faut le dire : si cette tragique nouvelle a pu marquer cette fin de festival, il faut également rappeler les belles émotions qu’ont pu nous procurer les artistes programmés entre la scène John et Beauregard. Lance-flammes, feux d’artifices, canons à fumée en surchauffe : pour inaugurer ces cinq jours, David Guetta a ramené tout l’arsenal ibizesque. Toujours désireux de provoquer des montées de fièvre à grand renfort d’EDM, celui qu’on n’a pas appelé pour ouvrir les Jeux Olympiques de Paris (ouin ouin) a tout de même rempli le difficile contrat d’amorcer les festivités. Happé par un public déjà conquis après plusieurs minutes à dérouler ses grands classiques, David Guetta a enchaîné avec une exclu sagement gardée pour l’occasion et des nouveaux morceaux qu’il a récemment glissés dans ses setlists de Las Vegas et d’ailleurs.

 

Lire sur tsugi.fr : Astropolis 2024, Keroual sur le front | LIVE REPORTBeauregard

 

Changement d’ambiance, puisque c’est la French Touch qui s’est emparée du jeudi soir. À commencer par la prestation parfaite de Justice, d’une précision quasi chirurgicale avec le mariage entre une scénographie toujours aussi époustouflante – une douzaines de panneaux lumineux en suspension au dessus des têtes de Gaspard et Xavier – et une setlist construite autour de leurs classiques et des arrangements de quelques morceaux extraits de Hyperdrama. C’est l’apothéose lorsque les deux compères se rapprochent enfin de la foule, et saisissent quelques mains tendues avec force, les corps en avant contre la barrière pour recevoir leur bénédiction. Pas le temps de traîner, la scène Beauregard située à l’autre bout  fait déjà chauffer les platines pour le b3b entre DJ Falcon, Etienne de Crécy et Boombass.

Beauregard

©Didrik Launay-Derain – Festival Beauregard

Cette année encore, le festival laisse une belle part de sa programmation aux groupes qui feront les têtes d’affiche de demain. A l’instar de Jean, qui a ouvert la journée du vendredi après avoir signé les premières parties de Pomme ou Zaho de Sagazan, ou du groupe Fishtalk.

Sur scène, comme dans le public, ce sont les émotions qui l’emportent. Celles provoquées par le minimaliste “Je rêve”, interprété par Zaho de Sagazan, similaires à celles que procure “Alexis” de Luidji, ou quand Baxter Dury ne peut pas s’empêcher de lâcher des grands I love you littéralement entre chaque morceau. Cri du cœur.

 

Choc des cultures

Côté rap, on a eu droit à la crème de la crème des charts. En préambule, Josman a de nouveau enflammé le jeune auditoire, ce dernier hurlant par cœur les paroles de « Mort de ce soir », ou des morceaux de son dernier EP – « 50k€ », « Les Flammes ». Le rappeur change les paroles de « Problème de riche et tente » un “et le RN on les fuck”. S’ensuit également le passage de SCH, invitant au passage son compère précédemment cité sur scène pour interpréter leur titre en commun. La foule exulte lorsque retentissent les premières secondes de « Champs Elysées », suivi de près par son classique Je la connais, tiré de l’album Anarchie. L’offensive rap s’achève par la prestation du jeune La Fève – big up à la fille qui tenait une pancarte “je suis la galette, tu es la fève” -, venu renverser le crash barrières à l’aide des hits de son dernier disque 24.

Et parce que la programmation de Beauregard a toujours pour adn d’attirer jeunes et moins jeunes, on a pu assister à plusieurs reprises à un choc des cultures assez flagrant. En témoignent les petits groupes d’amateurs de rap venus – très – en avance pour le concert de Werenoi, confrontés au live fou de Fat White Family. Il fallait admirer les mines déconfites des ados, lorsque débarque le leader du groupe, ​​Lias Kaci Saoudi, en slip couleur chair, taché au niveau de l’entrejambe. La scène se poursuit lorsque ce dernier en sort un morceau de viande, et demande au premier rang “tu veux du bœuf” – pour l’histoire on a appris que le chanteur avait mis le contenu de son repas du midi dans son slip car la viande était trop cuite.

 

La délivrance et l’explosion

Malgré l’euphorie qu’impose la vie en festival, difficile d’oublier le climat politique. En pleine semaine d’entre deux tours, certains artistes n’ont pas hésité à pousser l’engagement jusqu’au bout du mic. Surtout notons les belles prises de paroles de certains groupes de rock britanniques, comme IdlesJoe Talbot, entre deux lancers de micro, fait un parallèle avec la situation en Angleterre – ou le chanteur de Fat White Family, encore lui. Dimanche, les résultats doivent tomber à la toute fin du concert de l’Impératrice. A 19h30, la chanteuse du groupe lance “s’il n’y a pas d’intermittence, il n’y a pas de festival comme ça. Donc profitons de cette dernière demi-heure pour profiter de ce moment”. Mais très vite, c’est la délivrance et l’exultation qui domine. 20 heures, l’assistance exulte. 

Les célébrations se poursuivent toute la soirée jusqu’au concert de Marc Rebillet, qui a fait son arrivé en hurlant “les élections se sont bien passées, putain !”. On en attendait pas moins de loop daddy – c’est son surnom -, qui avait déjà surpris en 2022 au Touquet Music Beach Festival où il avait scandé “Macron enculé” et “dégage Macron”. Devant les pogos qui s’enchaînent, l’artiste conclut par une boucle sur laquelle il reprend “la jeunesse emmerde le front national”. Après une belle soirée de célébrations placée sous le signe de la délivrance, il est déjà l’heure de plier bagage, des souvenirs plein la tête.

 

Meilleur et pire moment : Oui, car on a eu du mal à déterminer si le live de Marc Rebillet était le meilleur ou le pire moment de ces cinq jours. Le pire d’abord, parce que les boucles à base de prouts divers et variés nous ont fait doucement ricaner, puis un peu souffler. Mais aussi le meilleur, car seul le Franco-Américain a réussi à convoquer une liesse unanime.

 

 

Par Théo Lilin
Visited 248 times, 1 visit(s) today