De Kesha à Skepta, en passant par Angine de Poitrine, le chiptune a influencé de nombreux artistes au fil des années, à base de pixels et de console de jeu. On vous propose de découvrir ce monde — plus ou moins vaste — de la chip music

Le chiptune ou musique 8-bit sont des sons synthétisés en temps réel, créés par un ordinateur ou par la puce audio d’une console de jeu — « chip » pour “puce informatique” et “tune” pour “mélodie”. La console Atari 2600 est un des premiers modèles utilisés pour produire de la musique, doté d’un TIA (Television Interface Adaptor ou adaptateur d’interface de télévision) qui sépare la sortie vidéo et la sortie audio. 

Les possibilités se sont décuplées lorsque les SID (Sound Interface Device, ou interface audio), comme sur l’ordinateur Commodore 64, ont permis de modifier le timbre et le caractère du son. La console Nintendo NES, la Sega Megadrive deviennent des instruments de choix, avant d’être détrônées par les consoles portables comme la Game Boy, plus interactives, pour des utilisations live (on pense au Japonais DJ Scotch Egg, lors de sa Boiler Room à Berlin en 2014).

La communauté chiptune continue de se réunir sur Internet, signe d’une nostalgie permanente, mais également autour de morceaux où les influences rétros résonnent encore aujourd’hui. On vous propose de (re)découvrir cet univers, de la chipstyle de Bit Shifter, au breakcore pixélisé de Flying Lotus. 

Rob Hubbard — « Commando (Main) » (1985)

Le Commodore 64 est arrivé en 1982. Véritable bijou technologique, il devient très vite populaire pour son prix accessible, qui démocratisa l’informatique à la maison. Il est, encore aujourd’hui, l’ordinateur personnel le plus vendu au monde, avec près de 20 millions d’exemplaires vendus. 

Rob Hubbard l’a très vite compris, le Commodore offrait un nouveau potentiel pour la musique de jeux vidéo. Grâce à son synthétiseur sonore SID, l’ordinateur pouvait enregistrer plusieurs voix simultanément, et offrir une large palette sonore pour l’époque. Parmi ses nombreuses bande-sononores sur l’appareil, le musicien anglais compose les musiques du jeu Commando. Il récupère les motifs de la musique d’arcade originelle de Tamayo Kawamoto, et compose en une nuit la version PC, à l’aide de son synthé Casio. Le thème principaldevient le symbole d’une génération de jeux rétro, où la musique est une œuvre à part.

Bit Shifter — « Invasion of the Goober Reboots » (2003)

Bit Shifter fait partie d’une génération d’artistes qui n’a pas eu froid aux yeux. Internet lui a permis de créer une communauté internationale autour du chiptune, et de développer son collectif 8bitpeoples, ainsi que le Blip Festival, le rendez-vous des invétérés de chip music. Bien que le début des années 2000 marque l’ascension de l’IDM et du dubstep sophistiqué, le New-Yorkais tient à garder cette esthétique minimaliste, et à utiliser l’entièreté du patchwork que propose sa Game Boy. 

De là est né, en 2003, son premier LP, Life’s A Bit Shifter, sur le label 555 Recordings. On retrouve l’excellent “Invasion of the Goober Reboots” — renommé “Inversion” sur la réédition de 2013 — et ses sonorités chipstyle, un sous-genre mêlant basses percutantes et musiques low-res (basse résolution). 

YMCK — « Yellow, Magenta, Cyan and Black (YMCKのテーマ) » (2004)

Dans la seconde génération d’artistes chiptune, YMCK est un passage obligé. Le trio japonais est composé de la chanteuse et compositrice Midori Kurihara, et des artistes Takeshi Yokemura et Tomoyuki Nakamara. Quand ils ne reprennent pas Claude François, le groupe se balade entre ses influences jazz et les musiques 8-bit, tirées de la Famicon, première console de salon à succès de Nintendo. 

Leur premier projet, Family Magic, sort en 2004. Le morceau éponyme “Yellow, Magenta, Cyan and Black (YMCKのテーマ)” provient des couleurs originelles de l’impression quadrichromique (Jaune, Magenta, Cyan). Un clin d’œil à la fois jazz et 2-step, peu de temps avant que Yokumura sorte son propre émulateur, le Magical 8-Bit en 2005, qui permettra à toute une génération de producteurs de reproduire ces mélodies rétros directement sur ordinateur. 

Sexy Sushi — « Enfant de Putain / Salope Ta Mère » (2009)

Un des duos les plus excitants de la transition 2000/2010 n’est nul autre que Sexy Sushi. Rebeka Warrior et Mitch Silver écrasaient le paysage francophone avec leur pop dévergondée, toujours avec ce grain punk que personne n’osait leur envier.

Dans cette épopée électroclash, on remarque nécessairement l’influence de musiques rétros, que ce soit dans leurs sonorités synthwave, mais également 8-bit. “Enfant de Putain / Salope Ta Mère” dans leur album à succès Tu l’As Bien Mérité! peut s’écouter au sein d’une fosse de dégénérés, comme au lancement d’une partie de Gradius — un jeu d’arcade dans l’espace, dont la difficulté à fait rougir plus d’un joueur. 

Flying Lotus — « CAPTAIN KERNEL » (2026)

Dans les vies parallèles que mène Flying Lotus, son amour pour le fantastique — il a composé la BO de son propre film Ash, mais également de la série Yasuke — a toujours été un élément moteur de sa musique. Les jeux vidéo le sont également, en témoigne son dernier projet BIG MAMA. Un EP conçu à partir de boucles de 15 secondes maximum, assemblées pour composer une bande-son de 13 min, permettant au producteur de Los Angeles de déployer toute sa liberté créatrice. 

Le disque fait écho à Pattern+Grid World, sorti en 2010, où l’on retrouvait déjà ce tohu-bohu musical. Le second titre de ce projet, “Kill Your Co-Workers”, résonne particulièrement avec “CAPTAIN KARNEL”, second titre de ce dernier projet, où se mêlent breakcore et chiptune déjanté. Un esprit cartoonesque, qui prouve que les gimmicks 8-bit n’ont pas fini d’envahir la musicosphère.