À l’occasion de la sortie de son nouvel album, LB aka LABAT revient sur : son processus de création, sa première fois en studio professionnel, la manière dont il a préparé son live, les genres musicaux qu’il y explore, le secret derrière sa pochette, ses superbes collaborations… Bref, tout ce que nous avions envie de savoir sur Feel So Good Around U, un disque qui a nécessité deux ans de travail. 

« Quelle semaine mon dieu », lâche LB aka LABAT quand on lui demande comment il se porte. La fatigue le gagne, et ça se comprend. Au moment de cet entretien, le DJ et producteur vient à peine de rentrer de son marathon de release party. Débutée le 18 février au Yoyaku à Paris et achevée le 22 février au Sucre à Lyon, cette série de concerts célébrait la sortie de son album, Feel So Good Around U, un disque qui lui ressemble. Et pourquoi ça ? Eh bien parcequ’il est familial, il cumule des collaborations artistiques multiples, il dynamite les barrières entre les genre musicaux et répond à un objectif clair : rendre hommage au clubbing, tout en plaisant au plus grand nombre. Voilà le topo.

Mais ce disque, c’est aussi l’album du challenge. Après presque 15 ans de carrière, c’est la première fois que LB aka LABAT n’enregistre pas seul dans sa chambre. Cette fois, il a ouvert les portes d’un studio professionnel. Une nouvelle manière de travailler qui arrive — sinon ce n’est pas drôle — avec son lot d’appréhensions. Rencontre.

LB aka LABAT © CESTAINSI
LB aka LABAT © CESTAINSI
Quand est-ce que tu t’es dit que tu voulais faire un album ?

Il y a trois ans, j’ai passé une année à sortir un single par mois. Juste après ça, je me suis dit qu’il fallait absolument que je sorte un album. J’avais trop de choses à raconter. Je voulais introduire un peu plus de pop, faire des sessions en studio, enregistrer des chanteuses et des chanteurs, travailler avec d’autres producteurs…

Ensuite, j’ai rencontré les gens de Because Music, les équipes d’Universal, et ils m’ont tous aidé à réaliser ce disque. Ça a pris deux ans car je n’ai pas voulu arrêter de jouer en parallèle. Je me suis dit que c’était une bonne idée de produire les morceaux la semaine et de les jouer le week-end pour voir les réactions du public. Et puis, je n’arrivais pas à m’arrêter de jouer quoi (rires).

C’est connu, tu dynamites les barrières entre les genres musicaux. Dans ton disque, on peut entendre des influences UK garage, jungle, trance, techno, ghetto-tech et même French Touch… On dirait que tu explores un nouveau genre à chaque morceau ?

C’est ça. On retrouve plein d’univers musicaux différents. Pour le morceau « Feel So Good Around U » avec Skin On Skin, j’avais envie de gratte, d’une guitare à la Phoenix, mais je voulais aussi produire un track à 160 bpm sur l’album — je n’avais jamais produit à cette vitesse —, ou bien enregistrer des voix comme sur « Fixated » avec Memphis LK, un truc hyper pop. À l’inverse, j’ai aussi fait de la house avec Sam Alfred sur « Rainy Days » et plein d’autres choses.

Tu peux nous raconter l’histoire derrière la pochette ?

Les gens ne le savent pas, mais, dans le groupe de personnes qui se reflète dans mes lunettes, il y a mon père, mon manager, ma nièce, mon neveu, mes amis, il y a tout le monde. En fait, il y a tous les gens qui sont importants pour moi et qui ont pu, évidemment, venir au shooting. Et derrière, c’est le public du Sucre, à Lyon. J’adore être derrière les platines, j’adore être dans le club, j’adore être avec tous les gens et je me sens hyper bien dans ce que je fais. Feel So Good Around U ça parle de tout ça.

Pochette de Feel So Good Around U
Pochette de Feel So Good Around U
Il y a une dimension familiale dans ce disque ?

Je pense que c’est important pour un artiste d’être bien entouré, on ne le dira jamais assez. J’ai la chance de l’être, puis d’avoir une famille qui m’a toujours poussé et aidé à entreprendre cette carrière de DJ qui n’est pas simple. Ça fait bientôt plus de 15 ans que je fais ça, donc c’est tout à fait normal de leur rendre hommage.

C’est la première fois que tu les impliques autant dans un processus de création ?

Oui. Après, on est pas mal de frères et sœurs. J’ai un frère qui est réalisateur et qui m’a aidé à faire mes premiers clips. Mon autre grand frère m’a introduit à la musique. Il avait des platines à la maison quand j’avais 7 ans. Il mixait du hip-hop. Donc vraiment, tout ça, ça vient de lui. Il m’a donné les platines, quelques disques et puis ça a commencé comme ça. Quand j’avais 13-14 ans, ils organisaient des soirées dans l’appartement. Il y avait des DJ qui jouaient, j’hallucinais, je me disais: « mais c’est qui ce mec derrière les platines avec des gens qui dansent »(rires). Je trouvais ça incroyable.

Dans une interview pour tsugi.fr au festival Panoramas en 2025, tu nous avouais que c’était : « la première fois que tu ne faisais pas un disque seul dans ta chambre ». C’est clair que, là, tu es venu en team. C’était important pour toi de faire ces collaborations ?

Je trouvais que c’était le bon moment pour m’ouvrir. J’avais une espèce de pudeur face à la production, à la technique. Ça n’est pas évident d’être en studio avec d’autres producteurs. D’autant plus que ceux avec qui j’ai travaillé sont des génies de la prod’. Ils sont beaucoup plus forts que moi (rires). Alors, je me suis positionné comme un chef d’orchestre pour composer la musique que j’avais en tête.

Au début, j’avais peur de faire des sessions studio. Je n’étais pas à l’aise… Je me faisais des idées en me disant que j’allais faire un bide. En fait, ça s’est hyper bien passé. J’en suis limite devenu accro. Ces deux ans de travail sur l’album, ça m’a permis d’apprendre énormément, que ce soit en termes de mixage ou en termes de techniques de recording.

LB aka LABAT © CESTAINSI
LB aka LABAT © CESTAINSI
Quelle est la collaboration sur ton album qui t’a le plus touché ?

La première avec Skin On Skin, sans hésitation. Ça n’est pas que les autres ne m’aient pas touché, tout était incroyable. Mais, maintenant que je prends du recul sur ces deux ans de production, je réalise que c’est fou que la première fois où j’enregistre en studio, ce soit à Rue Boyer.

C’est un des studios les plus incroyables où je suis allé, où, la veille, il y avait Pharrell et Pusha T assis sur le même canapé. Et là, j’y étais avec Skin On Skin, tous les potes, avec Jolan qui filme, notinbed qui vient, qui nous fait une espèce de solo de guitare incroyable. On était tous sur le cul. On est resté à peu près 10 heures dans ce studio. D’habitude, pour certaines sessions, j’avais envie qu’on teste plein d’idées, même si on ne les terminait pas. Mais là je me suis dit : « en fait, ce morceau-là, il faut le finir ce soir. »

Et la collaboration la plus amusante à faire, celle où tu t’es lâché ?

Il y a celle avec DJ Fuckoff, « Ocean Drive ». On se connaissait déjà bien avec Zoé. Elle est incroyable. Elle fait de la ghetto-tech, elle écrit tous ses textes, c’est toujours orienté sexe, teuf et girl power. Pour cette collaboration, j’avais fait un début de beat, puis on a écrit ensemble. Mais on a écrit des conneries (rires)« Shake my ass everyday, shake my ass on the plane… » On s’est vraiment beaucoup marrés.

Et puis, on dit des choses que tout le monde peut comprendre. Et ça fonctionne super bien en club. À chaque fois que je joue le morceau, les gens chantent « Shake my ass everyday, shake my ass on the plane… ». C’est un peu un leitmotiv quoi (rires) !

Il y a aussi des interludes très drôles… Notamment celle avec Pedro Winter. Tu peux nous la mettre en contexte ?

Ça fait pas mal d’années que Pedro me soutient. Et je trouvais que c’était hyper important d’introduire le morceau « I Never Party in Paris », qui est un hommage à la French Touch, avec un skit de Pedro.

Et ça n’était pas vraiment prévu en plus. Je cherchais des skits, j’avais envie de reproduire les ambiances d’albums de hip-hop. Tu peux souvent y trouver des interludes où tu entends les gens parler dans la queue, devant le club, avec la musique lointaine qui résonne… J’en ai aussi faite une avec Skin On Skin. On était vraiment en teuf et je l’ai enregistré en train de raconter des conneries (rires).

Tu as fait un album de musique électronique très bavard. On a souvent des paroles, même si elles sont répétitives. Pourquoi ce choix ?

C’est vrai qu’il y a pas mal de textes, de chants. Mon but, c’est que ce disque soit écouté par le plus grand nombre. Je n’avais pas envie de faire un album de niche. Alors, je trouvais que c’était important d’enregistrer des voix, d’avoir des textes auxquels les gens peuvent s’identifier. En tant que DJ, quand je joue des morceaux avec des paroles, je vois que c’est très fédérateur.

C’était super d’intégrer ce côté pop — au sens de « parler au plus grand nombre » — dans ce projet. Par exemple, je suis tellement content d’avoir travaillé avec MJ Nebreda sur le morceau « Cómete ». C’était important aussi d’avoir un morceau en espagnol.

Pourquoi l’espagnol était important ?

Il y a quand même pas mal de gens dans le monde qui parlent espagnol (rires). J’ai la FOMO (Fear of missing out (peur de manquer), ndlr) de l’Amérique latine, car je n’y suis jamais allé. Alors, je me suis dit « bah tiens, ce serait pas mal de faire un morceau en espagnol et que ça touche le public là-bas ». Comme ça, je pourrai peut-être aller y jouer (rires).

Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui, quand on est DJ, on est aussi obligé de passer par la case production ?

Je pense que, pour quelqu’un qui commence aujourd’hui, oui. Il y a beaucoup de DJs qui tournent énormément, qui ont une carrière de plus de 10 ans et qui ne sont pas forcément producteurs. Ces bons DJs ont eu le temps, avant TikTok et Instagram, de se faire un nom, de rencontrer les promoteurs et de nouer un lien avec le public. Ils ont pu continuer leur carrière de DJ sans forcément devoir produire de la musique.

Mais je pense qu’aujourd’hui, il faut produire de la musique et être DJ en même temps. Je n’ai pas envie de dire malheureusement parce que c’est quand même génial de produire de la musique, ça m’a permis de me chercher musicalement, même si je ne me suis pas encore trouvé. Mais c’est devenu essentiel en tout cas.

© Capture Charles
© Capture Charles
Ce sont deux aspects très différents de ton métier, mais dans quel rôle te sens-tu le mieux ? DJ ou producteur ?

Dans la teuf, derrière les platines. Je l’ai vu encore pendant mon marathon de release party. Je suis arrivé à un niveau de fatigue extrême. Pourtant, dès que je suis derrière le booth, c’est reparti, je pourrai rejouer 10 heures, 12 heures, 20 heures même (rires). Et je pense que le public ne s’en rend pas compte, mais il te porte et c’est incroyable.

D’ailleurs, que nous prépares-tu pour ton live ?

Tout est écrit et je vais jouer 100% de ma musique. Donc, tu te mets vraiment à nu face aux gens. Mais ce qui est pas mal c’est que, quand tu fais un live, les gens viennent pour ta musique. C’est hyper gratifiant qu’ils passent en bon moment avec tes propres tracks.

Je fais du live depuis 15 ans, mais avec un set-up rudimentaire composé de deux MPC et de disquettes ZIP à l’ancienne… Cette fois, c’est un live audio/visuel qu’on a travaillé avec le studio parisien CESTAINSI. Ils ont fait des tableaux, des plans de lumière, plein de vidéos qui suivent un certain fil conducteur… Tout est calé et cadré pour faire un show d’une heure avec un enchaînement de morceaux précis pour gérer l’intensité et les émotions. Ce sera un miroir à 70% de l’album. Mais j’ai mis quelques morceaux plutôt phares comme le remix de Freezer Corleone ou encore le « Feel the Beat » avec Partiboi69.

Pour voir le live à La Gaîté Lyrique le 9 avril 2026, c’est par ici.