Snoop au Hovefestivalen 2012 © Jørund Føreland Pedersen

Snoop Dogg, son amour pour l’herbe transformé en stratégie pop

Dans les années 1990, il vivait de gin, de juice, de réc­its de guerre des gangs à Long Beach, Cal­i­fornie, et d’un flow par­faite­ment en phase avec les syn­thé­tiseurs moelleux du G‑funk. Puis, comme il est de cou­tume dans le rap game, des plus jeunes et plus affamés ont pris l’ascendant. Calvin Cor­dozar Broad­us Jr, alias Snoop Dogg, a alors décidé de trans­former son grand amour, celui pour l’herbe ten­dre, en stratégie pop. On ne devient pas « le chien qui fume » du rap sans un cer­tain flair en matière de libre entreprise.

Arti­cle issu du Tsu­gi 142 : MUSIQUE & DROGUE, his­toires stupé­fi­antes, en kiosque et en ligne.

En bas de l’écran de la chaîne CNN, un compte à rebours égrène les sec­on­des. Depuis Time Square, New York, le jour­nal­iste star Ander­son Coop­er et son acolyte Andy Cohen assurent le direct pour le pas­sage à l’année 2021. En duplex à Los Ange­les, le rappeur Snoop Dog­gy Dogg, bien­tôt un demi-siècle au comp­teur, porte beau. Hood­ie à capuche siglé aux couleurs de son pre­mier, et plus fra­cas­sant, album Dog­gystyle, ver­res fumés, il se grat­te la bar­bi­che. Ques­tion: « Snoop avez-vous été défon­cé sur le plateau d’un talk-show ou même lors d’un direct sur CNN? » Voix nasil­larde et par­fumée au THC, le chien est d’humeur élec­trique: « Oui, oui et encore oui. Dans l’émission de David Let­ter­man, bien sûr, sur le plateau de Jay Leno, évidem­ment, chez (Jim­my) Kim­mel aus­si. CNN? Seule­ment devant les bureaux de la chaîne sur Sun­set Boule­vard, à Los Angeles…»

Parce qu’il faut bien mar­quer le coup du réveil­lon, Snoop recon­naît ensuite avoir eu pas mal de «vis­ites en haute alti­tude» : durant une bar-mitsvah, au terme d’une céré­monie de cir­con­ci­sion. Lors d’une invi­ta­tion à la Maison-Blanche égale­ment: « C’était à l’époque où un Prési­dent avec la même couleur de peau que la mienne était aux affaires. Au menu, il y avait des wings de poulet et des légumes. » Bien­tôt minu­it. Pris d’un fou rire incon­trôlé, Ander­son Coop­er est sor­ti du champ de la caméra. Andy Cohen, lui, écar­quille les yeux à la manière d’un per­son­nage de car­toon. Pos­ture de stupé­fi­ant clown bozo, Snoop joue sur du velours : « This is the Dog of all dogs we’re talk­ing about Andy. »

Cameron Diaz et le chien

Com­ment devient-on l’officiel « chien qui fume» de la pop cul­ture améri­caine? Com­ment sème-t-on quan­tité d’indices assez clairs sur sa gour­man­dise pour l’herbe fraîche tout en restant à bonne dis­tance de l’apologie de la dope? Dans un pre­mier temps en adop­tant la démarche du crabe. En sachant égale­ment s’entourer d’un petit cer­cle proche relié à la cul­ture de l’herbe. Par­mi eux se trou­ve la fort célèbre Dina Brown­er, que le pub­lic améri­cain affranchi con­naît mieux sous le sobri­quet de Dr Dina. Aucun diplôme de médecine pour cette ravis­sante brunette aujourd’hui quadragé­naire. Par con­tre elle a vécu comme une épiphanie sa pre­mière taffe avec Calvin Broad­us en 1990, à l’époque où il n’était pas encore Snoop, mais ray­on­nait de cool dégin­gandé: « Avec un sourire de renard, il m’a dit qu’il allait rouler un blunt. Je n’avais pas la moin­dre idée de ce que c’était, mais je lui ai con­seil­lé d’aller fumer der­rière les buis­sons. Il m’a invitée à le suiv­re et quand il a allumé son joint, j’ai tout de suite pen­sé : “Oh mon Dieu, c’est de la weed, je vais aller en prison!” En voy­ant mon vis­age se décom­pos­er, il s’est imag­iné que j’allais aller le racon­ter. Pour éviter que je ne dise quoi que ce soit, il m’a fait fumer. C’était ma pre­mière fois. » Dix ans plus tard, la jeune femme décou­vre l’intérêt thérapeu­tique du cannabis en « soulageant » de quelques volutes un ami atteint d’un can­cer, puis ouvre son pre­mier dis­pen­saire comme il en existe beau­coup sur les plages à corps body­buildés de Long Beach.

Tou­jours proche de Snoop, elle four­nit au rappeur ses pre­scrip­tions thérapeu­tiques en $ bonne et due forme quand le rappeur vient à man­quer de son pro­duit favori. En échange de ces ser­vices par­faite­ment légaux, le Chien lui donne des «Thank you Dr Dina» et se met à racon­ter dans la presse que son amie serait celle qui a inspiré le per­son­nage de la «des­per­ate house­wife» dealeuse d’herbe Nan­cy Botwin, dans la célèbre série Weeds. Le star-system améri­cain sait d’ailleurs rap­pel­er, à inter­valles réguliers, que l’image de mar­que de Snoop reste indis­so­cia­ble d’un gros nuage de fumée, tout comme celle de Willie Nel­son du côté de la coun­try ou des vétérans de Cypress Hill. 2011. Invitée du talk-show sur TBS présen­té par George Lopez, l’actrice Cameron Diaz se sou­vient de ses années lycée à la Long Beach Poly­tech­nic High School. À cette époque l’interprète de Mary à tout prix a acheté de l’herbe à un élève d’un an de plus qu’elle, « très grand, mai­gre avec une coif­fure pleine de queues-de-cheval qui ressem­blait quand même pas mal à Snoop Dog­gy Dogg ». Som­mé de réa­gir au micro du même Lopez, le rappeur esquive d’un ric­tus : « Oh man, je ne suis pas cer­tain de m’être déjà trim­bal­lé avec, dans mes poches, le genre de matos qui fait décoller les petites bour­geois­es blanches. » 

La suite de l’article à lire sur le magazine Tsugi 142 : MUSIQUE & DROGUE, histoires stupéfiantes.

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