À l’occasion de la sortie de leur nouvel album Protocol le 24 avril 2026, nous avons rencontré Casablanca Drivers. Le groupe corse fait son retour, un an après la parution de son dernier album concept, Tabloïd. L’interview s’est déroulée au bus Palladium, salle mythique qui avait baissé le rideau en juillet 2022, avant de rouvrir ce 10 avril 2026. L’édifice comprend désormais un hôtel, un restaurant et, en sous-sol, la discothèque à l’esthétique rétro. C’est donc dans ce repaire bien connu des teufeurs parisiens que nous nous sommes entretenus avec Casablanca Drivers.
Casablanca Drivers a sorti son nouvel album Protocol, un disque aux sonorités électroniques que le groupe commençait déjà à explorer avec Tabloïd, sorti le 25 avril 2025. La formation, anciennement identifiée comme rock, a connu d’importantes évolutions depuis, accueillant Nit comme nouveau producteur et s’associant à Alex Courtès, réalisateur français à qui l’on doit notamment le design du casque de Daft Punk, excusez-nous du peu. C’est donc avec cette équipe de rêve que Protocol a vu le jour. L’occasion pour nous de rencontrer Nico, Alex et David (Casablanca Drivers) pour parler de leurs procédés créatifs et qu’ils reviennent un peu sur leur carrière. Rencontre.
Pourquoi avoir choisi le Bus Palladium ? Que représente cette salle pour vous ? Y a-t-il une symbolique particulière derrière ce choix ?
Nico : C’est hautement symbolique pour plusieurs raisons. Notre premier concert parisien, à l’époque — je ne me rappelle plus la date exacte, mais ça fait un moment — c’était au Bus Palladium. Il y a donc un côté sentimental, on fonctionne beaucoup aux sentiments.
Alex : On avait d’ailleurs les chocottes avant ce show, car c’était notre premier concert parisien après notre arrivée de Corse. La semaine dernière, on est allés voir le premier concert de la réouverture du Bus et on a vu cette scène et ce public remplis de « beaux gens ». On s’est dit qu’on allait peut-être avoir le même trac que la première fois. C’est marrant, la boucle n’est pas encore bouclée. Ça nous met une pression positive, une bonne adrénaline.

Avant de parler de votre nouvel album, il s’agirait de revenir sur Tabloïd qui est sorti il y a quasiment un an jour pour jour. Quel bilan tirez-vous de ce projet, avec le recul ?
Nico : Le bilan est hyper positif. Dans Tabloïd, il y a le morceau « No Mercy » qui est notre locomotive. Il est dans toutes les playlists et les streams beaucoup, ce qui nous ouvre la voie vers de nouveaux auditeurs prêts à recevoir Protocol. Même si ça ne fait qu’un an, on est vite passés à autre chose, car Tabloïd avait été écrit deux ans auparavant. On n’était plus tout à fait en phase avec ce style et on voulait faire la musique qui nous caractérise aujourd’hui. On a tourné la page rapidement, mais on aime beaucoup cet album. Big up à Max Baby qui l’a produit, il restera dans nos cœurs.
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Est-ce que vous préparez vos projets très à l’avance ? Par exemple, est-ce que Protocol était déjà prêt avant la sortie de Tabloïd ?
Alex : Tabloïd était prêt depuis un long moment. On avait commencé les démos juste après le COVID. Quand on l’a sorti, on avait déjà un pied dans le nouvel album, car on avait déjà pas mal de démos pour Protocol.
Nico : Mais pour le coup, Protocol a vraiment été fait cette année. C’est peut-être la première fois qu’on fait quelque chose d’aussi rapide en équipe, sans attendre des lustres. On s’est dit : « On est jeunes, il faut battre le fer tant qu’il est chaud. »
Par rapport à l’élaboration de Protocol, est-ce que les retours sur Tabloïd ont influencé votre conception de ce nouveau projet ?
Nico : On s’est dit qu’on ne voulait pas reproduire certaines erreurs. Avec Protocol, on a voulu quelque chose de beaucoup plus physique, plus électronique et taillé pour le live. Dans Tabloïd, on a parfois composé des sonorités un peu trop complexes à retranscrire sur scène, avec des chansons très intenses. Pour le nouveau, on s’est tourné vers quelque chose de plus minimaliste et « straight to the point » .
David : Tabloïd a surtout permis de relancer la machine, car cela faisait longtemps qu’on n’avait rien sorti depuis Super Adventure Club. Donc, ce projet nous a permis de relancer le groupe, de refaire des concerts et de reprendre la parole.
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Le fait que vous n’ayez pas sorti de projet pendant un moment, c’était dû à quoi ?
Nico :Super Adventure Club est arrivé en plein COVID. En tant que groupe indépendant à l’époque, on s’est fait couper l’herbe sous le pied. On avait un super album et puis tout s’est effondré. Quand on a eu l’embryon de Tabloïd, on a senti qu’on entrait dans une nouvelle ère. On a attendu d’avoir une équipe sérieuse. C’est là qu’on a rencontré Arts & Crafts, notre label mexicain. On a aligné les planètes pour que tout soit prêt pour Protocol. Mais Tabloïd a été le gros chantier qui nous a amenés à ça.

Vous parlez de changement d’équipe. Pour ce projet, vous avez travaillé avec le producteur Nit. Pourquoi ce choix et quelle a été son influence par rapport à celle de Max Baby ?
Nico : Max Baby et Nit sont très différents. Max est plus ancré dans l’indie, les guitares, un délire des années 1990/2000. Corentin (Nit), c’est une autre approche. C’est un fils de la French Touch, il adore la musique électronique et la house. Il est dans un autre délire et a une autre manière de travailler. Comme on n’a pas un ego surdimensionné, on embrasse totalement le regard du producteur. Le producteur c’est le quatrième membre du groupe.
David : C’était une super rencontre, on vient des années 2000, la musique électronique est un style qu’on a toujours plus ou moins écouté, mais sans vraiment en jouer et rentrer dedans parce que c’est vraiment une culture, mais Nit nous a permis d’ouvrir les portes et de nous sentir à l’aise.
Question simple, mais obligatoire : pourquoi ce nom, Protocol ?
Alex : On adore trouver des concepts pour donner de la cohérence à un album. Pour faire un disque, il y a tout un processus : composer, mixer, trouver un producteur, gérer la promo sur les réseaux sociaux, le visuel… C’est un sacré protocole et ça peut devenir stressant. Faire de la musique c’est une chose, mais la faire vivre c’en est une autre. Alors on a décidé de s’amuser avec ce terme. Au lieu de s’y enfermer, on a pris le contre-pied pour s’offrir plus de liberté.
Nico : Il y a aussi un aspect graphique, comme on le voit sur la pochette avec le feu rouge et le feu vert. Protocol : tu y vas ou tu n’y vas pas. C’est ça que j’aime bien, il y a un truc de simplicité où l’artwork a rejoint le nom de l’album assez naturellement. Que soit ce qui est arrivé avant, l’œuf ou la poule ? On ne sait pas.
Pour la cover, vous avez travaillé avec Alex Courtès. Qu’a-t-il apporté à votre imagerie ? Est-ce que vous lui déléguez tout ou gardez-vous un contrôle là-dessus ?
Alex : Il a réalisé toutes les covers des singles et de l’album. On l’a appelé, on lui a envoyé le lien de la musique en expliquant le concept, et il nous a envoyé une première version qui était quasiment le résultat final. Le mec a de la bouteille, il sait ce qu’il fait. Son travail nous inspire même pour notre scénographie actuelle.
Nico : Pour le reste (réseaux sociaux, clips), on collabore avec d’autres gens, comme Spike Gonzo ou Emma Bergmann. On garde notre vision, on ne délègue pas notre identité. Mais quand tu toques chez Alex Courtès et qu’il te propose une « pastille rouge et une pastille verte », c’est un banger contemporain, on ne le remet pas en question. C’est comme le MoMa. C’est un peu comme avec Nit, si on décide de taper à la porte de ces gars-là, ils nous filent des trucs et on y va.
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À une époque où les clips sont moins regardés et coûtent de plus en plus cher, pourquoi est-ce encore important pour vous d’en produire ?
Nico : On a fait une interview avec un média chilien il n’y a pas longtemps, et ça a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux. C’est parce que l’en-tête c’était : « MTV va fermer, donc c’est la fin d’une ère ». Il y a de plus en plus de gens qui se filment dans leur chambre, devant leur téléphone avec une guitare ou bien qui dansent dans la rue… Ils se font de moins en moins chier. Et oui, ça coûte hyper cher de faire un clip. Mais en étant des enfants des années 1990 et en ayant cette culture de la vidéo avec MTV, on ne se pose même pas la question, on le fait.
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Alex : On a la chance de pouvoir créer avec peu de moyens, sans forcément suivre les codes habituels. Comme il y a des milliers d’albums qui sortent chaque jour, le visuel permet de raconter quelque chose en plus, surtout quand on n’a pas une énorme exposition médiatique. On aime faire des choses personnalisées et originales, comme filmer une paire de chaussures achetée sur Vinted, juste parce qu’on s’en fiche un peu des conventions.
Vous jouez ensemble depuis longtemps. Est-ce difficile de toujours s’aligner musicalement après tant d’années ?
Nico : C’est notre force : on est très connectés. Même si on écoute des choses différentes (Alex veut faire un album de banjo en ce moment !), on se rejoint toujours sur la singularité des morceaux, on est transcendé par les mêmes choses.
Alex : On a commencé le groupe à la sortie de l’adolescence. Avec le temps, on a appris à mettre notre ego de côté. On ne cherche pas à mettre une part de soi plus grosse que celle des autres, on est tous au service du projet Casablanca Drivers.
Nico : On peut ne pas être d’accord sur des détails, mais on emprunte toujours les mêmes autoroutes.

Y a-t-il une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
Nico : J’étais sûr que vous alliez nous demander : « Pourquoi Casablanca Drivers ? », et là j’allais serrer le poing ! Plus sérieusement, comme on est sur un label mexicain, on fait beaucoup d’interviews en anglais ou en espagnol en ce moment et on a parfois du mal à exprimer le fond de notre pensée. En français, on peut vraiment creuser le sujet.
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D’ailleurs, pourquoi avoir choisi un label mexicain ?
Nico : Il y avait d’autres options, mais on aime prendre des contre-pieds. Être un groupe corse, basé à Paris et signé sur un label mexicain, ça crée un vrai storytelling.
Alex : Cela donne aussi une légitimité internationale. En restant uniquement en France tout en chantant en anglais, on peut parfois développer un syndrome de l’imposteur. Au Mexique, on est aussi légitimes qu’un groupe qui arrive du Texas ou de Manchester. Ça rend notre démarche cohérente à 100%.
Un mot de la fin ?
Rendez-vous au Bus Palladium le 6 mai avec Damaghead et de nombreux autres invités surprises. Il y aura des DJ de folie. La billetterie, c’est par ici !
























































































