En pleine saison printanière, vous prendriez bien votre dose de disques inédits ? Cette semaine, la trépidante collaboration Nine Inch Noize, le voyage auditif de PPJ, l’extase club de Tiga, l’indie surprenante de Crystal Murray, le punk féministe signé Les Vulves Assassines, le big beat onirique de TOMORA, la bassline de TSVI, l’électro-pop de mauva, et la sad pop de Noor.
Nine Inch Noize – Halo 38
La collaboration entre Nine Inch Nails et Boys Noize, qui a fait le tour d’Internet depuis leur performance live à Coachella, le 10 avril 2026, vient de sortir officiellement sur les plateformes. Côté contenu, Halo 38 abonde de classiques de Trent Reznor, mais également un morceau de son groupe avec Mariqueen Maandig et Atticus Ross, How to Destroy Angel, ainsi que des tracks issus de la bande originale de Tron : Ares, avec “As Alive As You Need Me To Be”.
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Un condensé de basses et d’énergie dark, voire hard techno, lorsqu’on entend la nouvelle version de “Me, I’m Not”. Plus l’écoute se prolonge, plus on a l’impression de descendre dans les méandres d’une techno-rock-industrielle délirante, avec un aspect live qu’on retrouve dans l’enregistrement du projet. Dans cette course intenable, on accroche à la version de “Parasite” — sans oublier la magie de Maandig sur le titre original.
PPJ – Joker
“PPJ réveille le goût”, c’est le nouveau slogan que s’entêteront à dire les plus agités du dancefloor. Aussi efficace qu’un croc dans une orange bien juteuse, le duo nous a concocté Joker, un six titres remplis de vitamines, de douceur, et de voyages en tout genre.
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Tout d’abord, ils touchent, comme à leur habitude, aux sonorités venues du Brésil, grâce aux origines de Páula, la chanteuse. On navigue vers le nord du pays avec “Tem Carnaval”, tandis qu’on flirte avec la tech house du sud sur “Me Pega”. On retrouve la cowbell autotunée typique des productions phonk sur “Então Tá Bem”, alors que “Sexy Doce” fait appel au budots, une musique des quartiers populaires de Davao, aux Philippines. C’est déjà la fin du périple, mais vous reprendriez bien un zeste de folie, non ?
Tiga – HOTLIFE
Il y a toujours eu un lien à tisser entre la musique de Tiga et celle de Soulwax, les frères Dewaele ayant produit au moins la moitié de son premier album (Sexor, 2006). Il n’y a donc rien d’illogique à penser que ce HOTLIFE aurait pu paraître sur DEEWEE : même sens de la rythmique mécanique, même voix incisive, mêmes structures synthétiques répétitives.
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Sur la piste de ce dancefloor, Tiga promet beaucoup de sueur et d’amitiés: Boys Noize, Matthew Dear, Jump Source et les déjà indispensables Fcukers, tous sont réunis sur ces douze morceaux produits patiemment ces dix dernières années, rythmées par la sortie d’un album commun avec Hudson Mohawke et de nombreux maxis. Il fallait sans doute ça à Tiga pour donner une telle allure à ce son clinique, joueur, qui refuse toute forme d’accalmie. “Ecstasy surrounds me”, chante-t-il dans le titre clôturant le disque. On comprend maintenant la raison de ces intenses poussées de fièvre.
Par Maxime Delcourt (Lire la suite dans le Tsugi Magazine n°186)
Crystal Murray – Anatomy of a Cry
L’excellent Sad Lovers And Giants (2024) nous avait emballés par la facilité de Crystal Murray à composer autant par sa voix soul que par ses productions empreintes de breakbeats effrénés ou d’un R&B éthéré. Mais on ne pensait pas revoir d’aussitôt un EP comme Anatomy of a Cry, où chaque groove indie témoigne d’une évolution musicale en pleine expansion.
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Installée depuis 2025 à Londres, c’est le foisonnement culturel de la capitale qui lui a permis de rencontrer des personnes talentueuses, et de s’entourer d’une nouvelle équipe, après avoir quitté son label. En totale indépendance, ce disque transpire la sincérité d’un nouveau départ, au grain d’une acoustique assassine sur “Numb Enough”, ou d’un riff de guitare terriblement efficace sur “73”, écrit avec l’artiste Sega Bodega.
Les Vulves Assassines – Vulcanae Rock’n’rolla
Rock’n’roll volcanique, électro-punk autotuné jusqu’à la moelle et, bien sûr, féminisme et lutte des classes comme leitmotiv face à la situation actuelle, voilà comment se prendre Vulcanae Rock’n’rolla — littéralement “Volcan du rock” en latin. Mais n’ayez crainte, pour que vous assimiliez vraiment le message, Les Vulves Assassines ont toujours ce sens de l’humour cosmique pour vous convaincre, ou vous ridiculiser, si vous êtes ce fameux homme-voiture décrit dans “Gladiateur”.
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Après avoir tout rasé sur leur passage, le trio nous a tout de même laissé quelques marques indélébiles, lorsqu’elles ressuscitent dans “Louise Mitchell”, la figure communarde, prête à remettre le couvert face au désœuvrement de la capitale, ou lorsqu’elles parodient le refrain de “Kalash”, morceau des rappeurs Booba et Kaaris, sur “Notre programme”.
TOMORA – COME CLOSER
Approchez-vous, encore un peu pour apercevoir au creux de cette lumière rose fuchsia, le reflet de TOMORA, entité composée du producteur Tom Rowlands (The Chemical Brothers), et de la chanteuse AURORA. Les premiers titres publiés (“RING THE ALARM”, “THE THING” et “SOMEWHERE ELSE”) nous donnaient à voir un disque surprenant par l’équilibre trouvé entre les productions surchargées de l’Anglais, et de l’univers onirique de la Norvégienne.
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L’esprit des premières collaborations, sur l’album No Geography des Chemical Brothers (Tom et Ed Simon), s’étire pour laisser place au big beat d’un “I DRINK THE LIGHT”, inspiré par la lumière des fjords norvégiens, ou à l’electronica d’un “SIDE BY SIDE”.
TSVI – Dance Tripping
L’aventure dans laquelle TSVI nous plonge à chaque disque est toujours particulière. On peut naviguer au travers d’un morceau post-trance, ou au rythme d’un bon vieux maxi tech house, tous jonchés d’influences venues d’Amérique latine ou d’Italie, son pays natal.
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Sur ce nouvel EP, le producteur souhaite rendre hommage à la culture club de son pays de résidence, l’Angleterre. Ne soyez donc pas surpris d’entendre une ligne de basse résonner sur la quasi-totalité des tracks, avec son lot de rythmiques hispaniques, comme sur “Turbo Motion”. Le projet sort sur son label, Nervous Horizon, véritable laboratoire depuis 2015 pour de jeunes producteurs et productrices venus du monde entier.
Mauva – Self Care
Au fil de sa pop alternative, mauva tente de dénouer les nœuds qui ne cessent d’arpenter sa vie. Un réflexe tautologique, mais bien réel lorsqu’on suit le parcours de la jeune artiste, en proie aux doutes, aux ruptures amoureuses, et aux violences de ce monde. Ce manque de confiance lui a inspiré Self Care, un EP de six titres, naviguant entre nappes électros dansantes et compositions organiques.
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Le remède n’est pas à chercher très loin, quand la solitude d’un “Il était temps” ou “Green Day”, lorsqu’elle écoutait ses morceaux favoris dans la cour du lycée, lui ont permis de façonner sa propre sensibilité musicale. L’amour de soi commence souvent dans nos différences, il ne reste plus qu’à les débrider.
NOOR – 1900 Jours
Raconter l’amour, dans ses formes les plus cruelles, les plus tenaces, reste un exercice que seule une chanson arrive à réparer. Enfin, pour une artiste de la trempe de Noor, ça relève d’un premier EP, Les histoires tristes me collent au corps, et d’un premier 11 titres, 1900 jours. Plus de cinq ans de chagrin, entre électro-pop, indie folk et pureté vocale.
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Alors, on vous voit venir : “c’est du vu et revu”, mais avoir la force d’étaler ses maux, ses incompréhensions, de dire “je t’aime” à quelqu’un qui vous a fait toutes les crasses du monde (« Petit homme »), de le voir dans les bras d’une autre (« Sur la route de madison »), relève d’un périple sensoriel inédit, du studio à la scène. Un catalogue universel que chaque être ayant aimé — ou presque — peut feuilleter, car : “Si à la fin il y a eu chagrin d’amour, tant mieux : c’est qu’il y a eu amour”.





































































