Le producteur californien vient d’annoncer son premier festival : Contra, le 30 et 31 mai prochain, au cœur d’un des plus gros complexes berlinois : le Kraftwerk. Mais ce qui nous marque d’autant plus, c’est le line up, synthèse de ses dernières expériences aux quatre coins du monde.
On ne souhaite pas nécessairement faire la promotion d’un nouveau festival, avec une campagne qui mise — une nouvelle fois — sur son aspect minimaliste et éthéré, mais force est de constater que Skrillex ne cesse d’intriguer sur sa capacité à embrasser tant d’artistes issus d’horizons diamétralement opposés. Lui-même ayant côtoyé le rock post-hardcore sous son vrai nom Sonny Moore, gardant cette ferveur emo pour sa carrière marquée par le brostep, il se fait désormais remarquer aux côtés de Fred again.., de Dylan Brady (moitié de 100 Gecs), mais aussi de la Française Tatyana Jane, et d’artistes nigérians, sud-africains, suédois, brésiliens ou encore coréens. On décortique ctte programmation gargantuesque ensemble.
Une pioche musicale géante, mais assez cohérente
Plus de 70 artistes, sur deux jours, dans un même endroit, ça promet une digestion assez complexe, mais ça témoigne aussi des derniers projets dans lesquels Skrillex s’est lancé ces dernières années. Varg²™ a été une des têtes de proue de son disque Fuck U Skrillex You Think Ur Andy Warhol but Ur Not!! <3 (2025), dans cet élan hyperpop — épaulé de l’autre côté par Dylan Brady, qui n’est pas annoncé sur le line up. Bladee, Ecco2k du drain gang, mais aussi Mechatok, sont des proches de Varg²™ ou de Yung Lean, et sont le reflet d’une scène européenne — avec un fort bassin en Suède — aimantée par les beats éthérés, le cloud rap, et les glitchs à gogo, dont le producteur californien s’est rapproché ces dernières années.
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Cet intérêt pour l’excentricité, Sonny le partage volontiers dans les artistes choisis pour headliner son festival, avec le producteur Thys, qui a fait ses armes avec le groupe de bass music Noisia, fera désormais ses preuves dans un live partagé avec la jeune chanteuse palestinienne Nai Barghouti, et le percussionniste hongrois Péter Somos. Dans cette curation internationalisée, on retrouve forcément les Françaises Tatyana Jane — avec qui le producteur a partagé les platines du Berghain — et Crystallmess. À l’affiche également, la productrice tunisienne Khadija al Hanafi, et son footwork qui a déjà dépassé toutes les frontières, mais aussi l’alliance entre Upsammy et la percussionniste Valentina Magaletti, pour un live modulaire, que l’on retrouve à la Philharmonie de Paris en novembre prochain.
On y retrouve cette toute nouvelle scène bass music qui connaît un regain post-covid, à l’image de la Coréenne Kollin, jusqu’à l’Allemand Nico Adomako ou l’anglais Blawan. Des scènes familières au producteur phare de brostep, et dont l’influence n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui — à l’image de son dernier single “Smoke”, avec le jeune producteur ISOxo.
Une nouvelle porte d’entrée grâce au Nyege Nyege Festival
En 2025, le Nyege Nyege Festival, véritable carrefour culturel des musiques panafricaines et d’ailleurs, fêtait ses dix ans. Du 20 au 23 novembre derniers, des dizaines d’artistes, issus de toute l’Afrique, se sont succédé dans les Kalagala Falls ougandaises, du mara beat nigérian d’Azzi on the Beat, à la trap rwandaise (nommé Kinyatrap) du rappeur Bushali. Mais surtout, le DJ AfrotroniX, figure de l’afrofuturisme tchadien, a invité Skrillex sur scène, pour un set mêlant des sonorités variées, du dubstep au singeli (genre à très haut bpm venu de Tanzanie).
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La connexion ? L’histoire part d’un échange entre Tatyana Jane et Derek Debru, cofondateur du festival : “Tatyana Jane, également programmée cette année, nous a mis en contact avec lui. Le DJ et producteur kenyan Slikback, avec qui Skrillex a déjà partagé le studio, a finalisé cette programmation”, explique Derek dans une interview pour le média Pan African Music, sortie en octobre dernier. Skrillex en a profité pour inviter des artistes comme le producteur Ahadadream, ou le rappeur Flowdan, qu’on retrouvera désormais au festival Contra. D’autres artistes du Nyege Nyege ont répondu présents, comme DJ Khalipha, un des représentants du Cruise Beats de Lagos, Rafush, productrice brésilienne basée à Berlin, ou Slikback, avec qui Skrillex a collaboré sur le morceau “Kixa”.
Si on essayait de dessiner une carte de cet événement, on pourrait dire que ce rêve d’avoir une “musique mondialisée” est en train d’être esquissé. Qui penserait voir au Kraftwerk, tant de diasporas musicales, dans une ville désormais marquée par l’inflation et la fermeture de clubs. Sonny Moore semble vivre en dilettante, à voir si sa fantaisie underground tient la route.






























































































