Joyeuses fêtes des travailleuses et des travailleurs ! Pour vous accompagner dans votre jour chômé et payé, quoi de mieux que nos excellentes sorties de la semaine. Au programme : les manifestes sonores du trio Kneecap, les summer breaks (et on parle pas de vacances) de IZCO, la house magique de Octo Octa, le retour d’Isaiah Rashad, le dub vaporeux de Seefeel, le latin-core des producteurs Schacke et Racing Nokia, le shoegaze de Midscale et la ghetto tech made in Detroit de DJ Godfather & Dastardly Kids.

Kneecap – FENIAN

Le rock folk hargneux de Sinéad O’Connor, les rugissements punk rock de Stiff Little Fingers, tous portent un même message : une seule Irlande, et rien d’autre. Kneecap emboîte le pas à plusieurs générations d’artistes engagés, en poussant toujours plus loin leur rage et leur soutien en faveur des peuples opprimés. Profitant d’un soutien critique, la surmédiatisation derrière le trio leur permet de délivrer un nouveau disque en puissance, FENIAN

Les manifestes sonores s’ensuivent au rythme des sonorités rap, rock, folk, rave ou drum and bass. Leur musique, au-delà de porter un message révolutionnaire prononcé — fenian désignant les nationalistes irlandais s’étant battus face à l’envahisseur britannique dans la deuxième moitié du XIXe jusqu’au XXe siècle — porte le fragment d’une jeunesse influencée par les raves des années 1990 en Grande-Bretagne. Cette non-dualité se ressent clairement dans “Palestine” en collaboration avec le rappeur palestinien Fawzi, ou dans “Headcase”, où l’Amen Break n’a jamais été aussi irish punk. 

IZCO – POWERSCROFT

Parfois, au coin de sa rue, on peut trouver tout un tas d’histoires à raconter. On peut penser à la chronique de Doc Gynéco et son morceau “Dans ma rue”, ou à Hugo TSR qui racontait le XVIIIe arrondissement comme personne. Mais ici, on part au Nord Est de Londres, où le producteur IZCO nous emmène à Lower Clapton, le quartier qui l’a vu grandir. 

À POWERSCROFT road, on peut rencontrer différentes sonorités, avec un goût prononcé pour les musiques de club britanniques. Les rappeurs Reek0 et S.I nous emmènent jusqu’à Tottenham et Hackney sur “Japan Grealty”, tandis que Camille Munn nous fait voyager au pays de la néo-soul sur “Strike a Pose”. Impossible de passer à côté de “Komodo” et de son summer breakbeat affolant. Un premier long format aux couleurs des boroughs — lorsque le soleil effleure les briques ocre des maisons, là où la morosité n’a pas de prise. 

Octo Octa – Sigils for Survival

Dix ans. Dix ans que la DJ états-unienne a fait son coming out en tant que femme trans. Entre-temps, il y a eu Where Are We Going ? (2017) et Resonant Body (2019), mais Sigils for Survival résonne davantage comme un manifeste sonore de ces dix dernières décennies “faites de joie et de peine”, déclare-t-elle. Une réflexivité à flux tendu, où chaque note représente une étape de plus dans ce processus auto-régénératif — et où chaque morceau est accompagné d’un sigil, un sceau magique bienfaiteur. 

Pour ce faire, l’artiste a entièrement réalisé ce disque avec des instruments physiques, puis mixé sur le logiciel Logic afin de reproduire l’instantanéité du live. On peut entendre, en plus des sonorités électroniques, un dulcimer (instrument de la famille des cithares), un handpan, un steelpan, et une flûte à bec. Une rédemption sonore, qui tire sur l’acid house avec “Survival Groove”, jusqu’au breakbeat initiatique de “Ritual to Exist & Connect” et à l’ambient de “Eighth Intention (Turn The Wheel)” — avec un poème inédit de Octo Octa à la toute fin de l’outro.

Isaiah Rashad – IT’S BEEN AWFUL

Cinq ans séparent The House is Burning et IT’S BEEN AWFUL, et effectivement, ça n’avait pas l’air d’être une période facile pour le rappeur états-unien : début 2022, un outing dévoile son homosexualité auprès du grand public. Malgré le soutien d’une bonne partie du milieu rap et des fans, cet épisode l’a profondément marqué, dans sa vie, comme dans son écriture. 

Publié chez Top Dawg Entertainment (Kendrick Lamar, ScHoolboy Q, SZA) ce projet permet à Isaiah Rashad de garder ce rap introspectif, et de pousser toujours le travail sur les productions, du drum’n’bass au rock, et sur les collaborations (SZA, Dominic Fike). Le morceau de teasing “SAME SH!T” nous dévoile ce phrasé clinique, sur une production rappelant le Tennessee, sa contrée d’origine. 

Seefeel – Sol.Hz

Étendue de sable rocheuse, prophétie sans fond, des leads de guitare électrique pour accompagner votre voyage, vous êtes bien dans un nouvel épisode de Seefeel, que dis-je, un nouveau chapitre, 15 ans après son dernier long format original éponyme (Seefeel en 2011). Une des plus vieilles têtes de Warp Records — et le premier groupe à guitares du label au début des années 1990 — signe un quatrième album venu des tréfonds du soleil, sous sa plus belle enveloppe. 

Sol.Hz — qui veut littéralement dire “soleil plus électricité” — renvoie à ce qui ne se voit pas. On pense l’apercevoir, lorsque l’enchaînement ambient dub de “AM Flares” et “Falling First” laisse s’échapper des sons qui nous enveloppent petit à petit. On ne se trouve pas dans un énième documentaire sur l’espace — même si, tout laisse à croire que — mais bien dans un monde sensoriel à ciel ouvert — un planétarium sonore, pourrait-on dire. Une seule certitude : l’IDM se porte très bien en 2026

Schacke & Racing Nokia – Post Human Patience

Votre dose de techno, latin-core et de grooves incessants est arrivée ! L’association entre le Danois Coréen Schacke et le Français Racing Nokia nous élance à travers deux titres originaux, “Walk” et “Co-Implosion”. Le premier ne cesse de se transformer, tel un long drop qui n’en finit jamais, avec sa bassline insoutenable, et ses samples par dizaines — on se croirait en plein trip dans une jungle luxuriante. L’enchaînement avec le second titre ne nous laisse aucune pause, au prix d’une ligne de flûte entêtante. Il est impossible de parler de Post Human Patience sans évoquer les excellents remixes des producteurs mexicains Benfika et Lyo XS, qui oscillent entre deep techno cryptique et hard trance.  

Midscale – Dread, This Could Save You

Une dernière balade pour la route ? Ce n’est pas le semblant d’espoir que pourrait nous délivrer des groupes comme DIIV, mais cette descente aux enfers nous plaît tout de même — en plus, c’est français. Midscale confirme son ascension dans la scène shoegaze/indie rock francophone, avec ce tout nouvel EP empreint à tant de pédales d’effets. 

Encore une fois, on ne peut vous promettre de sortir indemne de cette écoute, bruyante lorsque le quatuor parisien pousse la saturation au max dans “Braincrash”, vers le folk rock dans “Blurry”, et même le hard rock dans “0-1”. Bref, écoutez Dread, This Could Save You, il pourra vous apporter quelques conseils. 

DJ Godfather & Dastardly Kids – Stay Outside

Petite virée dans la ville de Détroit, et pas des moindres : les newcomers Dastardly Kids — proches du trio HiTech, dont un des membres a été accusé d’agression sexuelle en juillet dernier — collaborent avec un des parrains de la ghetto tech, DJ Godfather. Déjà invité sur le remix de “Icy Hot” — sorti sur le label Moveltraxx, créé à Paris et désormais basé à Londres —, le pionnier a décidé de continuer l’aventure en produisant un EP de trois titres, taillé pour les dancefloor de la Motor City, et du monde entier. 

On y retrouve les ingrédients d’une club music frénétique. Les barz de “Big Booty Girls” s’occupent d’agiter notre derrière, “Stay Outside” fait osciller le compteur de notre pacemaker imaginaire, et le footwork de “Heart Attack” nous achève pour de bon. On vous avait prévenu, c’est court, mais intense.