Ce mardi 2 juin 2026, on a (re)foulé le parquet du Bataclan pour assister à l’une des sensations du moment : Fcukers. Est-ce que le duo new-yorkais a su convaincre le public parisien ? La réponse dans ce reportage !

Au-delà d’avoir été une des sensations de la presse spécialisée en ce début d’année, Shanny Wise et Jackson Walker Lewis enchaînent les DJ-sets et les concerts. Après une performance remarquée au Trabendo en décembre dernier, les New-Yorkais ont vite annoncé une nouvelle date dans la capitale française, pour défendre leur premier album Ö — dont certains en connaissaient déjà la couleur, au vu des nombreux morceaux joués en live avant sa sortie. Qui dit sortie musicale, dit nouveau public attentif aux bonnes ondes et aux couacs scéniques. 

PPJ et DeepFaith en première partie, ce n’est pas pour nous déplaire

Avant d’atteindre l’heure fatidique — Fcukers passait à 21 heures 30 — on ne pouvait manquer Povoa et Páula, les deux premières lettres de PPJ, pour le début des hostilités. Et que dire, lorsqu’on démarre d’entrée de jeu par cette techno ensoleillée — boost de sérotonine instantané —, avec ses basses qui ne laissent aucun répit aux restes d’acouphènes de nos dernières sorties. Joker, leur dernier EP, est terriblement efficace lorsqu’on entend la tech-house de “Me Pega”, et surtout la transition entre “Para Ser Feliz” et “Sexy Doce”, où les trompettes du premier laissent place au budots philippin genre de musique électronique ayant émergé à Davao — du second. Après avoir dit merci dans quatre langues différentes, la chanteuse franco-brésilienne nous avoue qu’elle est enceinte. Une très bonne première scène pour le bébé : “It’s gonna be a techno baby boy (Ce sera un petit garçon fan de techno)”, lance-t-elle. On n’en doute pas un instant.

Des t-shirts d’Ultra Vomit, des cuirs cirés jusqu’aux bottes, chacun, à sa manière, incarne la ferveur intarissable du Bataclan. Et en même temps, lorsqu’on découvre la seconde première partie, DeepFaith, on se demande si de notre côté, on ne s’est pas trompés de salle. Un show plastique, dira-t-on, lorsque l’artiste Byron Spencer nous fait part de ses dernières prouesses vocales, mêlées au travail multi-numérico-instrumentiste de Danial Stricker (il a travaillé sur le dernier Sébastien Tellier, pour Kid Cudi ou encore pour SebastiAn). Le résultat : une transe musicale où répertoire classique dissone avec une électro-house planante sur “Y&I”, plus délirante sur “Don’t Know Who My Friends Are” et même du hard rock sur “Dolls World”. Sans oublier : la veste de moto avec ses lasers intégrés, les machines à fumées dans le dos de Byron, et le casque de réalité virtuelle utilisé comme thérémine 3.0 par Danial. Finalement, on s’en sort bien. 

Medley de Ö, les brnaleurs sont de sorties

Une dernière pause pipi interminable, et nous nous faufilons dans la fosse, en espérant que le système-son ne fasse pas des siennes. On croise quelques t-shirts “I love NY”, avant d’apercevoir le batteur Rythm Luna, leur DJ, Luka, Jackson avec sa guitare, ses machines et Shanny en première ligne. Elle entonne les paroles de “Mothers”, leur tout premier single sorti sur les plateformes. Lui a enfilé son meilleur long sleeve et son fidèle bob, elle, vêtu d’une tenue entièrement noire, sautillant de part et d’autre de la scène. 

Fcukers © Boris Halas
Fcukers © Boris Halas

S’ensuit littéralement la tracklist de Ö qui défile sous nos yeux — ou plutôt dans nos oreilles. On commence par “Beatback” — et l’on aurait aimé voir cette bonne vieille copie du danseur takeSomeCrime, présent dans le clip — avant d’entonner les lettres “L.U.C.K.Y”, avec Jackson qui s’amuse au travers de son vocoder. Les petits arrangements live font leur différence, comme sur “if you wanna party, come over to my house”, où les notes de synthés furtives apportent toujours plus de folie au quart d’heure club auquel on est en train d’assister. Jackson finit par enlever sa veste, partage le devant de la scène avec Shanny, et s’amuse à imiter le lever d’une moto-cross avec ses poings. Beauf et sexy, comme on dit à New-York.

Ces douceurs nous vont à ravir

Heureusement, on a eu le droit à des petites douceurs, comme “I Don’t Wanna”, ou un morceau issu des débuts du groupe, jamais sorti, que Jackson dédie à sa tante et à son cousin, présents dans la salle. Le duo partage un petit moment de gratte, et ce n’est pas pour nous déplaire. Des moments plus intimistes, qui rattrapent le manque de puissance de certaines parties. Le vrai plus : les samples de scratch, préparés en amont du live, apportant encore plus cette couleur DIY, avec Shanny et Jackson comme MC’s improvisés. La version live de “Getaway” devient un hymne à New-York, tandis que Jackson enchaîne les vrilles — une grande toupie, en quelque sorte.

Fcukers © Mathieu Zazzo
Fcukers © Mathieu Zazzo

“Fuck Donald Trump !” et merci Angèle

Les morceaux s’enchaînent, les prises de paroles sont rares, mais quand il y en a, rien n’est laissé au hasard : “Fuck Donald Trump” lance Jackson. La foule répond volontiers avec un champ de doigt d’honneur. Les stroboscopes multicolores resplendissent d’autant plus sur “Homie Don’t Shake”, et les deux compères ne finissent plus de bondir sur la scène, surtout quand le refrain de “Bon Bon” est beuglé par toutes les chipies trentenaires du public : “Go to the beach and i getcha bon bon” — Jackson a failli perdre sa serviette.

Trois minutes avant la fin du concert, Shanny prononce sa première phrase : “C’est la dernière chanson, et celle-là, on ne l’a jamais faite sur scène”. L’âme de Justice sort enfin de cette scène, leur remix de “What You Want” se fait entendre, et l’arrivée d’Angèle surprend toute la salle. Non pas pour la prestation extraordinaire, mais pour la simple et bonne raison qu’une partie du public n’a toujours pas compris qui était le fameux guest de cette fin de concert. “Ah, c’était Angèle !?” s’exclame enfin l’un d’eux, une fois la sortie atteinte. 

Notre FOMO constante nous dit que nous sommes tout de même satisfaits d’avoir entendu la folie Fcukers de nos propres oreilles, ses racines 1990-2000 célébrant à la fois la Big Apple, la bass music, l’électro, le trip-hop et la French Touch. Oui, tout ça en même temps. Pas d’after au Silencio pour nous, mais le silence d’une bonne nuit de sommeil, des images de clubbing plein la tête.