Que ce soit — enfin — le week-end ou — déjà — la fin des vacances : on a une bonne nouvelle. On a épluché pour vous les sorties de la semaine et sélectionné la quintessence de ces dernières. Visiblement les artistes en question n’ont pas de temps mort : entre tournée des festivals et promotion de leurs nouveaux projets. Et c’est tant mieux pour nous ! Dans la tracklist, nous avons : le RnB aux sonorités club de Jorja Smith, la pop arabe et sentimentale de Saint Levant, le grandiose ambient de Lusine, la transe survoltée de Supergloss et CIS, et enfin, l’indie pop analogique de Westside Cowboy. 

Jorja Smith – What Are the Odds 

La chanteuse britannique révélée par le single “Blue Lights”, il y a de cela dix ans, livre son nouvel album composé de 12 titres. Pour ce projet, elle a de nouveau travaillé avec le producteur P2J avec qui elle avait notamment collaboré pour « Little Things ». Les sonorités sont pour la plupart tournées vers le club, avec des influences UK Garage, Grime, 2-Step, mais aussi Soulful House et Afro House.

Sur le single “I lied, You lied”, la chanteuse se confie sur les schémas amoureux néfastes dans lesquels elle a été prise : entre mensonges, dissimulations et tentatives d’y voir clair. Pour nos lecteur·ices pris·es dans les mailles du filet, on vous conseille d’en prendre de la graine ! La production mêle musique électronique, piano et saxophone. Quant à “Alive”, seul et unique feat, avec Wizkid, les deux artistes nous emmènent sur une promenade avec un groove lent et doux, c’est une chanson d’amour qui donne la sensation d’un câlin tout chaud. On n’est pas contre, dans ce monde de brute. 

Saint Levant – Afandi

Marwan Abdelhamid, chanteur et compositeur palestinien, est un « Arab lover boy » certifié, bien identifié de la scène pop arabe internationale. Il assume une identité romantique, raffinée et sensible. Vous l’aurez compris, l’artiste est un néo-dandy – Afandi est d’ailleurs un terme qui pourrait se traduire comme gentleman. Né à Jérusalem pendant la deuxième Intifada, d’une mère franco-algérienne et d’un père serbo-palestinien, il a passé une partie importante de son enfance à Gaza. 

Pour ce deuxième album, ce sont ces racines qu’il met à l’honneur. Nous le connaissions pour ses chansons multilingues, partagées entre français, anglais et arabe. Ici, le chanteur a choisi de mettre la langue levantine à l’honneur. Les productions sont empreintes de rythmes et de sonorités caractéristiques de la musique traditionnelle arabe. On va être honnête, on n’a pas compris le sens des paroles. Mais elles transpirent la chose peut-être la plus universelle du monde : l’amour, aussi doux puisse-t-il être. Si vous avez perdu foi en ce dernier, Afandi vous permettra peut-être de la retrouver – qui sait ? 

Lusine – Melting Days

Jeff McIlwain a composé ce dixième album studio lorsqu’il était traversé par le deuil. Dans la description éditoriale de Melting Days, sur Bandcamp, il explique que ce projet lui a permis de passer d’une forme de brouillard mental à une forme de clarté. Cet opus est donc intrinsèquement spirituel et cathartique. Au terme de l’écoute des 10 titres qui le composent, une profonde sensation d’éveil et d’apaisement s’en dégage. Il est presque palpable que le producteur soit familier avec la composition de bandes son pour le cinéma – il a notamment travaillé avec le réalisateur David Gordon Green sur Snow Angels.

Bird’s Eye”, nous plonge dans une mélodie lumineuse et aérienne, ponctuée de lentes et profondes basses, comme un cœur qui bat. Le tout est surplombé d’une fréquence longue qui pourrait se confondre avec le murmure d’une voix humaine. “Farewell” se constitue d’une fréquence continue hachée, qui semble avec du mal à se frayer un chemin, elle sonne entravée et balbutiante. Puis, elle prend petit à petit de l’ampleur et de la légèreté au fur et à mesure des secondes et des minutes, comme si elle passait de l’état glacé et figé à un état gazeux et mouvant. “These Walls” respire l’entrain et l’émotion, il est gorgé d’accords lumineux. Si l’espoir avait un son, ce serait très certainement celui-ci. 

Supergloss & CIS – X-IZE05

3… 2… 1… Décollage ! Nous voilà catapulté·e dans le monde des Roland 303, et de la trance galopante. L’EP a été coréalisé entre Supergloss, qui signe les trois faces A, et CIS, qui signe les trois faces B. Elles paraissent sur le génialissime label X-cise, dont la boss est Supergloss. Parlons de la pochette : quel·le « xillenial » ne meurt pas d’envie de se la faire tatouer sur le deltoïde ? À Tsugi, on est super-fans des influences art nouveau, remaniées à une sauce trash, et des couleurs criardes de la culture internet. 

Nous sommes sacrément bien accueillies sur cet EP : “Right here” annonce la couleur, avec une bassline franchement chaleureuse, de succulentes lignes d’acid et une mélodie entêtante. La voix entonne “right here, right now” : voilà qui rappellera à tous les filous du dancefloor de laisser leur cellulaire dans leur poche quand iels assistent à un set. « Mrs. French » nous fait frissonner de bonheur avec son clap et ses drums super efficaces, et une ligne d’acid qui monte crescendo. Quand la musique s’emballe, il en devient impossible de s’empêcher de danser. 

Hadone – Kept What Remained 

En plus d’être un DJ au calendrier bien rempli – il est notamment résident au club Fuse à Bruxelles –, Hadone fait définitivement partie des producteurs de techno fers de lance français. Au cours de sa carrière, il a déjà sorti des projets sur des labels tels que Monnom Black, Mamma told ya, Primal Instincts ou encore Clergy : c’est dire ! Pour cet album de neuf titres, c’est le label italien Sublunar qui lui a accordé sa confiance. 

Le premier track, “Kept what remain”, sous le signe de l’ambiant, nous donne la sensation d’être immergé dans l’océan. Une certaine mélancolie s’en dégage avec des nappes mélodiques et un sound design assez bluffant. À suivre, le titre “It Was Never Really Gone” allie les bleeps caractéristiques de la techno hypnotique, sur un rythme entraînant et une boucle mélodique qui nous garde dans le mouvement. “Red Hour” nous plonge dans une profonde hypnose, avec une bassline et des pulsations régulières. Si l’on devait imaginer le bruit que fait la poussière d’étoile dans l’univers, ce serait certainement le bruit des drums de ce track. 

Westside Cowboy – It Goes On

Le groupe britannique se compose de quatre protagonistes : Reuben Haycocks, Jimmy Bradbury, Aoife Anson-O’Connell et Paddy Murphy. Iels sont peut-être les plus attendrissant·es de Manchester, leur ville d’origine. Leur art se compose d’une philosophie à rebrousse-poil des temps qui courent : une forme de rejet de la culture numérique et de l’hyperconnexion. Ils mettent à l’honneur l’essence du groupe de rock : une expérience collective et physique. 

Pour It Goes On, attendez-vous donc aux traditionnelles batteries, guitares, basses et voix. On y retrouve des influences indies et rock. Une sensation assez prégnante s’en dégage : la montée en puissance. Les morceaux commencent souvent par des accords de guitares mélodieux et sereins. Petit à petit, les percussions s’emballent, et les voix deviennent de plus en plus passionnées. Une profonde mélancolie et anxiété s’en dégage aussi. « Worried age » en est le symptôme : celui des jeunes adultes désenchantés de l’avenir, mais qui se promettent de ne pas jeter l’éponge et de continuer à s’aimer.