Chez Tsugi, on n’a pas froid aux yeux. Intempéries, déluges, tempêtes ou pas, nous sommes au rendez-vous pour vous livrer les fameuses sorties de la semaine. En plus de ne pas être en sucre, nous sommes aussi bigrement généreux·ses puisque ce ne sont pas cinq, pas six, mais bien sept albums et EPs que nous vous présentons aujourd’hui. Sur la table, nous avons : le fantasmagorique album de Turnstile remixé par une ribambelle de génies du son, le rock philosophique d’Interpol, la pop rétro d’Isolde Lasoen, la house ensoleillée d’Emma B, la pop sensible et saturée de LA Priest, les synthés sombres de la compilation STATEMEANTS 12:9, ainsi que le rock marin et psychédélique d’Allah-Las.
Turnstile – NEVER ENOUGH: VERSIONS
Nous préférons vous prévenir : cette œuvre est dense. Très dense. Non seulement parce qu’elle est composée de 22 remixes de l’album NEVER ENOUGH, mais aussi parce que ces derniers sont fondamentalement excellents. C’est ce genre de projet, dont on découvre un nouveau détail à chaque écoute. Depuis l’annonce de cet album de remix, une question restait en suspens : quelle allait être la répartition des 23 artistes prévus sur la liste, tout en sachant que l’album en question n’e comporte que 14 morceaux ? Nous avons à présent la réponse : certains titres font l’objet de plusieurs remixes, comme « Sunshower« , qui a été réinventé à la fois par Angel Du$t, mais aussi Nourished by Time, dans des versions respectivement hardcore et indie rock. Le risque aurait pu être une forme de redondance, mais loin s’en faut. Au contraire, une complémentarité des points de vue musicaux se met en œuvre et c’est – très – intéressant de constater les différents univers qu’ils apportent.
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Tsugi vous fait un petit panorama – non exhaustif – de ses coups de cœur. Floating Points a notamment livré une masterpiece de plus de sept minutes, reprenant “SOLE”. Le track y est réinventé dans une succulente sauce acid, avec un beat profond évoquant la dub. Four Tet, quant à lui, a remixé “LOOK OUT FOR ME” sur un beat de house, irrémédiablement entraînant, avec la voix du chanteur du groupe, Brendan Yates, empreinte d’une vertigineuse reverb. Le compositeur et trompettiste Brandon Woody s’est emparé de “DREAMING”. Le résultat est à couper le souffle – on n’exagère même pas un peu – et il porte bien son nom car c’est le morceau parfait pour le laisser glisser dans une douce rêverie, avec ses accords de trompette et de piano jazz. Elton John a prêté sa voix au morceau “SEEIN’ STARS”, les deux générations se complètent à merveille et apportent une émotion particulière qui enrichit le morceau, notamment avec la mélodie de piano qui n’est pas présente sur le morceau original. Oklou arrive pour tout smasher avec une exquise délicatesse sur le titre “LIGHT DESIGN”. Les arrangements sont tout simplement incroyables. Nous sommes catapultés dans un monde où la pesanteur n’existe plus et où le temps se dissipe au ralenti. Émotion garantie.
Interpol – This Mirror Weighs a Ton
Citez un groupe sur les routes depuis plus de trois décennies, qui continue d’embarquer les jeunes générations sur ces dernières ? Interpol en fait assurément partie. Cet album a été produit par Andrew Wyatt, qui a notamment travaillé avec Rosalía ou Charli XCX. Il a d’ailleurs été enregistré dans son studio du Lower East Side de Manhattan, là où tout a commencé pour le groupe. Retourner à leurs racines a constitué une parfaite occasion pour les cinq membres d’expérimenter musicalement. Les paroles constituent un miroir tourné vers les paradoxes du monde qui nous est contemporain : il articule des thématiques liées à l’identité et à la quête de sens, dans un contexte politique mondial qui met l’emphase sur le contrôle des individus, notamment au travers du numérique.
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Le premier titre en est le symptôme : “This Mirror Weights a Ton” nous plonge dans un rythme lent, propre à l’introspection, sur fond de batteries et de synthés. Le clip de “Wings on Fire” reprend largement des codes de films hollywoodiens de la deuxième moitié du siècle passé, qui pourraient être ceux de Clint Eastwood. On y retrouve les protagonistes du groupe avec de longs trenchs, des perfectos ou des lunettes d’aviateur. Quant aux sonorités du morceau ? Les voix sont filtrées, les guitares saturées à point, le tout est surplombé d’une reverb parfaitement calibrée. Le groupe sera présent dimanche 30 août à Rock en Seine, un moment de choix pour découvrir l’album en live !
Isolde Lasoen – My Kind of Drama
En voilà une musicienne aux multiples casquettes ! Isolde Lasoen est essentiellement connue pour ses performances à la batterie, mais elle est aussi multi-instrumentiste, chanteuse et compositrice. Elle a étudié au conservatoire de Gans, où elle a acquis un solide bagage de jazz, avant d’être batteuse de nombreuses années pour l’artiste Daan. Elle a également mis ses compétences de multi-instrumentiste au service d’artistes comme Agnes Obel ou Novastar, et lancé son projet solo en 2012 avec son EP L’inconnu.
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Pour My Kind of Drama, elle revient avec dix titres sous le signe d’influences French Touch, d’une pop entraînante et amoureuse, ainsi que de claviers aux mélodies entêtantes. Les paroles se scindent en anglais et français. “Echo En Toi” nous conte l’histoire d’un flirt incertain et pourtant un poil addictif, dans lequel la chanteuse et compositrice se lance à corps perdu. “Perception” nous plonge dans des synthés sombres et mélancoliques, avec un boom-clap qui nous immerge dans le mouvement. À la fin de l’écoute, nous avons une sensation d’album complet qui nous fait passer par tout un tas d’émotions : la passion, la nervosité, mais aussi l’espièglerie.
Emma B – Summer 90’s
La productrice et DJ originaire du sud de la France, Emma B, sort un EP 4 titres sur le label lisboète Hungry4. Elle y fait revivre la house caractéristique de l’île où le soleil ne se couche jamais – nous avons bien nommé Ibiza. Le premier track invite la chanteuse Lucile au micro, qui y entonne les vocals “Ibiza 90’s”. La production se compose d’un beat de house et de synthés évoquant l’italo-disco. Le track se scinde en deux parties par un long break, jouant entre la tension et le relâchement.
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Le second morceau, “The Rythm”, invite la chanteuse Bandite, qui nous entraîne avec sa voix bigrement charismatique – elle pourrait dire n’importe quoi que l’on acquiescerait certainement de rapides hochements de tête. La production respire le dancefloor et les verres à pied remplis de champagne. “Get Up” se caractérise par des sonorités de trance des années 1990, d’un beat de house et de synthés rétros. Le quatrième track est un remix de “Get Up”, par le producteur et DJ néerlandais Alec Diennar. On y retrouve des sonorités de French Touch notamment. Un bon projet pour refléter le soleil des vacances dans la rentrée !
LA Priest – Into The Sky
Le Britannique LA Priest, Sam Eastgate de son vrai nom, nous livre un projet singulier et sensible. Avant de se concentrer sur son projet solo, il a été partie prenante du groupe Late of the Pier. Il est notamment reconnu pour construire lui-même ses instruments et ses machines, donnant à ses productions une signature singulière. Son album GENE, paru en 2020, a d’ailleurs été produit à partir d’une boîte à rythmes modulaire qu’il a conçue et construite lui-même à partir de 150 circuits électroniques.
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Ce nouvel album de dix titres nous plonge dans une pop placér sous le signe de la musique électronique. Il a été coécrit, coproduit et mixé par Boyz Noise. À l’écoute, nous ressentons la musique de LA Priest et James Blake comme voisine : que ce soit dans les productions électroniques ou les paroles gorgées de sentiments. “No Other” nous propulse dans un univers doux-amer et saturé. Le chant est définitivement capiteux et nous captive dans l’énergie du morceau. “Into The Sky” apporte du contraste à cette mélancolie, qui se retrouve en filigrane de la plupart des morceaux, avec une énergie plus club et un BPM plus rapide.
Various Artists – STATEMEANTS 12:9
Voici le troisième chapitre de STATEMEANTS, qui paraît sur le label Meant, s’autoproclamant “fabriquant dysfonctionnel de disque depuis 2008”. L’EP, difficilement classable, se compose de quatre tracks, dont le fil rouge est les voix filtrées, ainsi que les synthés sombres qui rappellent les années 1990. La première s’entame sur le “9TH STATEMEANT”, nommé “Dogs From Hell”. Les producteur·ices se composent du groupe GOSTHER et de l’actrice Agathe Rousselle au chant. Le début associe de l’acid à des percussions qui semblent être faites sur des surfaces de bric et de broc, surplombé de sons caractéristiques du noise. Petit à petit le morceau prend de l’ampleur au fur et à mesure des refrains entonnés, pour devenir une danse de sons lugubres et puissants.
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Le “10TH STATEMEANT”, nommé “Consciousness”, se compose d’une boucle entêtante et de discrets éléments percussifs gardant une tension constante, les paroles entonnent un refrain enivrant. Le “11TH STATEMEANT”, bien nommé “Looking for Joe”, a été produit par Agathe Mougain. Il est doté d’un BPM lent, qui ancre bien dans le groove du morceau, avec des synthés qui font penser à la musique de films d’enquête des années 1990. Le dernier morceau sample le track de Jimmy Edgar, “Strike”, couplé à un clavier muni d’une très basse fréquence, de même pour la basse. Le refrain entonne “a magical ability” et son fond dans la production au fur et à mesure des répétitions.
Allah-Las – Sirenas
Si vous ne le connaissez pas encore, Allah-Las est un groupe de rock psychédélique californien, actif depuis presque vingt ans. Il se compose de Miles Michaud, Pedrum Siadatian, Spencer Dunham et Matthew Correia. Ils se sont rencontrés alors qu’ils travaillaient chez Amoeba Music, un célèbre disquaire de Los Angeles. Leur musique évoque un univers cinématographique californien : l’eau salée dans les cheveux, le soleil rasant la mer au coucher du soleil ainsi que les vans sur lesquels trônent des planches de surf rongées au gré des vagues. Ils ont d’ailleurs participé à composer la bande son du film de surf Self Discovery for Social Survival, en 2019.
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Pour Sirenas, ils livrent un sixième album de dix titres particulièrement contemplatifs, aux ambiances douces et chaudes. Ils expliquent qu’il est né de sessions d’improvisation et d’intuitions. Un album spirituel donc, avec des basses chaleureuses, des guitares aux accords méditatifs, des percussions qui nous plongent dans une cadence cotonneuse et des synthés lumineux. Le clip de “Snakes of Hydra” constitue une bonne synthèse de cette atmosphère, avec des couleurs chaudes et saturées, une ambiance rétro et marine, sous le signe du voilier et des palmiers : fermez les yeux, vous y êtes ?




























































