Bandcamp, Discogs, et toutes les plateformes de vente direct-to-consumer pourraient se retrouver fragilisées par une nouvelle régulation européenne concernant la gestion du packaging. Shawn Reynaldo, journaliste musical, nous informe du danger économique qu’elle représente. Tsugi décrypte. 

Alors que l’information est passée à travers les mailles du filet de la presse, tant généraliste que musicale, ces nouvelles réglementations du PPWR — Packaging and Packaging Waste Regulation — concernant le packaging de colis pourraient bien tuer les petits labels et tous les vendeurs vivant du modèle direct-to-consumer. Mais alors, qu’est-ce qui va changer concrètement ?

Quelles sont les modalités ?

Le PPWR est entré en réglementation le 12 août 2026 et remplace une directive datant de 1994, sûrement considérée comme obsolète. Ce règlement européen vise à réduire les déchets d’emballages ayant fortement augmenté depuis l’arrivée du e-commerce. Trois des nouvelles règles sont les suivantes : les matériels doivent être conçus d’une manière à pouvoir être recyclés, le plastique utilisé doit contenir un pourcentage de PCR — matière recyclée post-consommation — et un certain type de plastique non recyclable doit être formellement abandonné.

Il est important de noter que, même si certaines réglementations s’appliquent déjà, une grande partie de ces dernières ne sera réellement effective qu’à partir du premier janvier 2030. Alors, dans un contexte écologique global toujours plus tendu et urgent, ces réglementations sont nécessaires à la construction d’une économie plus respectueuse de l’environnement. Pour autant, la manière dont elles ont été amenées soulève des dangers pour les petites infrastructures, notamment les labels et artistes indépendants.

Les mastodontes et les précaires dans le même bateau

Ce règlement s’applique d’un côté aux producteurs des emballages, mais aussi à toutes les entreprises qui expédient ces packagings — et donc les potentiels déchets — vers et au sein même de l’Union Européenne. Dans cette réglementation, les vendeurs sont considérés comme étant les producteurs et portent donc la responsabilité des emballages. On ne parle pas que des entreprises mais aussi des particuliers, et ce, même si ces derniers ne sont pas basés au sein de l’Union Européenne. Une première problématique s’impose : aucun seuil minimal de vente n’est mis en place pour ces règles. Le label qui se démène à vendre quelques vinyles dans l’année, ou le collectionneur qui fait son business sur Etsy, suivra les mêmes réglementations que des géants de l’e-commerce comme Amazon.

L’addition s’il vous plaît ?

Globalement, les frais des entreprises et particuliers souhaitant vendre en Europe vont augmenter, mettant à mal les plus petites structures. Dès qu’un vendeur souhaitera expédier dans un autre pays que le sien en UE, il devra désigner un « représentant autorisé » du pays, c’est- à-dire un mandataire, bien évidemment payant. Un guichet unique européen ? La bonne blague, le mandataire doit être différent pour chaque pays, respectant ses propres modalités bureaucratiques et avec ses tarifs propres. D’après Shawn Reynaldo, les prix pourraient varier de 140€ à 1000€ en fonction du pays. Multiplié par 27 si l’entreprise souhaite livrer dans tous les pays membres de l’UE, les zéros commencent à s’accumuler…

Mais dans le cas où les vendeurs refuseraient de s’aligner, des amendes astronomiques — on parle de 200 000€ en Allemagne — tomberont. À cela peut aussi s’ajouter une interdiction de vente. Dans tous les cas, les petites structures aux faibles moyens économiques semblent condamnées.

Une réglementation paradoxale

En effet, ces réglementations, qui ont du sens pour restreindre la pollution des énormes entreprises, avec des expéditions à la chaîne, vont — et c’est un fait — davantage affecter les petites structures n’ayant ni les moyens financiers ou humains de garder la tête hors de l’eau. Cette hausse des prix va alors ricocher sur les prix d’achats des clients, qui se plaignent déjà des frais de port élevés. De nombreux labels indépendants et boutiques en ligne comme Stickman Records ont déjà suspendu leur envoi en Union Européenne, et il ne saurait tarder avant que d’autres soient démotivés, mais surtout dans l’incapacité d’expédier en UE. La disparition de ces écosystèmes indépendants représente un danger dans l’industrie musicale, de plus en plus monopolisée par les grands groupes suivant des dynamiques et rouages toujours plus ancrés dans le capitalisme.