Aujourd’hui, malgré un soleil resplendissant qui recouvre la capitale, nous voilà enfermés dans une pièce sans fenêtres pour vous trouver les toutes nouvelles sorties qui viendront rafraichir vos playlists. Au programme de cette semaine : le shoegaze grandiloquent de M83, les textures organiques de MZA, les images mentales de Charles Dollé, la disco de Chloé Caillet, le jazz hybride de Léon Phal, l’electronica de Blossom Hill, l’expérience post-club de UCHE YARA et l’indie Rock de Girls in Hawaii.
M83 – I Wrote You A Letter
I Wrote You A Letter prend le temps de murmurer à l’oreille son ambition de retour aux sources et de lâcher-prise. Les sonorités shoegaze, mêlées aux vents et à une texture électronique, donnent l’impression d’une crépine venue enrober sa caillette : pour celles et ceux qui ne l’ont pas, que tout est à sa place. L’album oscille ainsi entre une sensation d’immense légèreté, comme une marche au-dessus des nuages, et une forme de nostalgie adolescente, celle d’une chambre où les interrogations sur l’avenir ne cessent de résonner.
- À lire sur tsugi.fr : Mort de Mark Hollis (Talk Talk), le musicien qui aura influencé de Sigur Rós à M83
Fort de ses vingt-cinq ans d’expérience, M83 délivre un dixième album accompagné de réflexions sincères sur l’évolution de l’industrie musicale. Le Français, accompagné par Benoît de Villeneuve, mêle critiques acerbes d’une nouvelle forme d’exposition de l’intimité et dénonciation d’une pression toujours grandissante dans un milieu pourtant censé prôner la liberté de créer. L’album prend tout cela à contrepied en se libérant du schéma classique de la promotion pour proposer à la place des titres plus confidentiels. L’ouverture sur « Blister Sunrise » laisse croire à un imposant album shoegaze, mais il ne faut pas s’y tromper : ce n’est qu’un leurre. Dès le deuxième morceau, « Opera », les sonorités et textures électroniques prennent le pas pour dévoiler l’entièreté de l’éventail que le projet a à offrir. I Wrote You A Letter trouve ainsi les mots justes pour émouvoir, surprendre et insuffler une envie de créer sans se soucier des contraintes qui entourent aujourd’hui la musique.
MZA – Sweat & Wet
DJ et productrice parisienne, MZA revient avec un EP taillé pour le club, sorti chez Smile Sessions. Le premier titre éponyme et son groove hypnotique reproduisent une nuit sans fin, qui ne s’essouffle à aucun moment durant les quatre morceaux. Un tunnel de sonorités physiques qui donnerait le courage à quiconque de libérer son corps au milieu d’une foule ébahie devant ces textures enveloppantes.
- À lire aussi sur tsugi.fr : MZA : « Je veux me différencier de la techno droite et linéaire »
Avec Sweat & Wet, MZA façonne une musique organique et moite, où les percussions s’entremêlent à des textures brutes et mouvantes. Les morceaux semblent évoluer dans une brume permanente, entre tension et relâchement, sans jamais véritablement rompre le fil qui les unit. La productrice construit ainsi une atmosphère presque irréelle, où chaque élément paraît avoir été pensé pour prolonger le mouvement, les basses maintiennent le cap tandis que les détails sonores apparaissent et disparaissent au fil de l’écoute. Une proposition immersive et sensuelle, parfaitement calibrée pour les espaces intimistes et les heures où le club commence à perdre toute notion du temps.
Charles Dollé – Panthère à la fenêtre
Après deux EP, Charles Dollé passe à l’album avec Panthère à la fenêtre publié chez Tricatel. L’artiste qui se décrit comme un “compositeur qui chante” semble ici s’affranchir de la pression de l’industrie pour laisser les morceaux suivre leur propre chemin. “Faux départ”, premier titre du projet, donne le ton en assumant un besoin de recherche et de nouveautés.
Entre indie pop, soft rock, électronique et ambient, Charles Dollé construit un disque aux contours mouvants, où les paysages sonores prennent autant de place que le reste. Les cordes, les ondes Martenot et les arrangements électroniques s’entremêlent pour offrir à l’ensemble une dimension très visuelle. Une musique capable de passer de la mélancolie à la frénésie sans jamais perdre cette sensation de flottement. Entre le groove de “Stroboscope” et les refuges apaisés des “yeux mimosa”, Panthère à la fenêtre ressemble finalement à une collection d’images mentales mises en musique.
Chloé Caillet – Dance Again
Chloé Caillet revient avec Dance Again, un nouvel EP sorti sur Ninja Tune. Ce dernier semble avoir été pensé comme une invitation à retrouver le plaisir le plus élémentaire du dancefloor : danser. Nourri par la culture club new-yorkaise, la French Touch, la new wave et la disco, le projet navigue entre house, rave et sonorités plus leftfield sans jamais perdre de vue son objectif premier : faire bouger les corps.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Myd, la nuit lui appartient
Dès « After Dark », l’EP installe une ambiance nocturne où les influences se mélangent sans chercher à choisir entre élégance et efficacité. « Lemme Dance », avec Myd, pousse davantage du côté disco tandis que « Change », construit avec Luke Alessi, prolonge cette volonté de mêler groove et textures électroniques. Les différents morceaux paraissent ainsi appartenir à une même nuit, avec ses moments d’euphorie, ses respirations et ses changements de rythme. Ici, les influences des années 1980 et de la dance des Baléares se rencontrent dans une production pensée pour être vécue. Un EP solaire et physique, où la nostalgie d’un dancefloor sans téléphones rencontre les codes d’une scène électronique contemporaine.
Léon Phal – Bodies & Ideas
Et si le jazz avait été la langue que Dieu avait oublié de brouiller à Babel ? Léon Phal semble avoir fait de cette idée un terrain de jeu. Saxophoniste, compositeur et producteur, il s’est imposé comme l’une des figures les plus singulières de la nouvelle scène jazz française. Après l’acclamé Stress Killer et un EP remarqué en collaboration avec Folamour, le musicien revient avec Bodies & Ideas, un album de dix titres où le jazz refuse une nouvelle fois de rester enfermé dans sa propre langue.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Les inspirations de… Léon Phal
Groove, néo-soul, rap et musique électronique se rencontrent ici sans jamais donner l’impression de forcer le dialogue. Chaque influence apporte son propre vocabulaire, rapidement absorbé par les improvisations et les rythmiques de Léon Phal. Le jazz devient alors moins un genre qu’un moyen de communication. Bodies & Ideas ressemble ainsi à une Babel qui aurait réussi. Plus besoin de traduire lorsque le rythme suffit à faire passer le message.
Blossom Hill – Growing Pains
Après Home Colours, Blossom Hill revient avec Growing Pains, un album qui semble avoir été conçu moins comme une démonstration de maîtrise que comme un exercice de lâcher-prise. Écrit en seulement sept jours dans une cabane isolée au cœur des montagnes polonaises, le disque est né d’un besoin de s’éloigner du bruit quotidien pour laisser les idées apparaître sans les forcer. Aux côtés de Wilson Bradbury, 29 esquisses ont ainsi vu le jour avant de se transformer en neuf morceaux.
Cette méthode imprègne directement l’album. Blossom Hill s’inscrit dans la lignée d’une electronica nourrie par la culture club britannique du début des années 2010. Les productions oscillent entre euphorie, introspection et curiosité, avec une attention particulière portée aux espaces laissés entre les sons. De « Public People » à « Two Dogs in a China Shop », Growing Pains avance comme un carnet de route sans destination précise, comme une invitation à accepter l’inconnu plutôt qu’à vouloir constamment le résoudre.
UCHE YARA – BODYSCANNER
La chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste de seulement 21 ans, UCHE YARA, sort ce vendredi son tout premier album studio sous le label goldendays FM. Basée à Berlin, l’artiste d’origine autrichienne et nigériane s’était déjà faite repérer en étant la première partie de groupes prestigieux comme les Rolling Stones ou Parcels.
Conçu comme une expérience “post-club” selon elle, l’album aborde la culture de la fête d’une manière profondément introspective, physique et politique. Écrit et produit sur une période de deux ans, le disque est né du sentiment d’exclusion et de déconnexion de l’artiste face à la culture club traditionnelle de Berlin. L’album ne se cache pas d’entrechoquer textures électroniques, basses hypnotiques, riffs de guitare bruts au même titre que les paroles. Entre émancipation et joie, entre contrôle et abandon, ce disque a tout pour mettre un coup de pied dans la fourmilière à la scène moderne.
Girls in Hawaii – Eldorado
Le groupe belge Girls in Hawaii revient dix ans après Nocturne pour un album retrouvailles nommé Eldorado. Ce retour à l’essentiel naît après une période de doute et la disparition de leur manager historique Pierre Van Brakel. Cet album va trouver son origine à la suite de la série de concerts célébrant les vingt ans de From Here to There. Le groupe retrouve une énergie sur scène qui mènera à la création d’une trentaine de démos se métamorphosant à force d’écrémage en ce tout nouveau Eldorado.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Girls in Hawaii offre un clip sans dessus dessous
Sorti chez Capitaine Records, ce disque explore les grandes questions de notre époque telles que l’urgence climatique, l’épuisement, les séparations et la recherche de sens dans un monde instable. Chaque morceau part à la recherche d’espoir, d’une lumière qui permette de continuer à avancer. Cette indie pop mélancolique et lumineuse célèbre le courage de continuer à créer.




























































