Avec Blunt Love Trauma, son premier album dévoilé le 16 octobre 2026, Violet Indigo brouille les frontières entre pop et musiques électroniques. Entre footwork, drum and bass, reggae, indie rock l’artiste franco-américaine compose un disque hybride et introspectif, où les contradictions personnelles côtoient une bonne dose d’autodérision. Rencontre avec une musicienne qui préfère explorer tous les genres plutôt que de se laisser enfermer dans un seul.
Quel est ton parcours artistique ? Comment Violet Indigo est-elle née ?
J’ai grandi seule avec YouTube, à regarder des films et à apprendre à me maquiller. Mes premières idoles, c’étaient Amy Winehouse et Lady Gaga, des artistes très flamboyantes. Ça se ressent encore dans mon esthétique, notamment dans mon trait d’eye-liner (rires). Mon père est jazzman et il m’a toujours dit que je ferais de la musique. J’ai commencé par le rock, puis le jazz, avant de découvrir le hip-hop des années 1990 et la soul. Après le bac, je suis entrée au conservatoire en jazz.
Tu as donc grandi avec un père pianiste de jazz. Comment cette éducation musicale a-t-elle influencé tes goûts, jusqu’à t’amener vers la musique électronique ?
C’est pendant le Covid que j’ai commencé à mixer, presque par hasard, parce que des amis m’avaient proposé d’ouvrir une soirée. J’ai appris en quelques mois, puis j’ai passé le confinement à mixer chez des gens. C’est là que j’ai commencé à découvrir la musique électronique et à explorer des genres que je connaissais mal. J’ai notamment découvert la richesse de la musique anglaise, ses sonorités et ses liens avec les musiques afro-américaines. Je me suis rendu compte qu’on pouvait créer des ponts entre une voix, une production électronique et des guitares. En m’intéressant aux origines des genres, j’ai aussi compris qu’ils étaient tous liés à une histoire culturelle.
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Mon père a une vision assez tranchée de la musique. En dehors du jazz, il considère un peu que tout est nul ! Au début, j’étais donc assez dubitative face aux kicks et aux ambiances électroniques. Puis j’ai commencé à m’y intéresser et j’ai compris qu’il fallait parfois un peu de temps pour entrer dans un genre. Je suis très curieuse ! Dès que quelqu’un prend le temps de m’expliquer d’où vient une musique, j’ai envie de creuser. Et comme je parle anglais, j’ai accès à énormément de ressources. C’est de l’information gratuite !

Tu es DJ autant que chanteuse. Comment le mix a-t-il influencé ta manière de composer ?
Quand j’ai commencé à mixer, je trouvais étrange que les DJ se limitent autant à un seul style. On peut aimer le jazz, le hip-hop ou la musique électronique, alors pourquoi entendre cinq DJ jouer la même progression et proposer la même dynamique tout au long d’une soirée ? Je pense que l’album permet justement de s’affranchir de ces contraintes. Je n’ai pas envie de faire un disque où tous les morceaux se ressemblent. Il y a des choses que j’aime dans chaque genre, alors pourquoi m’en priver ?
Évidemment, il faut un minimum de maîtrise pour pouvoir naviguer entre plusieurs styles. Mais ça vient avec la curiosité et l’écoute. Sur Blunt Love Trauma, je trouve qu’il y a toujours un lien entre les morceaux, que ce soit ma voix, les accords ou les rythmes. Même quand on part dans tous les sens, tout reste connecté.
Ton album passe du footwork à la drum and bass, du reggae à l’indie rock. Quel est le fil conducteur entre tous ces morceaux ?
Pour moi, c’est de la pop à travers des genres musicaux parfois moins connus. La pop, au fond, c’est simplement de la musique populaire. Je peux écrire un refrain et une mélodie, puis laisser la production évoluer en fonction de ce que je découvre ou de mes envies du moment. J’aime aussi prendre des sonorités qui appartiennent à un genre et les déplacer ailleurs.
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Le rock, par exemple, a été mon premier amour. J’habite à Rouen, une ville très marquée par le post-punk, mais je trouve que certaines scènes rock se prennent tellement au sérieux qu’elles finissent par rejeter les mélodies pop. Pourtant, il n’y a aucune honte à aller à l’essentiel. J’aime prendre des pièces qui, à priori, ne devraient pas fonctionner ensemble et essayer de les assembler. C’est une sorte de puzzle musical. Et je trouve que le fait de connaître l’histoire de ces sonorités permet justement de mieux les faire dialoguer.
Tu travailles avec Joe Mambo depuis plusieurs années. Comment cette collaboration a-t-elle façonné ta musique ?
On fait de la musique ensemble depuis environ quatre ans. On avait à peu près le même âge quand on a commencé, et on a appris à se connaître en découvrant des genres musicaux, en regardant des films d’horreur ou en cuisinant. Il a un langage harmonique très riche, avec des influences jazz, mais aussi pop. C’est quelque chose qui me parle beaucoup. J’aime les harmonies fortes, sans forcément tomber dans le côté élitiste du jazz. On a appris à se répondre musicalement. Je lui faisais découvrir des styles qu’il ne connaissait pas forcément, il y apportait sa patte, et inversement. Il m’aide aussi à aller plus loin dans mes mélodies. Parfois, je propose une topline et il me suggère de modifier une note pour lui donner quelque chose en plus. Ça permet de dépasser ce que j’aurais fait spontanément.
Derrière l’introspection de l’album, il y a aussi des morceaux comme « Vinted », qui jouent sur l’autodérision. Pourquoi est-ce important de ne pas toujours se prendre au sérieux ?
J’ai fait beaucoup de travail sur moi depuis l’adolescence. Quand tu passes énormément de temps à te remettre en question, tu finis aussi par comprendre qu’il faut accepter de ne pas être parfaite. Tu peux faire des choses qui ne sont pas bien, ce n’est pas grave, tant que tu essaies de comprendre ce qu’il s’est passé pour ne pas recommencer. « Vinted », par exemple, parle de cette contradiction : pourquoi est-ce que je surconsomme des vêtements alors que je suis justement censée acheter de la seconde main ? J’ai beaucoup trop d’habits ! C’est absurde, et c’est aussi pour ça que je trouve intéressant d’en rire.
Je suis attirée par les contradictions. Je peux être très gentille et parfois être une peste, être extrêmement angoissée puis très heureuse. Je suis franco-américaine, je viens du jazz et je fais aujourd’hui des choses qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jazz. Rien n’est parfaitement cohérent, et je trouve ça sain de l’accepter. J’aime aussi les œuvres dérangeantes, notamment au cinéma, avec des réalisateurs comme David Lynch. Il y a quelque chose d’intéressant à explorer des aspects plus sombres de soi-même, à condition de pouvoir prendre du recul dessus.
Dans « Homesick », tu évoques ton rapport à la fête. Comment concilier ton activité de DJ avec un environnement qui peut aussi être anxiogène ?
Quand j’ai commencé à sortir, je n’aimais pas particulièrement la musique des soirées. J’y allais surtout pour voir mes amis, fumer des cigarettes et essayer de me sentir à l’aise avec des gens plus âgés. C’est en découvrant des soirées où la musique me plaisait vraiment que mon rapport à la fête a changé. Aujourd’hui, j’ai besoin que le son soit bon. Mais faire la fête en étant sobre, c’est aussi être confrontée à tout ce qui peut rendre l’expérience désagréable. Les gens qui ne font pas attention aux autres, le son trop fort, les mauvais systèmes sons… On se rend compte que l’expérience ne repose pas uniquement sur la musique.
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En Angleterre, j’ai découvert une autre manière de faire la fête. J’ai l’impression que la culture musicale y est plus transversale, des personnes issues de milieux très différents peuvent se retrouver autour des mêmes artistes. Et il y a davantage d’attention portée aux conditions d’écoute. Un bon système son, ce n’est pas un luxe, c’est une manière de respecter la musique et le public. Il manque aussi, en France, des espaces où l’on peut se reposer, discuter et reprendre son souffle sans quitter complètement la soirée. Tout le monde n’a pas envie de danser pendant six heures. Pouvoir s’asseoir, écouter autrement et prendre soin de soi devrait faire partie de l’expérience.
Qu’est-ce que tu voulais montrer avec ce premier album ?
Je voulais d’abord proposer quelque chose de plus homogène. On m’a souvent reproché d’avoir un projet un peu scindé, avec des morceaux très calmes d’un côté et des titres beaucoup plus énergiques de l’autre. Avec cet album, j’avais envie de montrer que ces deux dimensions étaient liées.
Ça ne m’empêchera pas de faire des morceaux très calmes ou, au contraire, des titres pensés spécifiquement pour le club. Mais je voulais un disque qui me ressemble vraiment, dans lequel on puisse entendre tout ce que j’aime. Avec Joe, on voulait surtout s’amuser et faire de la bonne musique. On a essayé de créer un objet dont on puisse être fiers, sans chercher à reproduire une formule. Et j’avais aussi envie de montrer qu’en France, il y a des artistes qui font des choses intéressantes dans les musiques électroniques, notamment dans la bass music, avec des profils de plus en plus diversifiés.
Et qu’est-ce que tu souhaites au futur de ce premier album ?
J’aimerais que le disque puisse être découvert au-delà de la scène française. Je voulais avoir un projet qui me permette de rencontrer des artistes à l’étranger et de leur montrer concrètement ce que je fais, plutôt que de devoir leur expliquer que j’aime plein de styles sans avoir encore de morceaux qui les réunissent. Au fond, je trouve que la France se prend trop au sérieux pour pas grand-chose. Je veux pouvoir prendre la musique au sérieux sans me prendre constamment au sérieux moi-même.


























































































