On se rappelle de cette époque, pendant laquelle des chaînes de télévision ne diffusaient que des clips matin, midi et soir, et nous, nous étions scotchés devant. Dans l’histoire des clips, certains sont plus intéressants que d’autres c’est vrai, mais des fois, le cinéma s’invite et on adore. Loins d’être cinéphile (on préfère la musique), Tsugi vous a quand même préparé une liste de quelques clips inspirés d’œuvres du septième art, alors sortez le pop-corn et installez-vous confortablement, la salle va s’éteindre. Chut.

Tyler, The Creator – « Lumberjack »  (The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson)

Alors que Tyler, The Creator dirige ses clips, il à l’habitude de s’inspirer de l’univers de Wes Anderson. Il reprend le style du réalisateur des années 1990 pour créer son propre monde cinématographique et on se prend une claque à chaque clips. Le filtre jaune, les couleurs pastels, les plans symétriques, bref, tout ce qui fait l’esthétique de Wes Anderson se retrouve dans la plupart des productions visuelles du rappeur. La scène dans la neige de « LUMBERJACK » est familière non ? Pas photo, le spectateur  est téléporté dans The Grand Budapest Hotel. Le meilleur ? Ce clip n’est qu’un exemple parmi une quantité astronomique de références pointues, alors on vous laisse jeter un coup d’œil par vous même, le détour en vaut la peine !

Blur – « The Universal » (Orange Mécanique – Stanley Kubrick)

Quatre hommes vêtus de blanc, un décor retro-futuriste tout droit sorti des années 1970, le regard kubrikien dans les yeux de Damon Albarn : tout nous rappelle le film classique violent et avant-gardiste de Stanley Kubrick. Le début du clip reprend exactement la scène d’ouverture du film dans le fameux Korova Milk Bar et ses mannequins blancs. À présent replongés dans l’esthétique un peu glauque du film, les éléments de décors lui faisant écho s’enchaînent. Jonathan Glazer — le directeur du clip — n’a rien laissé au hasard, que ce soit avec l’apparition de l’homme en rouge, le trait de maquillage noir sous l’œil droit de Damien Albarn ou encore les plans de coupe orange. Pour le plus grand plaisir des âmes sensibles, Blur n’invite pas la violence dans « The Universal » mais porte le même message morose que le film d’origine : une critique du contrôle social, du conditionnement des esprits et la tristesse d’un bonheur artificielle.

Yoa & Solann – « Thelma et Louise » (Thelma et Louise – Ridley Scott)

Si on vous dit, deux chipies féministes en fuite dans une décapotable en plein désert, vous pensez à… Eh non, on ne parle pas des Thelma et Louise de Ridley Scott mais bien de Solann et Yoa, leurs versions de 2025. Thelma et Louise, c’était le film qui faisait peur aux producteurs car, pour la première fois — attention ça va être très effrayant — les deux personnages principaux étaient des femmes ! Ces deux dames ont alors inspiré Yoa et Solann pour le morceau « Thelma et Louise » et son clip. Dans cette hymne féministe, les deux boss ladies dénoncent deux fois plus fort ce que Thelma et Louise introduisaient : un besoin d’émancipation, de solidarité féminine et de refus de soumission à une société patriarcale oppressive — elles en ont gros sur la patate. Le clip est à voir car, outre le fond, la forme est toute aussi sublime. Pendant ce temps on va aller écouter la musique en boucle pour se défouler un peu.

Charli XCX & Iggy Azalea – « Fancy » (Clueless – Amy Heckerling)

Comme quoi, même avant BRAT, Charli XCX jouait déjà aux garces. Retour en 2014 avec le clip de « Fancy », qui met en scène Iggy Azalea et Charli XCX en tant que reines du lycée, mais pas n’importe lequel. Ce clip, c’est littéralement Clueless 15 ans plus tard : l’ensemble jaune à carreau de Cher, le plan sur le terrain de sport, les tables de la cafétéria, tout est là ! La blonde est bien évidemment Cher, pendant que Charli XCX joue une de ses meilleures amies. Le duo se balade dans les couloirs du lycée, n’écoute pas en classe et devient la version évoluée du duo de la comédie romantique. Des brats avant l’heure.

The Japanese Breakfast – « Be sweet » (The X-files – Chris Carter)

Bon on a un peu triché pour celui-ci en se tournant vers le petit écran plutôt que le grand. Qui se rappelle de la série de science fiction au bord du complotisme The X-files ? De notre côté, on est encore hanté par le sifflement de sa bande-son. Michelle Zauner — alias Japanese Breakfast — aussi puisqu’elle s’est inspirée de la série pour diriger le clip de « Be Sweet ». Accompagnée de sa partenaire — et de perruques bon marché — la chanteuse reprend l’esthétique sci-fi des années 1990, avec beaucoup d’ironie. Le duo s’arrache les cheveux en essayant d’élucider une enquête, on voit des soucoupes volantes, des effets spéciaux un peu catastrophiques et des extra-terrestres en papier mâchés. Le tout est d’une telle mauvaise qualité qu’on ne peut que rigoler à chaque nouveau plan. Même si on adore les chefs-d’œuvre cinématographiques, parfois, ça fait du bien de regarder un clip sans prise de tête, sans trop se prendre au sérieux, et ça, Japanese Breakfast l’a bien compris.

Lana Del Rey – « Doin’ Time » (Attack of the 50 Foot Woman – Nathan Juran)

Dans le clip de « Doin’ Time », Lana Del Rey est une géante et vagabonde dans les rues de Los Angeles. Plutôt que Gulliver, le clip est une référence au clip Attack of the 50 Foot Woman de 1958. La chanteuse américaine reproduit même l’affiche du film en enjambant le périphérique. Dans le film, celle qui grandit à en toucher le ciel profite de ce nouvel avantage pour atténuer sa soif de vengeance. Dans le clip, on comprend que la géante Lana Del Rey est elle-même le personnage du film regardé par une seconde Lana Del Rey blonde platine dans un Drive’in (un cinéma en plein air en américain pour les non-initiés) — ça fait beaucoup de versions de la chanteuse. Le côté revanchard du film reprend le dessus lorsque la première traverse l’écran pour venger son alter égo qui venait de vivre une trahison amoureuse. Et toc !

A$AP Rocky – « L$D » (Enter The Void – Gaspar Noé)

Deux choses importantes avant de lancer ce clip : être dans le noir avec un casque sur les oreilles pour une expérience sensorielle aux petits oignons. Pendant cinq minutes, A$AP Rocky nous emmène dans un voyage psychédélique à base de couleurs saturées et de plans distordus, un visuel qui correspond assez bien à la musique si vous voyez ce qu’on veut dire. Derrière ce clip se cache Enter The Void et sa cinématographie trippante. Avec la salle aux milles lustres scintillent, le personnage féminin fasciné par leurs reflets, les rues fluorescentes de Tokyo et les plans vertigineux, « L$D » nous transporte dans une réalité hypnotisante de laquelle on ne veut pas ressortir comme l’a fait Enter The Void cinq années plus tôt.