Chef oui chef, nous avons quitté la base 217 de Brétigny-sur-Orge après un week-end à La Fête de l’Humanité. Même après 40 milles pas sur les deux jours, il nous a été impossible de jeter un coup d’œil à tout ce que le festival avait à nous proposer. Entre les concerts, les meetings, les talks et les stands aussi entraînants que les têtes d’affiche sur scène, nous avons été aspirés dans ce tourbillon populaire, engagé et, bien évidement, festif. 

Pour ceux qui ne connaissent pas le background de La Fête de l’Humanité, le festival comptabilise 91 éditions depuis 1930. Ce dinosaure, créé par le politicien communiste Marcel Cachin, s’ancre depuis ses débuts dans un mouvement de « solidarité prolétarienne ». Presque 100 ans plus tard, son engagement social et politique ne faiblit pas. Bien évidemment, ce festival nous offre beaucoup de musique — c’est en partie pour ça qu’on est là — mais on y retrouve aussi des spectacles d’arts vivants et du cinéma, avec une vingtaine de films projetés. En bref, il n’y a pas de quoi s’ennuyer pendant ces quelques jours ! Un petit plus — qui joue beaucoup — c’est qu’on y mange très bien ! Alors si vous hésitez encore à prendre vos places pour l’année prochaine, on espère vous convaincre !

À La Fête de l’Huma, on danse partout, tout le temps

Dès notre arrivée à la gare de Brétigny, la house était au rendez-vous. Sous un soleil timide, la ligne de basse nous dictait haut et fort qu’à partir de ce moment, la musique ne nous lâcherait plus d’une semelle. En plus des 60 concerts répartis sur les quatre scènes du festival, le public pouvait être sûr de pouvoir danser à tout moment de la journée, et de la nuit, en arpentant les stands. Que ce soit avec un concert de contrebasse, un autre de Chaâbi rythmé par les claquements de mains, ou devant un set entre acid et bouillon signé Rulieta Popstar, impossible de ne pas se faire happer par un des 350 stands.

fête de l’humanité
Vue de Drone de la Fête de l’Humanité © Fête de l’Humanité

La nuit tombée, les stands les plus vaillants — n’ayant pas tiré leur révérence — se transformaient en mini dancefloor, ambiance salle des fêtes. Le public allait et venait, d’un stand à un autre pour faire communauté le temps d’un morceau, puis deux, ou même trois. Et ce n’est pas parce qu’un concert était en cours, que les festivités s’arrêtaient ! Quelle ne fut pas notre surprise de voir des marionnettes XXL défiler alors que THÉA invitait Rebeka Warrior sur scène seulement quelques mètres plus loin. Alors, si nous pouvons vous donner un conseil pour la Fête de l’Huma : marchez, vagabondez, rentrez dans des chapiteaux et peut-être que vous assisterez à une session de waacking ou à un concert surprise de Planète Boum Boum, qui sait ?

Time to Humacumba !

« Décibels augmentés, bouchons d’oreilles recommandés ». Une fois la golden hour passée, que la nuit s’est déjà bien emparée de la base militaire, la scène Josephine Baker, elle, reste allumée. Cette scène se transforme en temple des musiques électroniques, porté par le collectif Pardonnez-Nous. Alors que Kiddy Smile et LB aka Labat ont fait danser 15 000 férus de bpm élevés le vendredi soir, c’est un line-up 100% féminin qui s’est occupé de nous faire danser le samedi soir. Loin des sonorités médiévales de Perceval du début de soirée, Belaria est passée en mode trance, la fumée autour d’elle lui donnant un air mystique. Quelques minutes plus tard, le set de Vel a hypnotisé le public, au point de lancer une macarena électronique dans le public : 10/10 pour la synchronisation ! C’est Chippy Nonstop qui a lâché le drop de fin avec sa techno hyper bouncy. Dur dur de dire au revoir à La Fête de l’Huma après ça…

Parce que la fête, c’est politique

Ce n’est une surprise pour personne, la Fête de l’Huma est le festival politisé par excellence. De par son affiliation au journal politique de l’Humanité et au PCF (Parti Communiste Francais), on comprend rapidement le positionnement de l’événement. Alors, dans un contexte politique actuel en tension, traversé par la montée de l’extrême droite, par le bafouement de droits humains et une répression accrue des libertés individuelles, chaque concert, chaque DJ-set, chaque conférence, chaque danse sont des actes de résistance. Les drapeaux aux revendications politiques volaient au-dessus des publics. Que ce soit les couleurs de la Palestine devant Ino Casablanca, ou celles du drapeau trans tout au long du concert de THÉA, les symboles de soutien ne disparaissaient jamais.

Depuis sa création en 1930, la Fête de l’Huma invite des figures contestataires emblématiques. Cette année encore, la programmation de Kneecap en tête d’affiche en est la preuve. Quelques minutes avant l’arrivée du trio sur scène, le karaoké du morceau « Porcherie » de Bérurier Noir annonçait déjà la couleur. Ils font leur apparition, un kéfir sur le dos, les enceintes font trembler nos organes et la barricade se met à vrombir sous l’excitation du premier rang. Le trio tout droit venu de Belfast, est au cœur des polémiques depuis 2025 et pour autant, leurs concerts restent des tribunes affirmées en soutien à la Palestine. Ce vendredi soir, les rappeurs ont éteint leurs micros quelques minutes, le temps de laisser parler la présidente de l’association La Palestine Nous Rassemble, pour annoncer l’ouverture du premier lieu permanent consacré à l’association cet automne à Paris.

Le mayhem comme mot d’ordre, les rappeurs ont enflammé la scène Angela Davis. Alors que la sécurité contrôlait — avec difficulté — les pogos, et le public qui se monte sur les épaules, les contestataires sur scène incitaient tout le monde à ouvrir le pit et à faire tout le contraire. Les fumigènes nous donnaient l’impression d’être en manifestation et les musiques électroniques à base de DnB aux basses abrasives on fait danser tous les festivaliers à l’unisson.

Pour certains d’entre nous, cette édition était leur première Fête de l’Huma — pas trop tôt — et une chose est sûre, ce ne sera pas la dernière. Faire la fête, et militer en même temps ? Que demande le peuple après tout ? Alors que 2027 arrive rapidement, et que la tension politique et sociale se fait de plus en plus ressentir, un rendez-vous aussi vieux et engagé que La Fête de l’Humanité est nécessaire, et même vital.

Meilleur moment : voir le public monter un à un sur les épaules des autres, comme des plantes qui poussent pendant le concert de Kneecap.

Pire moment : le RER de 5h11 annulé au dernier moment et devoir attendre le prochain… 50 minutes plus tard…