Lors du festival Peacock Society qui s’est tenu les 10 et 11 juillet, Tsugi a discuté avec GЯEG sur la terrasse du Wanderlust. Alors que son nouvel EP Kas Frekans est sorti, il revient sur la création du projet et sur son univers sonore. 

« Je ne fais que manger depuis tout à l’heure, il faut que j’arrête » nous dis le DJ et producteur mauricien en rigolant. Il est minuit et son set ne commence que dans deux heures à Peacock Society, il faut bien tenir le coup ! Vêtu d’un short adidas et d’un t-shirt blanc, GЯEG nous accueille, un sourire communicatif aux lèvres. Assis en tailleurs sur les bancs en bois de la terrasse du Wanderlust, il s’apprête à nous parler de son nouveau projet Kas Frekans, qui est sorti le 16 juillet 2026.

Trois ans après la sortie de Jazz Net, le membre de Boukan Records nous a ouvert les portes de Kas Frekans avec la sortie d’un double single quelques semaines plus tôt. Dès la première écoute nous comprenons que l’île Maurice et la scène créole restent au cœur de ses productions, tout en brisant — comme à son habitude — les barrières entre les styles musicaux. Rencontre.

GREG
GЯEG © Fanny Viguier
Tu as commencé à mixer à 12 ans, sur l’ordinateur de tes parents. Ça donnait quoi ces premiers mixes ?

Houlla, c’était pas terrible, honnêtement (rires). C’était avec les sons de mon daron, donc ça mélangeait tout et n’importe quoi, mais c’était quand même un bon début pour comprendre ce que c’est que d’être un DJ.

Petit fastforward : comment ton arrivée dans les clubs français avec ta résidence au Rex Club et tes soirées avec LA CREOLE ont influencé tes productions ?

Avant d’arriver en France, j’étais à Maurice, là où je suis né et j’ai grandi. Là-bas c’est très simple, la scène est divisée entre, on va dire, l’électronique, la house, la tech house puis le shatta et le dancehall de l’autre côté. Mon truc, c’est que j’aime les deux (rires) et je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir une soirée où je pouvais jouer les deux en un seul set.

En arrivant à Paris, j’ai compris que c’était possible ! Parce qu’à LA CREOLE, et au Rex aussi, tu peux aller de la techno au shatta en passant par du bouyon. À Paris en général, les gens sont assez ouverts pour que tu puisses créer des ponts entre différents styles musicaux. Arriver ici, ça m’a permis de comprendre que j’avais le droit de me balader et de naviguer entre différents styles.

Tu as créé tes propres soirées, Trasman, entre l’île Maurice et Paris, qui ont eu lieu le 22 novembre 2025 et le 10 janvier 2026. Qu’as-tu ressenti après l’accomplissement de ces événements ?

C’était très intense (rires) ! J’ai appris ce que c’était que d’être organisateur de soirées, promoteur… Ce qui est cool maintenant, c’est que le public commence à nous suivre, il comprend notre direction. Ça nous permet de porter le message que j’ai mentionné avant : on a le droit de tout jouer en un seul set, tout en gardant le public, tout en gardant la vibe. C’est ça qu’on porte avec Trasman.

Entre mixer sur l’ordinateur de ses parents à la cérémonie de fermeture des Jeux paralympiques, il y a un sacré pas en avant. Qu’est ce qui a changé concrètement depuis ce fameux set ?

Il y a beaucoup de choses qui ont changé honnêtement. Jusque-là, j’avais l’impression que ma famille ne comprenait pas trop ce que je faisais. Ils savaient que j’étais DJ, que je faisais de la musique, mais j’ai l’impression que ce n’était pas perçu sérieusement, que c’était plus pour le fun. Depuis la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques, c’est un peu la consécration, tout le monde a accepté que c’était mon métier. Même à Maurice. Quand on y pense, c’est quand même fou… Jouer à la cérémonie, sur un plateau de French Touch et être Mauricien, ça a vraiment mis l’emphase sur mon nom, que ce soit à Maurice ou avec ma famille (rires).

Ton EP Kas Frekans arrive le 16 juillet 2026, trois ans après Jazz Net : qu’as-tu appris pendant ces trois ans, qui t’ont permis de créer ce nouveau projet singulier ?

J’ai pris trois ans à vraiment taffer ce qu’on appelle le sound design et à essayer de trouver mon propre son. Comme sur les deux EPs précédents, j’ai mélangé plein de délires sonores, que ça soit shatta, afro ou dembow avec un côté plus électronique. C’est toujours la même recette, mais plus poussée et mieux faite. Et pendant trois ans, c’est sûr que ça m’a aidé de poncer Ableton. Ce disque, c’est vraiment une évolution des deux EPs qui sont sortis avant.

Tes allers-retours géographiques entre l’île Maurice et Paris se ressentent-ils dans ta façon de composer, entre les morceaux pensés ici et ceux pensés là-bas ?

Le parallèle est toujours compliqué. Oui, je suis un island boy, j’aime le shatta, j’aime le bouyon, évidemment j’aime le zouk, mais j’aime aussi la house de Chicago, la techno de Détroit, la tech house, et c’est toujours un peu la même réflexion, à savoir comment je croise tous les univers ? Comment je fais danser les gens qui aiment ma musique en général, sur plein de vibes différentes ? C’est toujours la même question, c’est toujours la même mission d’essayer de faire comprendre ça aux gens, à travers mes productions et mes DJ-sets.

Peux-tu nous parler de la pochette de ton EP ? On sent que la photo est en mouvement, il y a pas mal de monde, quelle est l’histoire derrière ?

La cover est assez drôle (rires). J’ai une famille de fêtards, que ce soit du côté de ma daronne ou de mon daron. La photo, représente un pique-nique purement mauricien. On va à un spot de plage avec ma famille, et la photo a été prise quand on jouait de la musique dans le bus. En fait, moi je suis tout petit, je ne joue pas de musique, mais je suis juste à côté de mes oncles, qui eux sont en train d’en faire, de chanter des morceaux locaux, des gros hits de chez nous. Et ce qui est drôle, c’est que même si je ne joue pas, je suis toujours présent dans un petit coin, en train d’écouter, en train d’apprendre, et je suis en admiration devant tout ça.

Kas Frekanz - GЯEG
La pochette de Kas Frekans © GЯEG
J’ai l’impression que le double single « bby »« Kas Frekans » nous a offert des sonorités un peu plus sombres que dans Jazz Net ou Eau Coulée Smart City avec des basses un peu plus abrasives et grésillantes, est ce qu’on peut s’attendre à plus de sonorité dans le genre sur l’EP ?

Ouais ça annonce la couleur ! Tout est très sombre, c’est un peu dans mon mood, très répétitif, des mélodies assez simples, très marquées, bien évidemment que ça annonce la suite (rires).

Comment la collaboration avec la légende du shatta Dopeman s’est-elle passée ?

C’est assez drôle, depuis que je fais du son , c’est ma première collab’ officielle avec un Mauricien. Dopeman fait partie d’un collectif qui s’appelle badboi, ce sont les gars les plus chauds niveau shatta et moombahton à Maurice ! Que ce soit Dopeman, mais aussi Da Nillo, Ash ou Nick William, je discute avec tous les artistes du collectif depuis quelques années déjà et je vais tout le temps à leur soirée quand je suis à Maurice.

Alors, la collab’ avec Dopeman s’est faite assez simplement : il m’a envoyé une démo, et j’étais en mode : « gars, j’ai jamais entendu un truc comme ça de ma vie ! ». Son idée m’a inspiré et j’ai essayé de ramener ma patte.

GЯEG
GЯEG © Fanny Viguier
C’est un des premiers morceaux que vous avez composé pour le projet ?

C’est le premier morceau qui était là pour le projet oui. Pareil, quand j’ai fait écouter au label, ils n’en revenaient pas (rires), et ça fait trois ans qu’on l’a. Deux ans peut-être, mais juste on ne savait pas trop où aller, ce n’était pas mixé, pas masterisé, mais c’était là dans mon ordi.

À Peacock Society, on peut s’attendre à un set 100% house de ta part. Comment te sens-tu à propos de la dernière édition de ce festival ?

Forcément c’est triste. J’affectionne Peacock Society depuis plusieurs années, même en étant à Maurice je suivais le festival. Faire un set house c’est très symbolique, parce que c’est un style de musique avec lequel on ne m’attend pas forcément, mais qui m’inspire beaucoup et dont je suis très fan. C’est une grande partie de ma vie. Je suis honorée d’être là, et de faire le closing de ma scène apporte une émotion très particulière.