Décollage imminent pour la quatrième édition du Cercle Festival. Vos tsugistes ont bravé le soleil du samedi et du dimanche 23 et 24 mai pour vous raconter la conquête musicale du Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget. Récit enflammé. 

Par Noah Potloot et Elio Froidevaux

Ici le vaisseau Tsugi, nous arrivons enfin à bord du Cercle Festival 2026. Nous avons été mis en orbite direction les scènes Ariane, A380 et Concorde, pour deux jours de pure house, d’indie dance, de techno et d’EDM. Atterrissage réussi. 

« Ce musée, c’est un lieu qui représente directement l’identité de Cercle Festival. L’invitation au voyage, à la conquête spatiale, c’est un projet qui a toujours essayé de créer de la bonne musique dans le bon lieu », explique Clément Meyere, programmateur musical de Cercle Music depuis peu. Il compte déjà de nombreuses programmations à son actif (Dour Festival, Peacock Society, We Love Green ou encore Yardland), mais ce festival possède une atmosphère particulière : « Il y avait une volonté de la part du site (le Musée de l’Air et de l’Espace, ndlr) d’accueillir des évènements. Cette année, on voulait passer à l’étape supérieure, en ajoutant un jour et en augmentant la jauge, avec plus de 50 000 personnes sur trois jours », détaille-t-il. Le défi est lancé.

Les péripéties des débuts

Quel enfer, ce trajet ! Se faire bousculer par 30°C et attendre 50 minutes pour attraper seulement le troisième bus, c’est le genre de galère classique qui fait partie du folklore, et ça forge notre expérience de festivaliers. L’essentiel, c’est d’être arrivé.

Ce samedi à 14h30, atterrissage sur le tarmac du Musée de l’Air et de l’Espace. Loin de la poussière des événements habituels, ici on danse au milieu de l’histoire de l’aviation, entre des fusées Ariane pointées vers le ciel et des carcasses d’appareils mythiques. Bien que le soleil tape fort et que l’asphalte renvoie une chaleur étouffante, notre frustration du voyage s’évapore dès les premières basses.

C’est au pied de l’Airbus A380, le géant des airs, que notre aventure commence. La scène, entourée de miroirs, nous plonge dans une ambiance axée sur la deep house, la melodic house et l’indie dance. Un warm-up idéal pour faire redescendre la pression du transport. Tandis que la foule s’éveille doucement autour de nous et que les premiers coups de soleil apparaissent, le duo Kasablanca offre un live agréable pour lancer la journée. Étienne de Crécy prend ensuite le relais.

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 ETIENNE DE CRECY © DR

L’arrivée de son titre “Am I Wrong”  procure une immense joie, suivie d’un remix de son dernier projet en guise de closing. Malgré un soleil un peu aveuglant qui pousse certains festivaliers à se mettre accidentellement de la crème solaire dans les yeux, la bienveillance reste de mise. Une performance tech house et french house, comme à son habitude, qui s’est malheureusement achevée avant l’heure prévue, laissant le public sur sa faim. Lorsqu’il est remonté sur la scène, on a cru au retour mais il n’en est rien, il avait simplement oublié ses lunettes.

Le public reste assez timide, mais il ne devrait pas tarder à se réveiller. Clément explique : « C’est un public qui est 50% international, 50% local alors la réflexion sur la programmation est un peu différente : on y pense de manière plus globale, géographiquement parlant. Les gens nous font confiance sur  l’expérience qu’ils vont vivre. » 

Décollage

Vers 16 heures, on change de scène pour aller sous la réplique grandeur nature de la fusée Ariane 5. Sur le chemin vers la scène, on s’arrête à la conférence Cupola qui traitait de la nourriture chez les astronautes. Après cette petite pause culture générale, il est temps de reprendre son chemin pour aller voir ce qu’il se passe sur la scène Ariane. Observer ce monstre de métal avec en fond sonore les drops de Kölsch, a été particulièrement marquant.

À 16h30, direction la scène Concorde, installée dans un hangar, qui selon nous, est l’une des plus grandes réussites du festival. Les artistes y performent directement devant l’avion d’élite. Plus on se rapproche de la scène, plus les notes de guitare de Ginton tournent en boucle et enveloppent la foule. Les BPM restant modérés, notre passage est court car nous ne voulons pas rater le début du set de Vintage Culture. Sur l’augmentation des BPM, Clément a également son avis. « Il y a un truc qui me chagrine un peu en ce moment, c’est le côté influenceur TikTok, les DJs qui jouent super rapidement pour créer des hooks et les publier en vidéos sur leurs réseaux sociaux », raconte-t-il avant de détailler : « Il y a quatre ans, je trouvais ça excitant, avec la musique post-internet, mais aujourd’hui la scène s’est trop perdue là-dedans… Ce qui est intéressant dans la proposition du Cercle Festival, c’est qu’on revient à une universalité de la musique électronique : des DJ-sets à 130 BPM, des DJs qui jouent deux heures minimum, alors que sur beaucoup de festivals on leur laisse seulement 1h15 car il faut faire passer le plus de monde. »

Sur ces belles paroles, c’est le moment pour nous de nous poser un peu, et c’est tant mieux car le site offre de vraies zones de repli. On s’accorde un moment de pause à l’ombre avec, sous nos yeux, l’avion de chasse A91 11-YG pour reprendre des forces. Magique.

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 © DR

Quand le soleil n’est plus là, le public danse

Le festival change radicalement de visage au coucher du soleil, et les éclairages prennent tout leur sens sur la scène Concorde, sous la house minimale, rythmée et chaleureuse de Jimi Jules. Cette scène oscille durant tout le festival entre artistes émergents et têtes d’affiches : « Petit à petit nous nous tournons vers des profils davantage en développement » détaille Clément. « Je pense à Aaron Hibell et à plein d’autres. Initialement, la scène du Concorde était prévue pour être la plus petite, mais elle s’est avérée être très grande » nous confie-t-il.

Après avoir dépensé toutes nos calories sur Jimi Jules, nous sommes retournés à la scène Ariane pour la performance de Monolink. L’artiste a créé une ambiance psychédélique et planante — c’est le cas de le dire —, mêlant synthétiseurs, contrôleurs, pads et chant. Enfin, Anfisa Letyago vient clore ce premier jour en beauté, sur la scène A380. Son set techno percussif et énergique change enfin de rythme et apporte la puissance nécessaire pour faire décoller le mastodonte des airs. 

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 JIMI JULES © DR

Un dimanche en grande pompe

Nous y sommes, notre deuxième journée au sein du Musée de l’Air et de l’Espace s’annonce toujours aussi chaude et rythmée. Un nouveau trajet en bus pour réaliser qu’on n’a toujours pas appris de nos erreurs de la veille, et nous voici au pied de la scène A380 pour le set de la jeune Meera. Agréablement convaincus par cette deep house planante — c’est encore le cas de le dire —, qui nous réconcilie instantanément avec les fortes chaleurs. La Norvégienne confirme son statut de newcomer, en tournant — déjà — sur les scènes house du monde entier, aux côtés de Jimi Jules — toujours lui — ou de Black Coffee. Clément a son avis sur l’émergence : “Le but, c’est d’être très fort sur sa marque, son esthétique, mais aussi d’observer les nouvelles tendances : est-ce que l’artiste est prêt, est-ce qu’il est trop indie, trop techno ? On évolue à l’écoute de la scène et des gens”, confie-t-il. 

Toujours pas de tenue d’astronaute discount en vue, mais de superbes cuivres qui brillent sous l’arche de la scène Ariane. On a tout de suite reconnu Thylacine, en compagnie du pianiste, Bravinsan. Voilà le live modulaire et instrumental qu’on espérait : les solos de saxophones s’enchaînent, malgré la chaleur qui s’abat sur l’artiste angevin. Le pianiste apparaît et disparaît au gré des performances, au sein d’un live construit comme une pièce de théâtre. On n’est pas à Calvi, mais bien au Bourget, et Thylacine redevient William Reze — son vrai nom — lorsqu’il dégaine sa Bağlama, instrument traditionnel turque à deux cordes : « Mon ex-copine était Turque, son père était professeur de musique” confie-t-il pendant le live. Le voyage se boucle sur un medley de saxophone, de saz (autre nom de la Bağlama), de piano backé par ses machines. Standing ovation dans le public, huit ans après son premier Cercle Festival. Merci encore. 

La direction artistique du festival, c’est avant tout de concilier exigence artistique, et exigence du lieu, raconte Clément. “Il y a toujours des demandes d’artistes pour jouer sur une scène particulière, c’est à nous d’avoir un parti pris, et de connaître la musique des artistes, de savoir ce qu’on veut raconter. La scène Ariane c’est la scène signature de Cercle, avec des artistes très clairement identifiés “Cercle” comme Ben Böhmer, Monolink, Thylacine ou Adriatique

Coucher de Boeing techno 

Après quelques balades vers le set d’Aaron Hibell à la scène Concorde, et du fameux live ambient house de Ben Böhmer devant la fusée — la légende raconte que les couleurs de la stage vibrait au rythme des nappes vaporeuses — le Boeing a de nouveau happé notre attention. Ce n’est pas n’importe quel duo, mais bien celui de Kristian Beyer, DJ du duo Âme, et Sama’ Abdulhadi. Une tech-house en plein cagnard, avec les touches psychée côté allemand, et ces samples de voix et de guitare venues d’ailleurs. Un mélange idéal entre Berlin et Beyrouth, jusqu’à Gaza, lorsque quelques “free Palestine” tentent de se faire un chemin, sans résonance particulière. 

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 Anetha © DR

L’A380 a vraiment la cote niveau BPM, et nous ne sommes pas les seuls à le dire : “Sur cette scène, on va vers des choix beaucoup plus rapides comme Indira Paganotto, Sammy Virij le vendredi, Funk Tribu et Anetha le dimanche, c’est une autre esthétique”, explique Clément. Effectivement, lorsqu’on entend les premières notes du titre “Harvest Sky” d’Oklou, la techno mélodique d’Anetha n’est pas loin de pointer le bout de son nez. Son introvert club edit ouvre le bal, avant de laisser place à une effluve de sonorités techno mental et de breakbeat aguicheur. Ce n’est pas pour nous déplaire que le remix bass music du titre “Starlight” de Danny L Harle et PinkPantheress intervient en fin de set, et qu’un petit oiseau vient se nicher dans l’aile de l’avion, pour trouver refuge auprès des basses. Un moment fédérateur pour notre poignée d’irréductibles danseurs, qui ont — enfin — réussi à se trouver, profitant du soleil couchant pour achever leur communion. Des regards remplis d’admiration, de courage et de bravoure, pour conclure ce festival de la meilleure des manières. 

La prochaine destination du Cercle Festival ? Le Mexique : “C’est une communauté très forte pour Cercle. On avait envie de créer un moment avec eux, après avoir passé une semaine pour le Cercle Odyssey à Mexico l’année dernière. Ça va être au bord de la plage, on a hâte”, s’exalte le programmateur. Et lorsqu’on évoque un possible DJ-set Cercle en apesanteur ? “Ce serait vraiment incroyable. Quand la vidéo du CNES est sortie pour annoncer le festival, je pense qu’on y a tous pensé (rires). On verra ce que la suite nous réserve.”

Meilleur moment : Les couchers de soleil devant les DJ-sets de Jimi Jules et d’Anetha (et celui du génie du bar Deni Pendi, et sa devise : “Fake it untill you make it”).

Pire moment : Les trajets de bus interminables. 

Par Noah Potloot et Elio Froidevaux