Le 10 avril 2026, Bellaire dévoilait son premier album, Born Funky, un projet imprégné de funk, de soul, de jazz, d’électronique et de rap. En dix ans de carrière, l’artiste lillois a développé sa musique à travers plusieurs EP avant de publier ce disque. Rencontre.

Il y a des trajectoires qui ne se précipitent pas et l’artiste lillois Bellaire en est le parfait exemple. Après dix ans, Bellaire a scellé son passage à l’âge adulte musical avec Born Funky, son tout premier album sorti ce 10 avril 2026. Ce disque déploie une palette solaire où chaque note de piano jazz semble répondre à une ligne de basse funk, le tout lié par une science précise de la production électronique.

Alors qu’il a entamé sa tournée entre Londres, New York et Montréal, le producteur s’apprête à poser ses machines à La Cigale, le 8 octobre prochain. Entre deux avions et quelques balances, nous sommes partis à sa rencontre pour remonter le fil de son histoire. Il nous livre les coulisses de la création de son tout premier album, Born Funky.

Quel a été ton premier lien avec la musique ?

C’est surtout ma famille qui m’a introduit à la musique. Mon père adorait le Chicago blues, la soul et le rock. C’est peut-être la soul qui m’a le plus marqué entre les trois. Mes frères écoutaient aussi énormément de musique, surtout du hip-hop américain. Comme ils ont dix ans de plus, c’était la période où tout le monde écoutait des artistes comme Dr. Dre ou d’autres rappeurs et producteurs qui ont marqué la scène rap comme DJ Premier qui est d’ailleurs celui qui m’a le plus influencé.

À 14 ans, tu as découvert FL Studio. Es-tu encore fidèle à ce logiciel pour ta production ? Pourquoi ce DAW (station de travail audionumérique) en particulier ?

En 2015, je voulais faire du hip-hop et surtout de la trap, dans le style de Lil Wayne. À l’époque, il n’y avait que des tutoriels YouTube pour FL Studio. C’était compliqué de trouver des tutos Ableton pour faire du rap. J’ai simplement cherché « quel est le meilleur logiciel pour ce genre ? », et c’est tombé sur FL Studio. C’était la première génération de YouTube, donc c’était hyper haletant. J’ai regardé des dizaines de tutoriels et c’est comme ça que j’ai appris.

Quand as-tu commencé l’élaboration de Born Funky ?

L’idée d’un premier album date de deux ou trois ans. La réalisation concrète s’est faite en un an. Tout a commencé avec la sortie du single « Sunshine is Coming ». Ensuite, toute l’équipe (visuelle, technique, ingénieurs du son) s’est dit : « On y va pour l’album. »

Tu savais déjà que ce serait un album, même avant d’avoir tous les morceaux ?

Je n’avais pas encore tous les titres, mais l’envie était claire. Je voulais faire un album de musique électronique. Aujourd’hui, cette tendance diminue, ou la mode a changé. En tant que DJ et producteur, on vise souvent les singles pour les clubs. Mais moi, je voulais raconter une histoire.

Tu as travaillé avec Cerrone, Dimitri From Paris et bien d’autres artistes sur Born Funky. Pourquoi ces choix ? Qu’ont-ils apporté à ta musique que tu n’aurais pas pu faire seul ?

Chaque artiste sur cet album est une véritable inspiration. Dimitri From Paris ou Cerrone font partie de mes influences depuis mes 17-18 ans. C’était inconcevable pour moi de me retrouver en studio avec ces artistes dix ans plus tard. Ce qui m’a surtout plu en collaborant avec eux, c’est leur passion et leur minutie. Dimitri, notamment, est obsédé par la musique disco, c’est ce qui rend ses morceaux aussi exceptionnels.

Tour-Maubourg, qui fait de la house et avec qui j’ai commencé ce projet, était une évidence. Et Fleur De Mur est sur mon label AOC Records. C’est une chanteuse disco/house avec qui je travaille depuis des années et que j’admire énormément.

Illustration pour BELLAIRE – BORN FUNKY – PRESS PICTURES – GREEN PORTRAIT 1
 Bellaire © DR
Avoir cette double casquette artiste et patron de son label, est-ce que ça n’influence pas les stratégies artistiques ?

Non, c’est enrichissant. Avec mon label, on construit une identité commune. On cherche des artistes pour créer une famille où tout le monde s’entend, aussi bien en studio que dans la vie. L’objectif est de travailler tout en prenant du plaisir.

Pourquoi avoir choisi un style cartoon pour les visuels ? Quelle part de responsabilité prends-tu dans cette partie de la création ?

L’idée du cartoon est venue il y a quelques années déjà, sur les deux projets parus avant Born Funky. Et sur cet album, nous avons directement commencé à bosser avec un artiste qui s’appelle My Sunbeam. C’est un illustrateur anglais qui fait tout à la main — ce qui est vraiment assez impressionnant à voir — et, de mon côté, je suis fan de cartoon et de BD. Je trouve que, dans le cartoon, il y a quelque chose d’assez universel.

Ma part de création là-dedans a été de bosser avec My Sunbeam pour lui dire ce qu’on aimait et ce qu’on aimait moins. Mais il avait déjà un univers très marqué, qui ressemble beaucoup à ce qu’il a fait pour le disque. On ne lui a pas demandé de changer sa patte, mais au contraire, de la renforcer pour Born Funky.

Illustration pour BELLAIRE – BORN FUNKY – PRESS PICTURES – FUNKY OFFICE 1
 Bellaire © DR
En 2021, tu confiais en interview pour un autre média français ne pas avoir encore totalement trouvé « ton son ». Avec cet album, peux-tu dire que c’est le cas ?

Oui, totalement. J’ai mis du temps à en être fier, mais maintenant, c’est clair. La couleur des morceaux et la narration m’ont permis de rester concentré. C’est une esthétique solaire, groove, funk. Cet album, c’est quand même une super occasion de développer un concept, avec une histoire, des visuels forts. C’est bien de pouvoir placer mon album en une vitrine de ce que je sais faire.