Du 13 au 17 mai se tenait le festival Nuits sonores à Lyon. Entre jours et nuits, les Grandes Locos et La Sucrière ont vu passer de nombreux artistes représentants de la grande famille des musiques électroniques. Tsugi en a pris plein les oreilles — et plein les yeux —, on vous raconte à travers une sélection de coups de cœur sonores.
Par Nicolas Bresson et Marion Sammarcelli
Vingt-trois ans que nous effectuons chaque printemps le même pèlerinage dans la capitale des Gaules. À force, on aurait pu se lasser de Nuits sonores, mais non. Parce que l’incontournable rendez-vous lyonnais a toujours su se renouveler, rester dans l’air du temps, proposer une programmation à la fois aventureuse et fédératrice, sans jamais — ou presque — tomber dans le racoleur. Changeant régulièrement de lieux d’exploitation, l’événement s’est, depuis ses trois dernières éditions, recentré autour de deux moments forts quotidiens. Des nuits explosives à la Sucrière dans le quartier de La Confluence et des journées intergénérationnelles et éclectiques aux Grandes Locos situées dans la toute proche commune de La Mulatière. La météo réserve aussi à chaque millésime ses propres surprises. À Nuits sonores, on peut souvent célébrer la proximité de l’été en dansant en t-shirt et bermuda, mais cette fois, ce sont le froid et les averses orageuses qui se sont invités à la fête. Pas grave, il en aurait fallu plus pour nous décourager. On vous raconte tout ça avec nos coups de cœur, qu’on a regroupés en quelques grandes familles.
Les énervés
La première nuit était consacrée aux tendances les plus extrêmes des musiques électroniques que Nuits sonores avait longtemps mises de côté avant un retour en grâce post-covid. On a esquivé la hardtechno un peu trop réseaux sociaux à notre goût pour se focaliser sur notre plaisir coupable : le gabber à l’ancienne, celui qui file droit, sans drops intempestifs et envolées de trance dégoulinante. À ce petit jeu-là, le français Von Bikräv a su tirer son épingle du jeu, notamment lorsqu’il fut rejoint sur scène par Paul Seul — moitié du duo ascendant vierge —, pour redonner vie le temps d’un set à l’esprit Casual Gabberz. Au même moment l’Italien Gabber Eleganza et le Japonais Yuta Umegatani déversaient sur le public une incroyable dose d’énergie à base de kicks ravageurs, entre early-hardcore et millenium — deux sous-genres du gabber, pas les plus mauvais. Sevrés de gros son dès le début du festival, on pouvait passer à autre chose — pour le moment.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Casual Gabberz : « Un très beau n’importe quoi » (1/2)

Les légendes britanniques
Nuits sonores a à cœur d’inviter chaque année des légendes oubliées de l’électro ayant connu leur heure de gloire dans la décennie dorée des nineties. Cette fois-ci, les Britanniques étaient particulièrement à l’honneur. Quand Adrian Sherwood figure essentielle du dub UK avec son label On-U-Sound balance sa propre version du « Angel » de Massive Attack dans la Nef, la scène principale des journées, il se passe forcément quelque chose. Le même sentiment entre joie et nostalgie se reproduira un peu plus tard quand les Mancuniens de 808 States, hérauts du début des raves étireront leur tube intemporel « Pacific State » avec l’inoubliable motif de saxophone rejoué live. On évoquera aussi la prestation entre électro, ambient, acid-house et techno de The Sabres of Paradise qui continuent de se produire malgré la disparition du génial Andrew Weatherall en 2020. Leur tube éternel « Smokebelch II » lui aussi joué en version « extended », faisant le bonheur des quadras et quinquas présents en masse.
- À lire aussi sur tsugi.fr : À voir : ce beau documentaire hommage à Andrew Weatherall
Le tourbillon techno
Impossible de ne pas mentionner cette expérience inédite, immanquable à Nuits sonores. On a eu comme la sensation d’entrer dans un tourbillon, et on ne parle pas de l’escalier en colimaçon pour atteindre le fameux Sucre – quoique. À partir de 23 heures et jusqu’à 5 heures du matin, Rødhåd, JakoJako, UFO95 et Dasha Rush associaient leurs génies musicaux pour livrer un live de six heures. Les quatre amateurs d’une techno mentale et hypnotique, professionnels des variations modulaires improvisées, ont su nous tenir en haleine pendant des heures et des heures, sans aucun couac technique, malgré le grand nombre de machines déposées sur le booth central. Il faut dire que nous nous étions bien échauffés devant le set d’un Ben Klock en — superbe — forme, quelques heures plus tôt aux Grandes Locos. On aurait adoré continuer sur cette lancée et voir le maître des synthétiseurs modulaires Colin Benders lors de la quatrième nuit, mais nous devions rentrer à Paris… Ce n’est que party remise.

Les défricheurs
Si beaucoup de festivaliers viennent à Lyon pour prendre leur dose de BPM, de drops et de boucles synthétiques, Nuits sonores ne manque toutefois jamais de programmer des artistes aux propositions plus cérébrales et expérimentales. On aurait pu le classer dans les « légendes britanniques », mais le trop rare Mike Paradinas alias µ-Ziq a toujours avant tout été un défricheur sonore et rythmique, notamment avec son label Planet Mu, aux confins de l’ambient, de l’IDM et de la drill’n’bass. Présentant ici un live audiovisuel avec l’artiste ID:Mora en mode épileptique, mais jamais sombre, ce fut assurément l’un des moments à ne surtout pas rater aux Grandes Locos. Alors qu’on l’attendait dans une esthétique similaire, le polonais Bogdan Raczynski proposait finalement une musique plus introvertie et mélancolique, moins énergique que par le passé. « Il a dû se faire larguer », résumait bien un spectateur à la fin de sa prestation. Enfin James Holden, qui a connu une hype démesurée au milieu des années 2000 avec son label minimal/trance Border Community, s’est depuis écarté des velléités dancefloor. Accompagné du clarinettiste Waclaw Zimpel, tous deux assis en tailleur sur des tapis persans et au milieu de fumées d’encens, ils proposaient un live ambient psychédélique mêlant improvisations et dialogue acoustique/électronique. Zen.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Nuits Sonores entre hangars
Les ascendants
Retour à des choses plus frontalement dédiées à la danse avec des artistes connaissant une belle progression dans leur carrière, voire une deuxième vie. On pense évidemment au Français Kangding Ray qui s’est fait connaître d’un tout nouveau public avec la composition de la BO du film Sirāt. Confiné dans un petit club à côté de la Sucrière il y a deux ans on le retrouvait cette fois-ci dans la Nef, espace gigantesque des Grandes Locos pour un live techno intense et immersif. Même impression pour le britannique Djrum pour qui la signature sur Houndstooth, un sous label de fabric, a donné un sérieux coup de boost. Rare, voire seul artiste à jouer sur vinyles, il a délivré un set sans œillère entre dubstep, bass music, house et techno. Impressionnant. Enfin on ne pouvait pas louper la sensation DJ Babatr fer de lance de la Raptor House vénézuélienne, fusionnant hard-house et techno avec des influences tribales et latines. Une musique dont l’éclosion date de plus de vingt ans, mais qui n’a été que très récemment popularisée dans le reste du monde.

Les professionnels du sound system
Ce paragraphe s’adresse aux kiffeuses et kiffeurs de basses bien calibrées. Cette année, le site des Days de Nuits sonores s’enrichissait d’une grande scène Soundsystem. Marre des rythmiques autoroutes en 4/4 ? Cette scène était the place to be pour se réfugier. On a pu y croiser Beatrice M., pour un closing — de la première journée — marqué par les ondulations d’une foule en délire. Le·la DJ et producteur·ice n’a pas hésité a envoyer un maximum de drum’n’bass, contrastée par des tracks groovant à souhait. Le lendemain, c’était au tour de Nikki Nair de défendre ses sonorités entre les murs d’enceintes de cette scène Soundsystem. Et c’était un plaisir. Arborant un énorme sourire du début à la fin de son set, le producteur d’Atlanta enchaînait morceaux UK garage, 2-step et bass music, entrecoupés de quelques respirations funk, presque disco. Des transitions aussi douces que déconcertantes. Et ce sourire… On ne l’oubliera jamais. Dans la même veine, DJ Fuckoff nous a pondu un moment d’anthologie. Partie prenante du renouveau féminin de la ghetto-tech, la jeune productrice nous a dévoilé l’ampleur de sa palette sonore : techno, bass, jungle, breakbeat… Nous sommes passés par toutes les émotions possibles, le tout sous un chapiteau complètement enfumé. Elle est définitivement une artiste à suivre de près.


Les têtes d’affiches
On ne peut conclure ce compte-rendu sans mentionner quelques têtes d’affiche, sans qui le festival n’afficherait sans doute pas complet plusieurs semaines à l’avance. L’Allemand Rødhåd — ce dernier étant en back-to-back avec l’excellente DJ lyonnaise Tauceti — a de nouveau déroulé une techno percutante, sombre et hypnotique, ayant fait les grandes heures du Berghain mais toujours d’actualité si l’on en croit la foule immense présente. L’Australienne HAAi et le Britannique Neil Barnes de Leftfield — qu’on aurait aussi pu classer dans les légendes UK – ont proposé un dialogue intergénérationnel entre house musclée et techno solaire. Toujours un bonheur que d’entendre un remix de l’inusable « What Time Is Love » de KLF. Tandis que, Four Tet, profitant d’une accalmie météo, blindait la scène Outdoor au point que le service de sécurité était obligé de mettre en place des sens de circulation pour y accéder. Jouant lui aussi une combinaison parfaite entre house, techno et inflexions plus expérimentales, il synthétisait à lui seul l’esprit du festival.

On n’oubliera également pas de mentionner le lancer de chaussettes du producteur texan basé à Berlin Alex Wilcox, le back-to-back musclé des deux sirènes VEL et Anetha (dont il existe une captation sur Arte Concert), le Brésilien Mochakk qui dépoussière la tech-house, la rencontre intergénérationnelle entre Kittin et MCR-T, le live hypnotique de Roza Terenzi, l’association mi-French Touch mi-techno de Busy P et DJ Gigola, le groove de Mac Declos et Ogazón… Et on pourrait encore continuer longtemps. À l’année prochaine !
Par Nicolas Bresson et Marion Sammarcelli























































































































































































![Illustration pour Exclu : Rødhåd et Ø [Phase] en collaboration pour les 10 ans du label Token](https://i.tsugi.fr/moyenne/aHR0cHM6Ly9kZXYudHN1Z2kuZnIvd3AtY29udGVudC91cGxvYWRzLzIwMTcvMTEvcm9kaGFkXzI5X3dlYl9ieV9tYXR0aGlhc193ZWhvZnNreS5qcGc/static/rodhad.jpg)



![Illustration pour En écoute : Rødhåd remixé par Porter Ricks, Donato Dozzy, Ø [Phase] et Silent Servant](https://i.tsugi.fr/moyenne/aHR0cHM6Ly9kZXYudHN1Z2kuZnIvd3AtY29udGVudC91cGxvYWRzLzIwMTcvMDUvcm9kaGFkXzI5X3dlYl9ieV9tYXR0aGlhc193ZWhvZnNreS5qcGc/static/en-ecoute-rodhad-remixe-par-porter-ricks-donato-dozzy-o-phase-et-silent-servant.jpg)







































