Le mardi 21 avril 2026, Lewis OfMan a décidé de brancher son générateur pour alimenter l’entièreté de La Cigale. Retour sur la prestation électrisante du synthboy, pour son grand scénique retour dans la capitale.
Lorsqu’on arrive devant l’iconique salle de Pigalle, on se dit que Lewis OfMan, dans sa lancée de long formats (Sonic Poems en 2022, Cristal Medium Blue en 2024, Seoul Mixtape en 2025 et 50KWTTS en avril 2026) pourrait remplir un Olympia s’il le souhaite — presque 2000 places, contre 1474 pour la Cigale. Mais le Parisien semble prendre son temps, ce qui devient rare de nos jours. Nous n’allons surtout pas nous plaindre, laissons la magie opérer.
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Ce qu’on apprécie surtout, c’est la facilité d’un artiste à rameuter tout type de public, de 10 à 70 ans — on exagère à peine. Dans la foule, on peut croiser le plus mignon des couples, ou des pâles copies du chanteur, avec leur paire de lunettes et leur pantalon patte d’eph’ — on exagère un peu, cette fois. On choisira de se placer au centre, en position de libéro, si l’envie de nous extirper advient — spoiler alert : impossible.

Inconnue au bataillon, Soso Zelda fait l’affaire
Avant de commencer les hostilités pour de bon, place à la nouvelle diva du nom de Soso Zelda. “Life is so hard”, scande-t-elle sur son premier titre “Life”, avant de continuer sur “Nothing” et “Save Me”, où s’enchaînent morceaux post-rock, aux accents grunge, et même Jersey club sur le dernier. Très peu de scènes au compteur, pourtant, elle assure la première partie. Elle peut compter sur son fan-club juste devant elle, et ses airs de pop star ténébreuse.
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Elle repart de plus belle, et déclame sa féminité sur “Do u know” entre une première version acoustique, et une seconde version à l’électronica sombre. Les premières notes de “Rich hoe$” laissent entrevoir un titre plus trap, où Soso, armée de son pistolet à faux billets, inonde les premiers rangs de bout de papier. En vraie hustleuse, elle interagit de plus en plus avec le public, et captive à la toute fin de son show avec “Acid #3” qui évolue entre des textures acid, jersey puis techno. Elle et son DJ Pierre tirent sur la foule avec des pistolets à eau.
Avant d’envoyer l’outro “Kiss me”, elle lève le mystère autour de sa présence : “Rien n’est encore sorti, mais ça arrive vite sur les plateformes” — on la remercie d’avoir posté la setlist sur son compte Instagram.
Premier coup d’jus, première lancée pour Lewis
L’entracte se passe, la pression monte, la salle se remplit, enfin. L’acoustique ne sera que meilleure. Avant de démarrer, on reconnaît en fond le morceau “Excès de vitesse” de Marie Davidson. Quelques pas de danse sont lâchés par les plus impatients, 21h vient d’être dépassé.
La fumée se propage, l’homme taillé de sa meilleure veste argentée débarque, acclamé, mais très vite court-circuité par la réalité. « C’est là où je suis né et il m’arrive toujours des problèmes en concert », raconte-t-il sur un ton enjoué, Lewis doit encore peaufiner quelques détails avant de monter définitivement sur scène. Peu importe, le premier essai de “Don’t Stop” captive instantanément l’entièreté de la salle. “On a réglé notre problème”, annonce-t-il. Relancer le spectacle devient alors un jeu d’enfant.
Quoi de mieux que d’envoyer “Such a good day” pour amadouer la foule ? Les fans de la première heure seront toujours là pour reconnaître cet hymne good vibes issu de son album Sonic Poems. Les néons s’agitent dans la fumée rose et bleu — à s’en demander comment il aperçoit les touches de ses trois claviers avec ses lunettes de soleil.
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Les lumières redeviennent jaunes et blanches, couleur de la pochette de son dernier disque 50KWTTS, et “electronicity” retentit. Il sort de son halo de synthés, et fonce sur le devant de la scène avec sa ceinture led où défile le titre du single. Le balcon gauche se lève, avant d’être rejoint par la droite sur “Misbehave”, sa collaboration avec Coco & Clair Clair.

La dernière corde à son arc, sa gratte électrique argentée, retentit lorsqu’il joue les premières notes de “Show Business”, où la voix de Victoria Legrand, chanteuse des Beach House, a du mal à se faire reconnaître. Par contre, Marie Davidson, qu’on venait d’entendre en fond, devient la voix de tête lorsque “Watch Me” résonne. On imaginait déjà les deux électrons libres sur le sol de La Cigale, pour un résultat explosif — en plein solo sur son synthétiseur Moog Source, Lewis en a perdu ses lunettes, c’est pour dire.
Puissance au max, voyage sonore activé
Une bouffée d’air frais s’invite sous les flashs des stroboscopes, les problèmes techniques loin derrière : “Y’a qu’avec vous que ça peut bien se passer […] La prochaine, si vous connaissez les paroles… de toute façon, mes paroles ne sont jamais bien compliquées”, plaisante-t-il, et les quelques accords de “Hey Lou” retentissent. La foule crie, la marée humaine prend forme sous les lumières bleues foncées, aux couleurs de Cristal Medium Blue.
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Hors de question de ressentir une énième peine de cœur, “Las Bañistas” nous réchauffe par sa balearic synth-pop, aux accents italo-disco. Un soleil de plomb s’abat désormais sur La Cigale, et ce ne sont pas les accords de “No Questions” qui vont arranger cela, ajoutant un peu plus d’intensité dans l’air. La musique de Lewis OfMan est conductrice, on vous le confirme.
Et là, c’est son moment pop star des années 1960. Les lumières blanches éclairent tout le boulevard Rochechouart, c’est avec “Attitude” que l’artiste illumine avec son tout nouveau look, au rythme d’un refrain terriblement efficace. On le préfère tout de même entouré de ses machines, lorsqu’il oscille à l’excès sur son synthé modulaire, pour nous pondre une transition idéale entre “I’m Mad Ur Not” — définitivement un de nos titres préférés du dernier disque — et “Sorry not sorry”. Les basses cognent, le public répond.
Nostalgique de l’amour, l’homme ne pouvait pas passer à côté d’un de ses premiers hits, “Je pense à toi”, ballade synth-pop, où les petits pas de shuffle dance n’ont jamais été aussi efficaces. Avant de reprendre, Lewis nous laisse une petite indication : “La chanson d’après est en coréen”. Certains parlent la langue, quatre mots exclamés en coréen (un art oratoire utilisé dans la musique traditionnelle, appelé Chuimsae) qui composent “Seoul Disco Night”, ode à son amour pour le clubbing de Séoul, où son amante réside.
Surcharge détectée
Notre ampèremètre imaginaire ne détectait rien d’anormal, jusqu’à ce que les premières notes de l’intro de 50KWTTS, “1 Watt” retentissent. Les compteurs se sont affolés lorsque le breakbeat de la seconde partie a laissé place à deux danseurs, l’un chauve, l’autre vêtu d’une crête iroquoise bleu cyan. Le pire dans tout ça ? La malice de monsieur OfMan de laisser couler cette drum & bass fracassante, supportée par la voix de l’Australienne Shanae, sur le morceau “Nails Matching My Fit”. Aucune excuse, juste lui, impassible, deux danseurs possédés, et un public en état de transe.
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On s’en remet difficilement, mais impossible d’être à la traîne face au rythme marathonien qu’impose le Parisien. Retour en 2017, avec le jazzy “Flash” sur le projet Yo bene, qui nous permet de souffler un peu. Vraiment peu, car le niveau d’alerte reste maximal, les voyants sont au rouge, et Lewis apparaît sur le balcon de La Cigale, guitare à la main, pour interpréter “Smash”. Une spontanéité qu’on ne peut qu’admirer.
On redescend néanmoins très vite, pour se plonger dans les accords mélancoliques de “Frisco Blues”. Les solos de guitare qui s’enchaînent ne sont décidément pas à notre avantage, tant l’exercice nous émoustille. C’est avec des lancers de roses que la rockstar décide de faire ses au revoirs, aux commandes de son synthé Yamaha vintage, et de son titre phare, “Siesta Freestyle”. Toute la salle est levée, admirative de la performance du prodige — il n’a que 28 ans.
Standing ovation obligatoire, des mains jusqu’aux pieds qui grondent sur le sol rebondissant de la fosse. On s’en souviendra de ce sol, avec lequel on rebondit encore à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Le courant est rétabli, la voiture redémarre
La combinaison “synthé-centré” nous avait tout de même manqué (il était guitariste d’un groupe pour la tournée de son précédent album) où chaque clavier devient une boîte à rythmes géante. Il ne joue pas, il frappe les notes frénétiquement, les module à sa guise, et les aime particulièrement, lui qui joue avec les mêmes synthés Moog depuis des années.
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Les dernières roses font leur chemin jusqu’au métro. Entre-temps, on se souvient d’être arrivé par tout hasard, avec une voiture de sport miniature dans la poche, trouvée à nos pieds sur le trajet. Une aventure à plus de 67 chevaux, dont la virtuosité nous aura décoiffés plus d’une fois.






































































