Toujours campée à la Seine Musicale, la quatrième cérémonie des Flammes a réservé son lot de bons moments — et d’autres toujours aussi discutables. On vous en a sélectionné quelques-uns. 

Les Flammes est le rendez-vous organisé par les médias Booska-P et Yard, pour célébrer une partie des musiques afro-diasporiques, du rap au shatta, en passant par le bouyon, ou le R&B. Passé par le Théâtre du Châtelet pendant deux ans, avant de s’installer à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt depuis l’année dernière, la cérémonie cherche à mettre en avant des cultures longtemps occultées par une partie de l’Industrie Musicale. Avec une popularité croissante chez les jeunes — à relativiser, bien évidemment — la cérémonie possède son lot d’incohérences — l’éternel débat des influenceurs invités en masse — mais également de moments marquants, qu’on a sélectionné pour vous. 

Théodora repart avec cinq Flammes 

La boss lady continue sa lancée. Après cinq trophées aux Victoires de la Musique, elle en remporte cinq autres lors de la cérémonie : du “Clip de l’année” au prix de l’ « Artiste Féminine de l’année ». Théodora s’est vu remettre ses trophées par — entre autres — Angèle ou Jorja Smith, invitée d’honneur de la cérémonie. Lors d’un de ses discours, elle apporte un soutien — toujours complexe — envers les personnes qui vivent des histoires d’amour violentes : “Si jamais vous êtes dans des situations compliquées avec des gars, vous n’êtes seules, oubliez pas que vous pouvez partir, que la porte est ouverte” déclare-t-elle. À méditer. 

Le discours de Féris Berkat, cofondateur de Banlieues Climat

“Je souhaitais commencer en disant qu’on est venu en collectif, pour rendre hommage aux associations qui s’engagent sur le terrain, qui ne cessent, toute l’année, de faire des choses incroyables. Elles font le travail de l’Etat, littéralement”. Jeune homme issu de la banlieue de Strasbourg, Féris Barkat ne cesse depuis maintenant quelques années, avec son association Banlieues Climat, de sensibiliser la jeunesse populaire au combat environnemental, et d’ouvrir une nouvelle voie à des jeunes — et des plus vieux — délaissés par le système éducatif institutionnel. 

Leur combat (le sien et des gens qui l’entourent) a été récompensé de la Flamme de l’engagement social, des mains de Michel Zecler, producteur de musique, victime de violences policières en novembre 2020. Il évoque dans son discours, l’invisibilisation de certaines personnes, notamment de confession musulmanes : “On s’est dit que pour exister, on a besoin d’une autorisation, on ne doit pas faire trop de bruit”. Il rappelle alors : “On voulait prendre ce temps pour dire que tout est politique, tout est tellement politique que cette même télévision qui nous invite, nous criminalise toute l’année”. À méditer également. 

Meryl et “l’esprit Siméon”

Meryl, artiste martiniquaise bien connue des circuits francophones, et que l’on retrouve sur toutes les grandes scènes de festival, de Dour à Yardland, et à l’Accor Arena en octobre prochain, vient de remporter “La flamme du Morceau de Musiques caribéennes” pour “Coco Chanel” sa collaboration avec la chanteuse Eva (anciennement Eva Queen). Émue, elle rend hommage aux lauréats de sa catégorie, ainsi qu’à Eva et aux beatmakers présents sur le morceau.

Mais le message le plus marquant est en faveur d’Euzhan Palcy, réalisatrice martiniquaise ayant réalisé Rue Cases-Nègres, mais aussi Siméon, film racontant l’histoire de l’esprit d’un professeur de musique (joué par Jean-Claude Duverger) qui va aider une famille à réaliser son rêve : réussir dans la musique, avec un zouk incarné par… Jacob Desvarieux et Jocelyne Béroard, membres du groupe Kassav’. “Cette année c’est Angélique Angarni-Filopon (Miss France 2025) qui m’a remis le prix, il y a quelques années c’était Euzhan Palcy. J’aimerais lui dire que l’esprit Siméon n’est pas mort, on continue à se battre. Big up les antilles, big up Kassav”, déclare la chanteuse. 

Hommage à Amadou & Mariam et à Calbo

Mariam perdait son âme sœur, Amadou, le 5 avril 2025. Les Flammes ont décidé de rendre hommage au duo iconique, porté par des tubes comme “Beaux dimanches” ou “Sabali”, mais surtout, une résonance qui a très vite dépassé le Mali, leur pays d’origine. Driver, rappeur émérite et maître de cérémonie, leur a rendu un hommage poignant : “Il avait trouvé sa place dans la musique, au Mali, et dans les yeux de Mariam”. Ce n’est rien, c’est juste une poussière dans l’œil. 

L’autre artiste ayant reçu un autre hommage est Calbo. “Qui prétend faire du rap sans prendre position ?”, une phrase qui résonne parmi tous les fans de rap. Depuis ses premiers pas dans ses crews Bisso Na Bisso, Secteur Ä, et Ärsenik, avec son frère Lino, le rappeur du Val-d’Oise n’a cessé de partager son amour pour le hip-hop, jusqu’à devenir coach scénique pour toute une nouvelle génération d’artistes. “Certaines carrières ne se mesurent pas au nombre de sorties, elles se mesurent à ce qu’elles rendent possible après. Au revoir, grand monsieur”, conclut Driver, dans son hommage à l’une des plus belles plumes de la musique française. 

Fallon remporte La Flamme de « La révélation féminine de l’année”

“Enfin”, ce soulagement de l’artiste Fallon ne vient pas de nulle part. Elle qui a commencé sa carrière il y a quelques années, ne comprenait pas pourquoi elle n’était pas sur la liste des révélations l’année dernière. 2026, c’est chose faite, avec le titre de révélation féminine à la clé. 

Elle s’est faite connaître avec le RnBouyon, un genre mêlant les esthétiques vocales du R&B et celles du bouyon, une musique ayant tiré son origine de la Dominique dans les années 1980. Dernièrement, elle a connu une vague de soutien sur les réseaux, face à la perte de son amant, également manager, qui possède l’entièreté de ses masters. Une bataille qui a failli lui coûter sa carrière, mais le chemin est désormais tracé pour l’artiste de 26 ans.