On ne termine pas le mois de mai sans nos immanquables sorties de la semaine ! Au programme : le retour tant attendu de Boards of Canada, le punk congolais de Tshegue, la techno mentale de VBK, le rock belge de Ghinzu, le punk-rap-club de LinLin, l’électro soulful de Digitalism, la musique ultra-sophistiquée de KÁRYYN et la trash pop de Kalika.

Boards of Canada – Inferno

Si vous n’avez pas eu l’occasion d’aller à l’une des 300 sessions d’écoutes d’Inferno prévues dans le monde entier ce jeudi 28 mai 2026, ou d’avoir vu passer début avril des mystérieuses cassettes VHS et des affiches d’enfants zombifiés dans les rues de Londres, Berlin ou Tokyo, vous n’êtes peut-être pas au bon endroit. Il est toujours possible de se plonger au sein du nouvel album de Boards of Canada, mais l’aventure risque d’être brutale si vous n’avez jamais été initié. 

On plonge dans l’œuvre la plus cauchemardesque de Michael et Marcus. On entre dans les limbes de Music Has the Right to Children(1998) sur “Somewhere Right Now in te Future” et “Naraka”, avant de nous prendre une claque mathématico-christiannique à la Geodaddi (2002) sur “Into the Magic Land” et “The Word Becomes Flesh, et même des bribes du disque Twoism (1995) sur “Arena Americanada”. L’Enfer de Dante s’est offert une nouvelle jeunesse — ou un coup de vieux — au rythme de vocoder ainsi que de messages toujours aussi occultes et cryptiques.

Tshegue – PSYCHO

La folie ne touche que les dissidents, c’est un fait, et devient une force lorsqu’elle est comprise, assumée. Le reste n’est que leurre, et peut amener — trop — souvent à des dérives autoritaires. Qui sont les vrais PSYCHO dans l’histoire ? Tshegue leur dédie un EP quatre titres ouvert sur le monde, sans jamais faire dans la complaisance. 

Son énergie punk ne s’est jamais sentie aussi bien, surtout après son voyage à Kinshasa en 2024, où elle a rencontré des femmes qui s’organisent, se battent et se protègent entre elles. De ces expériences en découle des morceaux comme “Mupepe”, du punk en lingala avec des percussions traditionnelles jouée par son collaborateur de longue date Nicolas “Dakou” Dacunha. S’ensuit alors “Pona yo te” et son garage rock trépidant. Quatre titres, c’est bien trop court, on en veut encore.

VBK – Stromboli [KLST22]

On ne sait pas si l’EP Stromboli de VBK est porté par des fumerolles sulfurées, mais la techno qui est enfouie en son sein ne va pas tarder à entrer en éruption. On ne sait pas non plus si la productrice lilloise fait directement référence dans son titre au volcan niché dans les îles Éoliennes du nord de la Sicile, mais les nappes métalliques et hypnotiques qu’on entend sur “Orbital Union” et “Stromboli” font instantanément monter la température. Est-ce la chaleur du soleil ou l’imaginaire d’un club en transe qui nous font tourner la tête ? Nous ne sommes toujours pas certains de notre réponse. Ce qui est sûr, c’est que cette sortie sur le label Kluster Records ne nous laisse pas indifférents. 

Ghinzu – W.O.W.A

Peut-être que 2026 est définitivement l’année des retours, et celui du groupe de rock Belge Ghinzu est assez surprenant. W.O.W.A sort plus de 17 ans après Mirror Mirror, et les compères s’arrangent toujours pour apporter la même inventivité qu’ils ont connu auparavant. Le fait que “Out of Control” soit une démo de 2015 n’est pas anodin : ils ont continué de créer, sans se poser réellement de limites — notamment de temps, comme on peut le voir. 

On arrive sur un rock progressif de presque huit minutes avec “When Other Worlds Await”, pour enchaîner sur “Snow White” et ses addictions, avant de se perdre dans les interludes, construites pour certaines comme des private jokes. Mais cette sensibilité bat son plein lorsque “Master Bluff” laisse la voix du chanteur John Stargasm s’échapper, pour revenir de plus belle sur “Breathless Words”. Un peu de patience avant de les retrouver en concert : John a chuté en vélo il y a peu, mais compte bien revenir plus déterminé que jamais. 

LinLin – DISCO INFERNO 

“Time for music”, les premières notes de DISCO INFERNO peuvent à peine contenir la bombe club qui s’abat sur nous. Du latin “apprendre dans la souffrance”, le titre aurait pu nous laisser sur un premier long format loin des productions trap et rage des morceaux de LinLin sortis en 2023. Mais lorsqu’on invoque l’album RENAISSANCE de Beyoncé et Azealia Banks comme inspirations premières, difficile d’imaginer des morceaux aux sonorités dance music sans un minimum de provocation. 

Mob, designer de l’identité sonore de l’artiste depuis ses débuts, démarre ce grand huit sonore à coup de productions miami bass sur “BLACC*”, avant d’intégrer des rythmiques baile funk, rave, ou bouyon. Après une courte pub radio “DISCO INFERNO FM”, on passe par de la synthpop à la Mylène Farmer sur “CŒUR DE PIRATE”, et à de la house délirante sur “PETIT CHERI” — oui, oui, du hip-house topliné en français, c’est du luxe à ce niveau. Des outros à ne plus savoir où donner de la tête, parce qu’au final : “y’a que sur le dancefloor que j’me sens alive”. Tout est dit.

Digitalism – Optimism

L’optimisme, Digitalism en connaît un rayon, surtout lorsqu’il faut envoyer un énième disque avec ses composantes électro délurées. Parfois, ça donne des disques un peu moins digestes, comme Mirage, sorti il y a dix ans, mais ça donne aussi des petites surprises, comme sur Optimism, leur dernier disque. 

Dans ces douze titres indie électro, Jens Moelle et İsmail Tüfekçi ne prennent pas trop de risques, mais ont toujours ce track electronica touchy qu’il faut pour relancer l’écoute, comme avec “House Alarm”. On retient avant tout “Space Invaders” et son assez bonne intro, ou “AOA (The Age Of Anyone)”, et ses petits airs de chiptune. 

KÁRYYN –PHYSICS UNIVERSAL LOVE LANGUAGE (PULL)

PHYSICS UNIVERSAL LOVE LANGUAGE (PULL) s’inscrit aisément dans la catégorie des albums sur-sophistiqués, à la croisée de la néo-soul, de la musique traditionnelle arménienne — elle est syro-arméno-américaine — du R&B et de l’electronica. Travailler avec Hudson Mohawke (Drake, Rosalia, Travis Scott, …) et James Ford (il a produit la dernière compilation HELP(2) avec Damon Albarn, Kae Tempest, Fontaines D.C. ou Arctic Monkeys) appuie le caractère grandiloquent de ce troisième album. 

Malgré un référencement qui ne joue pas en sa faveur, le talent de KÁRYYN ne passera pas inaperçu pour longtemps. L’ombre de Björk plane sur “COLLAPSE PHASE”, l’intro du projet, mais aussi le spectre de SOPHIE, sur des tracks comme “KEEPER”, où les accents hyperpop trouvent un nouvel écho rafraîchissant. 

Kalika – MA CLAQUE

“Jsuis pas ton délire alternatif, j’suis ni à sauver si à salir, j’suis juste un monde que tu ne sais pas lire”, scande Kalika sur “PVTE GOTHIQUE”. On continue de lire les pages de son journal depuis J’AI PLEURÉ, son EP sorti en novembre dernier, mais cette fois-ci, elle nous déballe l’entièreté du carnet, et elle décide de le refermer pour de bon. 

“J’en ai ma claque”, prévient-elle sur ce track éponyme, à l’EDM tempétueuse. Une bonne manière de dire “UN OREVOIR”, elle qui cherchait juste à être comprise, déverse désormais sa colère au gré d’une electronica sombre. Une raison de plus pour devenir misandre.