À l’instar des radios pirates dans les années 1960 et 1970, les webradios s’imposent comme des acteurs incontournables de l’industrie musicale, en propulsant des artistes en devenir et en effectuant des sélections pointues. On décrit la place qu’elles occupent culturellement et économiquement dans l’industrie d’abord, puis on vous emmène faire un tour à la découverte des pépites francophones.

Une influence culturelle majeure

Selon le rapport Hyper-local, Hyper-global, l’affranchissement de la bande FM permet un certain nombre de bénéfices, bien souvent relatifs à la liberté de création que cela offre. En tête de lice, cela permet de contourner les contraintes d’audimat et de spots publicitaires qui incombent aux radios FM. Libre à eux donc, de pouvoir élaborer des grilles de programmation composées d’artistes décelés dans les tréfonds de l’underground. 

Elles font aussi un pied de nez aux plateformes de streaming qui font reposer leur modèle de recommandation en immense majorité sur des algorithmes. Ici, hors de question de déléguer la programmation à un algorithme, de vraies oreilles ont écouté la musique programmée et de réels cerveaux ont réfléchi à la pertinence de la grille horaire. Forcément, il n’y a pas photo, ça rend l’âme à la musique.  

Aussi, la webradio ne s’adresse plus uniquement à une zone géographique, mais bien à une communauté globale. Cela constitue un réel catalyseur de lien dans les contre-cultures, en mettant en réseau une jeunesse avide de créer une culture audacieuse et fertile. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas uniquement des selectors, mais aussi des fers de lance d’une esthétique graphique, brute, qui reprend les codes des flyers de raves des années 1990 et 2000, à la sauce internet.

Un modèle économique vacillant

On ne vous apprend rien : nous vivons dans un monde capitaliste. Pour garder la barque à flots, il faut pouvoir se pérenniser économiquement. Un article du média Dure Vie détaille les pérégrinations financières des webradios. En premier lieu, elles sont bien souvent trop difficiles à cerner pour les acteurs institutionnels, et doivent bien souvent faire sans subvention pour garantir leur liberté de ton. Les partenariats avec les marques, quant à eux, sont souvent instables et de courte durée. Tandis que la rémunération des clubs et festivals avec qui elles co-créent des line-ups reste bien frileuse.

Pour stabiliser le modèle, la plupart des structures reposent leur modèle économique grâce à un café ou un bar associé. Mais cela s’accompagne d’une pléthore de contraintes. L’acquisition d’une licence pour vendre de l’alcool, l’embauche de salariés, la gestion des plaintes pour nuisances sonores, entre autres. 

Alors voilà, on l’aura compris, si les webradios disposent d’une aura puissante en matière de contre-culture, leur survie relève de l’épreuve de feu. C’est un constant jeu d’équilibriste pour garder la tête hors de l’eau. Le projet des web-radios vous parle ? Pensez à faire des dons ! En attendant, prêts pour un pèlerinage au cœur du paysage des wabradios francophones ? Enfilez vos chaussures de rando et vos sacs à dos, c’est parti. Laissez-vous guider, on part du sud pour remonter vers le nord. 

Ola Radio à Marseille

La webradio a toujours dix pas d’avance sur ce qui se concocte de mieux dans la musique électronique. Elle met en lumière des artistes à l’identité plurielle et affirmée, rassemblant plus de 80 résident·es depuis 2019. La programmation est aussi rythmée par des talks qui parlent de sujets trop souvent mis sous le tapis de l’industrie : on y parle de musique queer et racisée notamment. On aime son graphisme, sobre mais léché à souhait. Ola, c’est aussi Olga Production, un label qui fait paraître des projets réinventant les récits musicaux d’aujourd’hui et surtout de demain. 

Piñata Radio à Montpellier 

Citez le style de musique le plus niche possible : vous pouvez être sûr à 100% qu’il est programmé sur Piñata Radio, et joué par l’un·e de leurs 40 résident·es. Si vous êtes de passage à Montpellier, foncez donc au bar qui fait l’angle de la rue Rondelet… Vous vous y ferez masser les oreilles par des DJs trié·es sur le volet. Il y a aussi des chances que vous les retrouviez hors les murs, au parc Clémenceau, pour un open air endiablé. La webradio vous propose une newsletter qui ne vous spamme pas inutilement : actualité du lieu, focus artistes et playlists sont notamment au menu. 

Egregore à Toulouse

Tout à la fois : label et webradio star de la ville rose. Egregore se donne une mission : rassembler une communauté de jeunes passionné·es sur une même fréquence, en France et à l’international. Le projet associatif est 100 % indépendant et défriche les jeunes talents issu·es de tous les horizons de la musique électronique (ils ne dénombrent pas moins de 68 résidents), qu’ils soient DJ ou producteur·ices, et ce, depuis 2017. Egregore, ce sont aussi des événements organisés ici et là dans Toulouse !

Amplitudes Radio à Bordeaux 

Un mur fait de la fameuse pierre bordelaise, des couleurs qui “popent” et une boule à facettes : voilà qui raconte un bon morceau du projet Amplitudes Radio. Vous y retrouverez une sélection de DJs éclectiquement électroniques, avec un penchant pour la house ensoleillée. Il ne faudrait pas oublier l’accent du sud-ouest de la radio. Une application vient récemment d’être disponible pour pouvoir l’embarquer dans votre poche. Le graphisme n’a rien à envier aux plateformes de streaming dont on ne citera pas le nom ! 

Lyl radio à Lyon 

Vous avez dit underground ? Rassurez-vous, vous êtes au bon endroit ! La radio se donne pour défi de diffuser la musique la plus étrange et geek qui soit, depuis dix ans. Si vous en avez marre d’écouter la même chose en boucle, Lyl Radio vous apportera la bouffée d’air frais dont vous aviez besoin : on vous le garantit. Pour cela, elle va à la rencontre d’artistes français ou internationaux. Elle est animée par des mordus de sons : qu’ils soient activistes, fondateurs de labels, gérants de record shops ou amateurs. Vous pouvez l’écouter de votre ordinateur sur votre bureau, ou du cellulaire dans votre sac avec l’appli. 

Radio Meuh à La Clusaz

Radio Meuh, ayant pour slogan « enjoy music from Reblochonland », est très certainement la maman de toutes les autres webradios. Pour preuve, elle est perchée dans les Alpes — plus précisément à La Clusaz — depuis 2007. Le leitmotiv ? Une diffusion 24/24h sur 7/7j, de tous genres musicaux susceptibles de rendre joyeux. Autant vous dire qu’elle pèse dans le game : d’après l’ACPM, elle est classée 12ème des 500 radios digitales françaises, en 2020. Cette statistique ne vous suffit pas ? Sachez que depuis 2012, la radio organise un festival annuel, qui se tient généralement en avril et dont Laurent Garnier est un habitué. Ah ! On nous dit dans l’oreillette qu’elle dispose aussi d’une appli. 

Comala Radio à Lille

La radio la plus au Nord, qui groove le plus fort (since 2017). Vous y trouverez des pépites soul, funk, house en voyageant de l’Afrique à l’Amérique du Sud. Elle est hébergée par La Guinguette du Cours St-So, un lieu culturel dans lequel vous pouvez aussi vous sustenter (de frites bien évidemment) et vous désaltérer. Elle diffuse depuis son studio cabane ultra cozy 24/24h sur 7/7j, avec des sets enregistrés en live du jeudi au dimanche. Ici, pas question de faire du gatekeeping, tous les morceaux diffusés sont répertoriés dans le moteur de recherche du site. Pensez à télécharger l’appli ! 

Tsugi Radio

Vous ne pensez quand même pas qu’on allait manquer de faire un crochet par la maison ? Depuis 2015, Tsugi Radio, en direct de son studio de la Villette, résonne au rythme de la crème des sorties musicales, qu’elles soient électro, pop, indie… La radio dénombre pas moins d’une quarantaine de DJ résident·es pour régaler vos tympans à toute heure et propose des formats DJ-sets, live, chant… 

Chez Tsugi Radio, quand on n’écoute pas de musique, on parle de musique. On vous propose un grand nombre de podcasts pour une exploration sonores à 360°. Le format « Place des fêtes » met l’actualité musicale à l’honneur. L’appli Tsugi Radio vous permet d’explorer les contenus à tout moment, à toute heure !

Rinse France à Paris

Que serait le PIF (Paysage Internet Français) sans Rinse ? Pas grand-chose selon Tsugi… La webradio diffuse la crème de la crème de ce qui existe dans l’underground français. La chaîne YouTube cumule 5 238 683 vues et le compte Instagram dénombre 109 000 abonnés. Essayez de rivaliser : être plus cool que Rinse relève du défi. Si vous êtes curieux, n’hésitez pas à rendre visite à sa jumelle outre-Manche, Rinse UK pour un max de grime, garage et autre breakbeat.

Station Station à Paris

La Station, c’est le refuge par essence des contre-cultures. C’est l’endroit où les freaks sont en lieu sûr et peuvent déployer leurs arts dans toute leur envergure. La radio Station Station se situe dans le prolongement de cette lignée. Vous y retrouverez de la musique, mais aussi une collection surprenante et toujours pertinente d’émissions politiques et culturelles. Une bonne manière de soutenir le tiers-lieu qui va fermer pour trois ans de travaux est de vous rendre sur place et de vous laisser surprendre par une programmation d’événements divers, qui mettent les marges au centre.  

Radio Sofa à Paris

Accolée au parc des Buttes-Chaumont, la cabine studio nommée Antenne47 de Radio Sofa est le lieu où la magie opère. La sélection des morceaux est résolument défricheuse, faisant la part belle à la scène locale : vous y trouverez presque une centaine de résident·es. Le café est compact mais vraiment super joli. Les luminaires ont été pensés avec des amis artistes des fondateurs. On peut aussi la retrouver hors les murs, à travers des événements organisés avec des partenaires à la philosophie similaire. Vous l’aurez compris, le mot d’ordre ici, c’est l’art avec un grand A.  

Lithium à Paris

Niché dans la rue Saint-Blaise, à l’Est de Paris, le tout jeune café Lithium a déjà tout d’un grand. C’est un lieu dans lequel, une fois posé, il est difficile de partir tant on se sent bien. Le système son a été bâti par Tweak Soundsystem. Autant vous dire qu’ils sont plus que respectés dans la communauté des audiophiles parisiens, mais aussi plus loin. La programmation est pensée pour une musique lente, qui prend le temps, pour se rencontrer d’une autre manière que sur le dancefloor d’un club. 

Café-Croissant à Paris

C’est le booth de webradio le plus chic de Paris. Ici, on joue du vinyle (presque) only. On y écoute de la disco, de la house allant de la minimale en passant par la deep. Mais aussi du rap ! De tout, dès l’instant où la qualité musicale est à l’honneur. Ici, on privilégie la qualité à la quantité : Café-Croissant compte 5 résidents réguliers. Mais elle n’est pas fâchée avec les invités pour autant ! 

Kiosk à Bruxelles

La très identifiée webradio belge est située dans le Parc Royal de Bruxelles. Les grands de l’underground, comme les émergents, foulent les platines de la cabine en bois, depuis presque une décennie. Au sein de la programmation très dense, on retrouve : du jazz, de l’ambient, du rock et une cascade de musiques électroniques. Kiosk, c’est aussi un endroit où on se pose volontiers, pour un café ou une bière belge. 

Gimic à Bruxelles

Situé en plein centre des Marolles à Bruxelles, Gimic est une radio qui met un point d’honneur à diffuser de la musique électronique, du spectre local à international. On compte parmi ses résidents Zaatar, Jacky Jeane, Forest, Egna et on en passe. Beaucoup de talents qui montent très vite en ce moment ! C’est aussi un bar avec une terrasse dans une petite cour. Elle diffuse en direct de 14h à minuit, du mercredi au dimanche.