Oui, on sait, on prend un peu d’avance sur l’été, mais on avait pas mal de recommandations livres à vous faire pour préparer vos vacances — et, bien sûr, autour de la musique, c’est encore mieux. Un peu de Frank Ocean, pas mal de Black British Music, mais aussi le groupe Talk Talk, l’histoire de la scène indé de Sheffield, les “Sad Girlz” et bien d’autres.
Revue Audimat #25
C’est devenu un rendez-vous immanquable, mais on est toujours agréablement surpris des textes qui peuplent la revue Audimat. Dans ce vingt-cinquième numéro, on retrouve l’épopée larmoyante des « sad girls » racontée par Clothilde Zamponi-du Mur alias Legit Girl DJ, de Tracy Chapman à Lana Del Rey, l’histoire — véritable — de la fusion entre le R&B et le hip-hop, le new jack swing, racontée par le critique musical Nelson George, et traduite pour la première fois en français. Mais aussi, l’évolution sans fin et paradoxale des événements de musiques électroniques en Belgique, entre discothèque New Beat et festivals toujours plus démesurés par Noé Béal dans Fête, Travail, Vertu, et l’expertise d’Emma Fitzgibbon autour des scènes techno, gothiques et indus dans Cyberpunk vs Cybergoth.
Nouvelle revue, nouveau lien pour commander, juste ici.

Black British Music. Utopie, diaspora et critique du capitalisme, Paul Gilroy traduit par Maboula Soumahoro
Pendant plus de dix ans, Margaret Thatcher a dirigé d’une main de fer le Royaume-Uni. Les années 1980-1990 sont marquées par la répression des raves, puis des free parties. Une manière simple d’imposer un contrôle permanent, au nom de la “sécurité”. Dans cette même logique, la Première ministre déclarait — déjà — en 1978 : “Les gens ont vraiment très peur que ce pays soit envahi par des personnes d’une culture différente”, ou l’exemple d’un racisme banalisé au nom d’un régime conservateur et nationaliste.
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Mais ce que notre chère Margaret ne comprenait point, c’est que, bien avant son arrivée, et surtout pendant ses mandats, la culture britannique est déjà imprégnée d’identités afro-descendantes, que ce soit dans les raves — avec l’import des sound systems jamaïcains —, mais surtout, dans tout un tas de musiques, du soul-funk au rap UK. L’historien Paul Gilroy, dans son livre There Ain’t No Black in the Union Jack (1987), défend, dans un passage, la place majeure des musiques noires britanniques. Ce chapitre vient d’être traduit en français par l’universitaire Maboula Soumahoro, et préfacé par le journaliste David Bola, qui revient sur la récupération de cette britannicité — notamment avec le drapeau de l’Union Jack — par une partie de la nouvelle scène UK (Nia Archives, Jim Legxacy, PinkPantheress). C’est sorti chez Audimat, donc, n’hésitez plus.
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Escaping Babylon : an intimate history of black british music, Jesse Bernard
Encore de la Black British music, mais cette fois-ci, c’est tout nouveau, et raconté par Jesse Bernard, journaliste (GQ, The FADER, The Guardian, Okayplayer, Resident Advisor), DJ et réalisateur. Il expérimente ses premières raves de 2006 à 2008, où garage music, UK funky, dubstep et dancehall se côtoient. En parallèle, il termine ses études, et vit une vie normale, au gré des radios pirates et des house parties en sous-sol.
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Ce qu’il veut transmettre ici, c’est une histoire sensible des musiques noires britanniques. De son propre vécu, de ses poèmes, il tisse un fil musical de fond, permettant à toute une génération de s’imaginer une bande-son qui résonne en eux. Raconter les histoires du quotidien, au rythme du grime qui fleurissait en même temps qu’il écoutait chaque freestyle qui bousculait le précédent. “Échapper à Babylon” équivaut à ne pas laisser ce système qu’il qualifie “d’oppressant, basé sur la surveillance”, le laisser dicter nos vies — il le raconte sous l’étiquette d’un “jeune homme noir britannique”. Chacun en échappe à sa manière, et, dans son cas, la musique y joue pour beaucoup.
Le livre n’est disponible qu’en anglais, et sur commande, juste ici.

Groovy, Laidback & Nasty : a history of independent music in Sheffield, Daniel Dylan Wray
Cabaret Voltaire, Pulp, les débuts de Warp Records, tous ont un lien d’âme plus ou moins fort avec Sheffield. Le critique musical Daniel Dylan Wray est arrivé dans le milieu des années 2000, période où toute une scène indie rock se développait en parallèle d’Arctic Monkeys, avec The Long Blondes, Pink Grease, Milburn ou Reverend and the Makers. Lui qui penchait davantage pour le post-punk de Black Wire, a très vite découvert l’héritage musical de la “Steel City” (surnom donné à Sheffield), et des groupes qu’il n’écoutait pas au début.
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De l’hommage aux chanteurs des années 1960 (Joe Cocker, Jimmy Crawford) jusqu’à la bassline d’Angela Weston alias Big Ang, marraine des clubs du Yorkshire, plus de 150 interviews (Richard Hawley, ex-chanteur de Pulp, Def Leppard, Warp Records, The Human League) rythment ce livre passionnant, pour découvrir en profondeur l’histoire musicale de l’une des villes les plus influentes d’Angleterre.
Le livre n’est disponible qu’en anglais, et sur commande, juste ici.

Frank Ocean, les garçons ne pleurent jamais, Nicolas Rogès
Dans ces artistes mystiques, Frank Ocean répond présent, lui qui est quasi-absent des radars depuis dix ans — avec une apparition au festival Coachella de 2023 assez laconique — et a sorti peu de musiques depuis son disque Blond(e) (2016). Nicolas Rogès, qui a déjà écrit des livres sur le rap (Kendrick Lamar, le rap de Boulogne) et la soul (Move On Up, La Soul en 100 Disques) s’attaque à l’une des figures les plus torturées, et les plus inspirantes des années 2010.
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Dans ce livre, le Grenoblois tente de dresser une bio-fiction de Frank Ocean : de son départ à la hâte après le passage de l’Ouragan Katrina à seulement 18 ans, en passant par son era de ghost writer, pour devenir l’auteur qu’on connaît, on comprend la manière dont il a nourri ses démons au fil de sa musique. Nicolas Rogès a recueilli de nombreux témoignages de proches de l’artiste — lui qui a commencé ce livre à la suite du décès d’un ami, fan de Frank Ocean — pour espérer atteindre celui dont on ne sait plus grand-chose. Va-t-il y parvenir ? La réponse dans son livre, sorti chez JC Lattès, et dispo en commande juste ici.

Talk Talk : Laughing Stock, Mathieu Durand
Une décennie (1981-1991), c’est ce qu’il a fallu au groupe Talk Talk pour transcender le grand public, des premières réussites comme “Talk Talk” ou “Mirror Man” sur leur premier disque The Party’s Over (1982), aux hits synth pop “It’s My Life” et “Such a Shame” sur It’s My Life (1984). Mais dix ans, c’est ce qu’il a fallu également pour que le groupe n’approuve plus la pression exercée par leur label de l’époque, EMI Records. Après le surprenant Spirit of Eden (1988), ils sortent leur cinquième et dernier album, Laughing Stock (1991) chez Verve Records (filiale du label Polydor).
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Six titres, dans les prémices du post-rock, imaginés par le chanteur phare Mark Hollis et les survivants Tim Friese-Greene et Lee Harris. Entre les longues sessions studio silencieuses et les douze heures quotidiennes de batterie pendant plusieurs jours, le journaliste et programmateur musical de chez FIP, Mathieu Durand, nous plonge dans l’opus le plus expérimental et intéressant du groupe anglais — alors en effectif réduit —, point d’orgue d’une carrière complète, mais mouvementée.
Si vous voulez vous plonger dans l’histoire déjantée de Laughing Stock, le lien est juste ici.

À venir : Black Pop, Douze âmes de l’Amérique noire, Nathan Reneaud
À partir du 9 juin, vous retrouverez en librairie le premier ouvrage de Nathan Reneaud, Black Pop, Douze âmes de l’Amérique noire. Habile plume sur le cinéma — et également programmateur du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux (FIFIB) de 2012 à 2022 — il a également fait ses armes en musique en tant que journaliste et enseignant intervenant.
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Il tenait, par son amour pour la soul music, à raconter un “évangile pop” comme il le définit, en remplaçant les douze apôtres par des artistes noirs (Marvin Gaye, Stevie Wonder, mais aussi Tupac Shakur, Michael Jordan, Oprah Winfrey ou Whoopi Goldberg). Il tient à renouer ce rapport à la divinité, très social, très politique, et à lui-même repenser son rapport à l’écriture, où une divinité est racontée dans chaque chapitre, comme il le raconte dans une vidéo pour la librairie Mollat. Une traversée au sein de l’Église noire, sans tomber dans l’appropriation culturelle.
C’est disponible le 9 juin 2026, et en précommande juste ici.























































































