Gen revient avec HALO, un EP de cinq titres paru le 26 juin dernier. Entre rap ciselé, synthés mouvants et nappes électroniques, il y déploie une lumière nouvelle, plus solaire que de coutume. Rencontre.
Si le titre “The Word Becomes Flesh” de Boards of Canada devait avoir des paroles, on confierait volontiers cette tâche à Gen. Non pas pour le punir, mais pour mettre en avant sa capacité à rapper l’amour, la banalité du quotidien et la mort avec une étonnante sérénité. Ce n’est pas le synopsis d’un film de Xavier Dolan, mais bien celui de l’artiste de Château-Thierry, qui nous ouvre les portes de sa nouvelle ère avec HALO, un EP pensé comme le récit du dernier été avant la fin du monde.
Conçu comme une réponse à son précédent EP ECHO ECHO, le disque prolonge son travail avec les producteurs Medbanger et san juliet, avec qui il forme un trio depuis près de cinq ans. Malgré le cynisme ambiant, Gen rappelle surtout qu’il y a, derrière tout ça, quelque chose de bien plus conciliant. Entre deux stories postées à l’arrache, il est revenu sur ses dernières phases d’écriture, son live avec Canblaster joué en janvier dernier à l’Hyper Weekend Festival, et son envie de collaborer avec toute l’Europe.

Si on commence par le début, dans quel contexte est né HALO ?
L’idée de HALO vient vraiment du diptyque avec ECHO ECHO. Avec le format du cinq titres, je savais très vite que je voulais faire un miroir. ECHO ECHO est un projet hyper hivernal pour moi. Même dans les sonorités qu’on est allés chercher, on s’est inspirés de pays où le froid prédomine. Avec ce constat, le diptyque s’est imposé de lui-même : j’allais faire un projet d’été, comme son reflet.
L’idée d’un diptyque s’est imposée assez tôt ?
Oui, complètement. Je me suis demandé quel pouvait être le miroir du motif camouflage et du motif militaire, et on s’est dit que c’était l’arc-en-ciel. Toutes ces idées sont arrivées en même temps, assez tôt dans le processus. À partir de là, on s’est dit qu’on allait faire un projet d’été, pas quelque chose d’agressif, mais avec une vision plus ouverte, plus légère. Pour moi, tu peux faire toute la musique que tu veux selon la pochette que tu mets dessus : c’est elle qui va déterminer le style. Peu importe la musique que j’aurais mise dans ce projet, avec cette pochette, il serait devenu un disque d’été.
Tu travailles avec le même trio, toi, Mehdi Coffre alias Medbanger et san juliet, depuis presque cinq ans. Est-ce que la recette a changé ?
Ce qui a beaucoup changé, c’est san juliet. À l’époque, il sortait du conservatoire, il avait surtout l’habitude de produire de la pop ou sa propre musique, et il aimait déjà beaucoup la musique électronique. Petit à petit, il a découvert le monde du rap avec nous, en produisant aux premières loges. Il a beaucoup évolué dans sa méthode de travail, ses influences et ses envies.
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De mon côté, je n’ai jamais été fermé à l’idée de bosser avec d’autres gens. Et même, je pense que je suis dans une période où il faut que j’aille travailler avec d’autres personnes. Travailler avec tes meilleurs potes depuis cinq ans, ça change forcément la manière dont tu fonctionnes. Tu n’es plus sûr, au fond, de ta vraie méthode de travail. Il nous arrive d’être freinés en studio parce qu’on se connaît trop bien. Avec Mehdi, on gère aussi le label ensemble (Ouhou Records, ndlr), et il a tellement de casquettes qu’il arrive parfois en studio avec mille choses à gérer. En ce moment, je me dis que ça serait pas mal d’aller bosser ailleurs, pour définir un processus concret qui me plaise. C’est quelque chose que je n’ai pas vraiment fait jusqu’ici. Et puis la dynamique à trois fait qu’il y a forcément, à un moment, des dominances.
Sur « Requiem pour les fourmis écrasées », tu samples le remix d’A-Trak du morceau “Heads Will Roll” des Yeah Yeah Yeahs. Est-ce que tu trouves un nouveau terrain de créativité au travers de ce genre de sample ?
Tout le monde a reconnu le sample, c’est le genre de blague que les producteurs aiment bien faire. Aujourd’hui, avec Samplette et les outils du genre, les producteurs se mettent à doomscroller sur les samples. Tu te retrouves à sampler un morceau alors que tu n’en as écouté que sept secondes. Moi, je pars du principe que, par respect, si tu veux sampler, il faut écouter le morceau en entier. Roméo (san juliet, ndlr), lui, cherche soit dans des samples de morceaux qu’il aime bien, soit il se balade au hasard et tombe sur cinq secondes qui l’intéressent. Mais philosophiquement, éthiquement, il faudrait écouter tout le morceau, surtout si on ne déclare pas ensuite le sample.
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HALO représente l’été, mais garde tout de même des textes avec des sujets plus profonds. Comment gardes-tu cet équilibre ?
J’ai tendance à dire que c’est un EP d’été parce qu’il y a un ou deux morceaux dans cette vibe là, mais c’est déjà un ou deux morceaux de plus que d’habitude. Il y a toujours de l’essence Gen dedans. J’ai besoin de textes pour développer ce que je pense, ce que j’ai envie de dire, pour construire un univers. Le but n’était donc pas de faire un projet en mode « Copacabana ». Il y a bien les deux. Et placer des morceaux comme “Téléguidé”, qui repose presque uniquement sur un refrain répété deux fois, laisse plus de place aux morceaux plus lourds de sens.
Tu te confiais davantage avec Barefoot, ton plus long format. Est-ce que ça a évolué sur ces derniers EP ?
Je n’ai pas fait de travail particulier. L’EP s’est construit autour du morceau avec H JeuneCrack. Il a une manière de travailler très personnelle, guidée par une notion d’efficacité. En allant à l’essentiel, j’ai sacrifié un peu d’intimité et de profondeur.
La mort est tout de même récurrente dans tes textes. Qu’elle soit combattue, alliée ou némésis, comment expliques-tu cela ?
Avec Mehdi, quand on était petits, on était obsédés par l’effondrement. On était persuadés que la musique qu’il fallait faire, c’était de la musique de fin du monde. ECHO ECHO, c’est exactement ça. Tout le sujet, c’est la réappropriation de thèmes abordés à travers le prisme d’un pays en bordel et d’un contexte politique mondial compliqué et douloureux. ECHO ECHO, c’est le deuil du monde, et HALO, c’est notre réponse face à cette situation.
Sur “Camarade”, tu dis : « Devoir devenir une ombre si je résume ce que ça m’a appris, rien de tel qu’une bonne tranche de franche camaraderie ». Qu’est-ce que tu voulais dire par là ?
Pour moi, c’est vraiment la synthèse du morceau. L’idée, c’est que je sais que tu vas mal et que tu as besoin de moi. Pas besoin d’aller chercher plus loin : tu deviens l’ombre de toi-même et tu as besoin d’aide. C’est l’histoire d’un ami qui a des problèmes de santé mentale. Au fond, le morceau parle de ça : du parcours des personnes dépressives, et du moment où il faut accepter d’être aidé, par ses proches comme par des professionnels.
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J’évoque aussi la solitude. Voir quelqu’un sombrer, c’est très violent. Tu sens peu à peu que tu sors de sa vie, sans rien pouvoir faire. Parfois, tu n’es même plus le bienvenu, parce que l’autre est trop loin dans sa propre noirceur. Et se sentir sortir de la vie de quelqu’un sans l’avoir voulu, c’est dur.

Sur ce même titre, on retrouve Alexis Delong à la production (Yoa, Zaho de Sagazan, Feu Chatterton!, disiz…) qu’est ce ça t’a apporté musicalement ?
Au départ, j’ai écrit “Camarade” sur une production de l’artiste Ohyung, intitulée “Dog Medicine”. Je lui ai envoyé un message pour lui demander son accord, mais je n’ai pas eu de réponse. On est ensuite partis sur une version rock alternatif, un peu Dean Blunt-esque. J’avais toutefois du mal à faire décoller le morceau, parce que j’étais trop attaché à la version d’origine. C’est lors d’une session avec Alexis Delong qu’on a retravaillé le morceau.
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Il produit énormément de matière. Il ne travaille pas de manière linéaire, en finissant un passage avant de passer au suivant. Il lance plein d’idées, beaucoup de pistes, et ça nous a permis de faire un vrai tri. En trois heures, on est sortis avec des dizaines de pistes, et c’est là qu’on a trouvé la bonne forme. Depuis, je suis très fier de ce morceau. On voulait faire quelque chose d’un peu pop, d’un peu rock, mais sûrement pas pop-rock, et travailler avec Alexis nous a permis d’aller exactement là où on voulait aller. Mehdi et Roméo s’en approchent parfois, mais là, c’était très agréable d’être avec un musicien qui sait faire de la bonne pop et du bon rock.
Les formats hybrides sont de plus en plus fréquents.
Je pense vraiment que la bonne musique d’aujourd’hui est plus hybride. Motomami de Rosalía est un album hybride dans le meilleur sens du terme. En France, on n’a pas encore vraiment imprimé cette idée, et c’est souvent très sage. Quand je vois des artistes comme rukowsky ou Bad Bunny, je me dis qu’il y a quelque chose de plus vivant, de plus organique, de plus libre à aller chercher. Ce sont des artistes qui ont vraiment digéré ce qu’ils écoutaient, et ça se sent.
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Tu invites H JeuneCrack sur ton titre “La bombe”. Comment ça s’est passé ?
On se connaît depuis Barefoot, sorti à peu près en même temps que 1er mouvement. On se donnait déjà de la force par messages, et je suivais son travail depuis longtemps. Il fait partie des meilleurs rappeurs de sa scène, et même des meilleurs en France. Un jour, je lui ai simplement proposé qu’on fasse un morceau ensemble, et il a dit oui. On a fait cinq versions différentes, avant de garder la toute première.
Ce qui me fascine chez H, c’est sa manière d’être toujours en mouvement. Il modifie des phrases, il change des structures, il fait évoluer le morceau en permanence. Moi, je suis beaucoup plus cadré : une fois que c’est bon, c’est bon. Lui accepte qu’une idée puisse se transformer deux jours après, et c’est une vraie force créative.
En janvier dernier, tu as partagé la scène avec Canblaster pour une création originale lors de l’Hyper Weekend Festival. Est-ce que ça t’a ouvert de nouvelles perspectives musicales ?
C’est une des expériences les plus fortes que j’ai vécues en tant qu’artiste. On a fait un projet en une semaine, alors que moi, j’ai besoin de temps pour décider ce que je veux faire. Là, on est partis sept jours dans le sud, et on est revenus avec un EP entier de 45 minutes à jouer sur scène une semaine plus tard. C’était une autre façon de penser la musique.
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Quand tu écris pour un album, les gens ont le temps de réécouter le morceau. Mais quand tu écris pour un live de 45 minutes, ça change tout. Tu vas à l’essentiel, tu écris plus instinctivement, et au final, je pense avoir mieux écrit que d’habitude. Canblaster était aussi d’une précision et d’une écoute impressionnantes. Il travaille vite, avec beaucoup d’idées, sans jamais écraser l’autre. On était presque tout le temps en train de jammer. C’était extrêmement vivant. Il a d’ailleurs produit pour de nombreux rappeurs, et j’aimerais continuer à travailler avec lui.
Dans une interview pour l’Abcdr du Son, tu dis qu’un jour tu arriveras à parler du futur dans tes morceaux. Est-ce qu’avec HALO, on y arrive ?
ECHO ECHO et HALO sont des projets tournés vers le futur, même quand ils parlent de fin du monde. J’ai fait le choix de ne plus parler du passé par défaut. Si j’en parle, c’est parce qu’il y a un morceau qui lui est dédié. Je préfère parler du présent, parce que c’est là que tout se joue, et c’est aussi une manière de parler du futur.

Tu évoquais le fait de t’ouvrir davantage aux collaborations. Est-ce que tu penses à des artistes en particulier ?
J’aimerais bosser avec Gud, Skrillex, underscores, Whitearmor, Thaiboy Digital… Il y a tout un pan de producteurs, souvent européens ou en marge des circuits américains, qui m’inspire énormément. Je me retrouve beaucoup dans cette manière de faire une musique froide, émotionnelle, mais très libre. C’est aussi pour ça que ECHO ECHO avait cette couleur-là. Je pense aussi à PinkPantheress : c’est peut-être la meilleure productrice en ce moment.
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Gen organise sa release party le mercredi 8 juillet 2026 à Point Éphémère. La billetterie, c’est par ici.









































































































