Vous avez forcément déjà vu son nom sur un line-up récemment. Vous l’avez peut-être déjà entendue lors de l’une de ses dates, à Paris et au-delà. Roulita est une DJ basée dans la capitale, se définissant comme mixant essentiellement de la deep techno. Tsugi vous emmène à la rencontre d’une personnalité, une de celles complètement mordues de musique électronique, à la carrière toute jeune, mais qui explose — déjà — tous les compteurs. 

Nous retrouvons Roulita à une table en bois, un peu à l’écart du tohu-bohu du festival Peacock Society, une petite heure avant son set d’opening de la scène FVTVR. Elle agit dans l’espace comme un aimant. Les gens s’arrêtent, lui disent bonjour, elle échange quelques mots avec eux. Avec en signature des conversations, un rire qui lui est propre, puissant. Elle a des yeux espiègles et une voix grave qui donne confiance. 

La carrière de Roulita décolle telle une fusée en direction de la stratosphère. Son premier gig se déroulait il y a trois ans seulement. Depuis ? Des dates partout en Europe, dont plusieurs au Berghain, des partages d’affiches avec des artistes tels qu’Oscar Mulero ou Surgeon à essaim, à Paris. Mais aussi un podcast pour Slam Radio, une résidence chez Rinse France et on en passe… Une chose est sûre, Roulita n’est plus tout à fait émergente, elle joue déjà dans la cour des grands, des très grands même. Rencontre. 

L’une des premières soirées techno que tu as faite, c’était la Visive, près de La Défense. Qu’est-ce qui t’a fait sentir qu’il n’y aurait pas de retour en arrière ?

Ça m’a mis une énorme claque. C’était tellement grand et fou : 5000 personnes dans La Défense. Je me souviens que ça m’a fait me dire : « Whaou, il y a autant de gens qui peuvent se réunir au même endroit pour écouter la même musique et ça peut bien se passer ? » À ce moment-là, j’avais encore en tête les soirées des clubs généralistes dans lesquelles il y a beaucoup de bagarres. 

Mais ce qui a scellé la passion, c’est quand je suis allée au festival Awakenings en 2022. Là, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis retrouvée devant le set de Rødhad. Il a joué ce qu’il sait faire de mieux, il m’a gardée scotchée pendant deux heures. C’était presque addictif. J’ai ressenti une sensation de liberté sur le dancefloor et un fort sentiment de plénitude. 

Ton premier podcast sur SoundCloud s’appelle « Rousomnia ». Pourquoi avoir ressenti le besoin de mixer à 5h du matin, en pleine insomnie ? 

J’ai du mal à dormir. J’ai souvent la vie qui trotte dans ma tête la nuit. Je ne trouvais pas le sommeil, donc autant faire passer le temps. Ça m’a permis de sortir de mon esprit, de me concentrer sur ce qu’il se passait à l’instant et de mettre ce que je ressentais dans la musique que je jouais. Aujourd’hui encore, ça reste un des sets les plus écoutés de mon SoundCloud, même si maintenant mon style a évolué et je joue autre chose. Il reste important pour moi. 

Un an plus tard, tu sortais le podcast « Roulieved ». Dans la description, tu informes que le set n’est pas parfait, comme toi, comme personne. Quelle place accordes-tu à l’erreur dans ton travail ? 

Alors, peu de place (rires). Il y a toujours un moyen de faire mieux. Avant, je faisais de l’équitation. C’est un sport où, comme le mix, au bout de 40 ans de pratique, tu continues d’apprendre. Il y a toujours un paramètre que tu ne maîtrises pas. Donc il faut que tu te rappelles de toutes les choses que tu sais bien faire dans l’instant. Mais c’est difficile. Je me rappelle que pour l’un de mes premiers sets devant un public, il y avait trois platines. Je me suis dit “tiens, je vais essayer”, alors que j’avais toujours mixé sur deux platines. Et évidemment j’ai fait n’importe quoi à un moment donné : j’ai coupé le mauvais track. Quelqu’un a crié : “On n’a rien entenduuuuuu !” Après, j’estime que quand tu mixes digitalement, comme je le fais, l’erreur n’a pas trop sa place. Sur vinyle, ce n’est pas la perfection que tu recherches, c’est un exercice différent.

D’une manière générale, l’adrénaline, c’est à toi de choisir ce que tu en fais. Je dis tout le temps que je suis “stress-xcited”(contraction de stressée et d’excitée, ndlr). En fait, tu choisis si tu décides de laisser le stress te bouffer. Ou si tu te dis « the show must go on ». Je l’aime bien quand même ce sentiment-là. J’y suis un peu accro quand même. 

Il y a environ deux ans, tu publiais une story où tu étais en recherche d’alternance dans la communication. C’était comment de cumuler le DJing et les études ? 

Je finissais mon master en communication et marketing en 2025. C’était un peu dur. Les personnes avec qui je travaillais me posaient beaucoup de questions par rapport à la musique et sur ce que je faisais le week-end. Je sentais bien que je me faisais traiter un peu différemment dans la boîte. Je ne me suis jamais vraiment bien sentie dans les bureaux. Le jour où j’ai reçu le mail pour mon premier booking pour le Berghain, j’y étais. J’ai dit : “Bon là, désolée, il va falloir que je sorte prendre l’air cinq minutes ». Et j’ai crié dehors (rires). Mais ce n’était vraiment pas simple. Surtout que je n’ai vraiment pas d’affinités avec la com’ ou le marketing. Mais bon, maintenant j’ai mon diplôme, la boucle est bouclée. Même s’il ne me sert pas à grand-chose. 

En février 2024, tu partageais un line-up avec ur.trax et Frederic, pour une soirée parisienne bien identifiée, Odd People. Dans quelle mesure cet opening a été un tremplin pour toi ? 

Ça a tout changé. Brice Coudert m’a bookée pour cette date. Moi, je n’en revenais pas trop. J’ai énormément travaillé pour ce set. J’ai loué une table de mixage et des CDJs pour m’entraîner. J’ai joué tout le week-end qui a précédé la date, je faisais des micro-siestes pour me reposer. Je n’avais pas de platines chez moi, donc j’avais peur de ne pas gérer le matériel. C’était fou. J’étais hyper stressée. Mais ça m’a aussi fait comprendre que je pouvais le faire. 

Cette année tu as fait deux gigs mémorables à essaim : tu as partagé le line-up avec Oscar Mulero et Surgeon. Quelle place occupe ce club dans ton cœur ? 

Essaim, c’est mon club préféré. C’est une communauté de gens passionnés. C’est un club où chaque détail est pensé, jusqu’aux lumières derrière le bar. C’est aussi là où j’ai pris mes plus grosses claques musicales : Philippa Pacho en format after, ou encore I-RO. J’aime comment le système son est calibré. J’y vais tout le temps, même pour danser. J’adore y jouer, plus je passe de temps dans ce booth, mieux je me sens. 

Le 1er août tu vas jouer pour la quatrième fois au Berghain. Comment te sens-tu à l’approche de cette date ? 

J’ai hâte, à chaque fois c’est la tornade. Ça me paraît 1000 fois plus grand, 1000 fois plus impressionnant quand j’y joue, par rapport à quand j’y vais simplement pour danser. J’ai envie d’aborder cette date avec un peu plus de sérénité, d’y voir quatre heures de liberté. Je fais énormément de sessions de quatre heures pour me préparer, je travaille brique par brique. Je prépare toujours un dossier sur ma clé USB comme sortie de secours si j’en ai besoin, mais globalement je mixe intuitivement.

Je me nourris de la foule en face de moi pour construire mes sets, de ma manière dont elle bouge, des expressions sur les visages… Je suis surtout super contente, à chaque fois j’en profite pour embarquer plein de gens trop chouettes avec moi. Ça me donne aussi de la force. Je sais qu’une semaine avant je ne vais pas réussir à dormir, mais bon ça fait partie du jeu quoi, c’est comme ça (rires)

Quel est ton prochain milestone, ta prochaine étape ? 

Je ne sais pas. La plupart du temps j’ai la sensation de ne pas en avoir, et quand ils se passent, je me dis : “Ah c’était ça le feeling que je voulais sentir en fait.” J’aimerais sortir de l’Europe, parce que je ne l’ai encore jamais fait, même pour un voyage. J’aimerais enfin pouvoir me servir de mon passeport (rires). Je suis curieuse de voir comment sont les dancefloors ailleurs, en fonction des cultures. 

Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ? 

La fête, c’est important. Il ne faut pas qu’on arrête de la faire, même si une frange des politiques essaie de nous en empêcher. Il faut continuer de faire en sorte que ce soit un espace où l’on prend soin les uns et les unes des autres. C’est important, parce que sans communauté, il n’y a pas de fête.