À l’abordage ! Veuillez prendre place à bord du Queen Punk (Mama) Chanter puisque LinLin vient de sortir son tout premier album, DISCO INFERNO. Une plongée étoilée vers son soi intérieur, mêlant rap, mentalité punk, house et chanson française. Rencontre. 

On ne sait pas encore combien d’enfants la rappeuse du Val-de-Marne va nous pondre — la pirate du même nom, issue du manga One Piece, Charlotte LinLin, en a officiellement 85 — mais on pense sincèrement que la prochaine génération ne manquera pas de citer LinLin dans ses tops artistes. Une claque, lorsque le grand public la découvre en première partie des Zéniths de Theodora, ou en featuring avec le rappeur Ino Casablanca sur “BLICKY”. The Espers, son premier EP sorti en mars 2023, nous invitait au sein d’une société de conseil fictive, inspirée des prospectus de voyants du nord de Paris. 

Trois ans pour changer de bobine, et nous voici au cœur de DISCO INFERNO, un premier album de douze titres remplis de jingles de radio et d’outro en grande pompe, avec un attrait particulier pour le monde de la nuit. Terminées les playlists “les meilleurs tubes en soirée”, l’album nous donne toutes les clés pour s’oublier sur les plus gros dancefloors de 2026 grâce à Mob, le beatmaker à l’origine de toutes les productions. Le hip-house français existe, et Tsugi a rencontré sa nouvelle prétendante juste avant son premier voyage outre-atlantique — elle jouera aux Francos de Montréal le 19 juin prochain — terre de ses premières stars. 

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LinLin © Tom Kleinberg
Comment te sens-tu un jour avant la sortie de ton premier long format, DISCO INFERNO ?

Excitée, je n’ai pas appréhension. Peu importe les retours, je suis contente de ce que j’ai fait et j’ai hâte que ça arrive aux oreilles des gens. Ça a été un long cheminement, mais je n’ai aucun regret, j’assume complètement le format album. 

Disco Inferno signifie « apprendre dans la souffrance » en latin, comment as-tu construit l’album autour de ce titre ?

C’est un titre qu’on a trouvé avec Mob (son producteur, ndlr) et on s’est dit que ça convenait bien à la situation. Je l’ai composé dans une période assez compliquée de ma vie : certains de mes proches étaient malades, d’autres ne comprenaient pas pourquoi j’avais fait le choix de la musique. 

Cet album représente la liberté, l’émancipation, j’ai vraiment envie que les gens puissent danser, oublier. Je souhaitais aussi me reconnecter avec mon enfant intérieur. Quand j’étais petite, on m’imposait énormément de choses. Mais là, c’est une prise de liberté totale, que ce soit dans le choix des sonorités, des thèmes abordés. C’est un disque qui est punk, où j’ai réalisé tout ce dont j’avais envie. C’est l’expression parfaite pour décrire DISCO INFERNO.

Comment as-tu fait pour passer de morceaux trap et rage, à cette attitude punk dans tes textes et dans le choix des productions ?

Toute la musique que j’ai sortie avant ce disque a été un laboratoire, j’ai expérimenté. Composer tous ces titres trap, touche-à-tout, ça m’a permis de gagner en expérience et d’atteindre le niveau pour pouvoir poser sur d’autres styles musicaux. Cet album, c’est la finalité de ce que je voulais faire, avec des sonorités électroniques, notamment house. 

Comment as-tu créés cette synergie avec Mob, ton ami et producteur, que tu connais depuis le lycée ?

Ça a été un long processus. Il avait déjà ses sonorités, puis on a regroupé nos influences musicales respectives pour créer cet album. Quand on arrive en 2025 avec un titre boom-bap comme « BOOGEYMAN », on va à contre-courant de ce qui se fait actuellement. Proposer quelque chose de fort, c’est aussi ça la démarche punk, pour dire : “je fais ce que j’ai envie de faire et j’en ai rien à foutre de l’avis des autres, que ça plaise ou non.” Si tu kiffes, tu montes à bord, sinon tant pis pour toi. 

Quelles sont les influences de Mob ?

C’est quelqu’un qui a un gros patrimoine culturel musical. Il était dans le rap et dans la musique électronique. Giorgio Moroder, Daft Punk, c’était ce qu’il aimait à la base. De mon côté, j’étais davantage dans le rap, et c’est lui qui m’a plongée dans ces morceaux à base de synthés. 

Comment te nourris-tu de cette musique club ?

Avec DISCO INFERNO, je voulais faire danser les gens, mais je ne voulais pas le faire sur des sonorités qu’ils connaissaient déjà, en France comme ailleurs. La house, la dance music sont des styles qui m’intéressaient, mais je n’avais pas d’exemple d’artiste en France sur lequel m’appuyer. On a réalisé un travail approfondi sur la langue pour pouvoir amener quelque chose de frais. J’ai le réflexe de vouloir poser des mots en anglais, mais je voulais travailler les toplines en français, et c’est en rappant que j’ai réussi à gagner en cohérence, à trouver mon propre flow sur les productions de Mob.

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LinLin © Tom Kleinberg
Il y a-t-il des différences entre topliner en anglais et en français ?

Premièrement, j’ai eu envie de poser en français. Peut-être que plus tard je poserai en anglais, mais je voulais toucher le public francophone. Après, ça vise aussi l’international, comme le titre “BLACC*”. Je ne voulais pas avoir cette facilité de poser en anglais. Faire les toplines en français ça m’aidait pour poser ensuite, alors qu’en anglais c’est quasiment impossible de retranscrire. Je me suis forcé à faire ces toplines pour que ça devienne quelque chose de simple et d’habituel.

Qui est-ce que ça a touché à l’international ? 

Surtout les fans de Beyoncé (rires). Ils ont dit que “BLACC*” ressemblait à un de ces titres. Elle a été une inspiration, pas sur ce morceau directement, mais sur l’album en général. Ça a également touché les fans d’Azealia Banks, un public très anglophone. Je ne sais pas comment c’est arrivé là-bas, mais j’en suis très contente.

En interview, tu dévoiles que tu es quelqu’un qui ne sort pas beaucoup. As-tu tout de même une soirée mémorable en tant que clubbeuse ou artiste ?  

Le premier concert qu’on a fait avec Mob au Dock B. On est arrivés, on avait des titres pas forcément terminés et on les a quand même joués. En voyant le public danser, on s’est dit qu’il fallait pousser cet aspect dans ma musique. DISCO INFERNO a été pensé pour le live, pour faire bouger les gens. 

Comment incarnes-tu l’image du pirate, présente dans tous tes visuels ?

C’était important de venir avec une esthétique forte, qu’il y ait un monde tout autour de l’album. J’ai de l’admiration pour les artistes qui ne viennent pas qu’avec des sons, une mixtape, mais qui ont une vision à plus grand terme. Les personnes qui kiffent ce que je fais, je les appelle mes « Charlotte », un surnom emprunté au personnage de Big Mom dans One Piece, mon manga préféré. Je voulais mettre en avant cet univers, sans tomber dans le cliché, en alliant les références, comme ce vampire sur la pochette, pour représenter la nuit. 

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LinLin © Tom Kleinberg
Quelles sont les clés pour se laisser avaler par DISCO INFERNO ?

Il faut l’écouter de A à Z, sans skip, car il se passe beaucoup de choses. Avec Mob, on a une musique qui est très riche, ce ne sont pas que des boucles. Les ambiances varient au fil de l’écoute, avec des musiciens qui interviennent à la fin des titres. C’est un album qui se réécoute plusieurs fois aussi. Il faut venir au live, qui apporte une autre dimension avec les synthés, les lumières, le travail sur les intros, les outros. Ce sont les conseils que je donnerai pour rentrer dans DISCO INFERNO.

Il n’y a aucune collaboration sur l’album, pourquoi ?

Je trouve qu’un premier album, c’est intime. Je voulais me dévoiler un peu plus, que les gens me découvrent, avant de faire intervenir des artistes dans mon monde. J’ai l’intention de collaborer avec des beatmakers, des producteurs, mais c’est important qu’on puisse d’abord identifier ma patte. Pour les projets futurs, c’est sûr qu’il y aura des invités.

Sur “BOOGEYMAN”, tu poses devant le drapeau français. Au Royaume-Uni, on retrouve également cette réappropriation du drapeau de l’Union Jack (PinkPantheress, Jim Legxacy, Nia Archives), qu’en penses-tu ? 

Quand j’ai sorti “BOOGEYMAN” je n’ai pas vu beaucoup d’artistes qui se réappropriaient le drapeau français. Je prenais des risques, parce que je ne savais pas comment les gens allaient réagir. Je voulais un drapeau, mais je ne savais pas lequel, et le fait que je ne pense pas en premier au drapeau tricolore, c’était déjà un problème. Je l’ai donc utilisé. 

Depuis que j’ai sorti ce titre, d’autres artistes l’ont revendiqué, et c’est le but. Il faut qu’on enlève ce cliché du drapeau français forcément lié aux fachos, que l’on soit fiers, en étant des enfants de la diaspora, français ou autre. On peut l’utiliser sans avoir une connotation négative derrière. On est vraiment en train d’enlever cette étiquette, et c’est tant mieux. 

Tu as cité Beyoncé, Azealia Banks, est-ce que tu as aussi d’autres influences ? 

On avait fait une playlist avec Mob pour préparer l’album. Il y avait beaucoup de musique house, beaucoup de Donna Summer, des artistes des années 1980. On ne s’inspire pas seulement de Beyoncé ou Azealia Banks. On voulait se rapprocher le plus possible de la house de Chicago. Mob a repris les boîtes à rythmes des années 1980, pareil pour la Miami bass, en y ajoutant une esthétique moderne, lié à un discours actuel, car c’est ce que je vis en tant que jeune femme. 

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LinLin © Tom Kleinberg
Qu’est ce que tu espères avec cet album ?

J’espère que ça va inspirer toutes les femmes, toutes les personnes qui ont envie de faire quelque chose de différent. Pas obligé de venir avec des titres mainstream pour que ça fonctionne, ou pour que les gens dansent. Je pense que cet album va permettre à celles et ceux qui ont peur d’oser, de faire des choses différentes, et de s’en foutre de l’avis des gens.