Si vous êtes sur Tsugi et non sur So Foot en ce lendemain de victoire qui ravive notre nation, c’est que la musique vous parle autant qu’à nous. Pour nos passionnés, la rédac’ de Tsugi vous a préparé une sélection des sorties de la semaine ! Au programme : la techno berlinoise d’Ellen Allien, les cordes planantes de Kelela, le broken RnB de Magi Merlin, la voix puissante de Baby Rose, l’énergie survoltée de Dax J, les remixes éclectiques de LB aka LABAT et enfin, les poèmes saturés de Frost Children.
Par Isma Satfaoui et Adélie Lamour
Ellen Allien – New Life
La reine mère de la techno berlinoise nous a délivré son nouvel album New Life. Elle signe un retour après six ans sans album — même si on a eu le droit d’écouter quelques EP entre-temps. Il y a quelques mois, Ellen Allien nous avait ordonné de nous lever — littéralement puisqu’on pourrait traduire le titre par « debout » ou « lève-toi » — avec son single sombre et immersif « Steh Auf ». La cover éthérée du projet nous invite directement dans son monde, où la nature et le céleste priment sur l’humanité envahissante. « Steh Auf » nous avait introduit l’énergie de l’album, entre darkwave, textures euphoriques et synthétiseurs glitchés.
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Des sonorités qu’on retrouve en fil rouge dans tout l’album. Dès « Crusing », nous décollons vers une nouvelle planète — matriarcale de préférence — au côté de la DJ allemande et ses sonorités parfois minimales, parfois brutes, mais toujours puissantes. Tout au long des dix tracks, une voix lointaine, en écho, nous accompagne et nous guide dans ce voyage. Ellen Allien mêle bruits mécaniques, pépiements d’oiseaux ou encore flûtes égyptiennes dans « Be Your Own Leader », un cocktail qui peut paraître osé mais le résultat tombe sous le sens. Dans « Move It », la DJ et productrice déclenche la sonnette d’alarme et les morceaux qui suivent s’activent. Les sonorités sont urgentes, stridentes, prennent de l’ampleur et s’assombrissent. L’option en boucle est lancée car nous n’avons aucune envie que la musique s’arrête et que le silence s’installe dans nos casques.
I.S
Kelela – new avatar
L’album très attendu de la chanteuse et compositrice américaine Kelela est dans les bacs ! Il paraît sur sa maison de disques historique Warp Records. new avatar aborde des thématiques telles que la misogynoir et la rage qu’elle provoque chez les femmes racisées. Pas question de céder à l’amertume cependant, la joie et la résistance militante sont aussi de mise. L’amour, toujours, y est raconté de sa naissance à son crépuscule, avec une dextérité émouvante. On est super fans de l’atmosphère planante de l’album, grâce à une multitude de cordes mariées à de la reverb toujours bien dosée. La chanteuse s’est associée au producteur Oscar Scheller, qui a déjà travaillé avec Pink Pantheress ou Zara Larsson entre autres.
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L’univers visuel complète avec brio les 12 morceaux du disque. L’artiste a collaboré avec le talentueux Yasser Abubeker pour le créer. Dans le clip de « linknbn« , on découvre la chanteuse en sirène de la ville qui ne dort jamais. Elle slalome avec un style presque intimidant dans les rues entourées de gratte-ciel. Alors voilà, chez Tsugi on trouve ce nouvel avatar brillamment sculpté. Kelela place de nouveau la barre très très haute avec ce troisième album. L’Élysée Montmartre prévu pour le 27 octobre est déjà complet…
A.L
Magi Merlin – POWER HOUSE
On change de registre avec Magi Merlin et on sort notre casquette, soul, pop et « broken » R&B — en reprenant les mots de l’artiste — tout en gardant la musique électronique sous la main. Pour son premier album POWER HOUSE, l’artiste tout droit venue de Montréal joue avec les frontières des styles musicaux en les entremêlant sur ses douze titres. Impossible de compter tous les genres dont cet album se nourrit. Entre les inspirations des années 1990 qu’on peut entendre dans le clavier électronique de « pixxxie », le penchant rock de « POPSTAR » et les touches indie, pop, soul, jazz et hip-hop, la créativité de Magi Merlin et Funkywhat est sans pareil. Avec habilité, le disque confronte les musicalités et explore les contraires, ouvrant ainsi le champ des possibles.
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Il n’existe pas de style qui se rapproche de celui de Magi Merlin. À travers les rythmes syncopés de POWER HOUSE on comprend bien pourquoi l’artiste s’est vu obliger de formuler son propre style : le « broken » R&B. Sa voix rauque, parfois robotisée comme dans « Thank You!! », se veut envoûtante et se marie aux différents instruments déployés dans le disque — on pense à l’intense solo de saxophone à la fin de « EAT! ME! OUT! » ou à la ligne de basse vibrante de « WHIP » — pour un mélange entre production électronique et instruments traditionnels. En tout cas, ce disque que l’on attendait depuis longtemps — la Canadienne a déjà sorti quatre EP avant POWER HOUSE — confirme simplement ce dont on se doutait : l’oreille musicale et l’inventivité de Magi Merlin font d’elle une des artistes à suivre de très près ces prochaines années.
I.S
Baby Rose – YEARNALISM
Restons sur les voix envoûtantes et les productions R&B et soul avec Baby Rose et son nouvel album YEARNALISM. Les productions de Baby Rose sont aussi douces et calmes qu’un dimanche et on pourrait danser un slow pendant des heures sur les cuivres de « Is This Love » ou sur les chœurs de « Dressed In Metal », en collaboration avec Elmiene. Petite surprise à la fin de « Sunday » pour autant ! Au bout de cinq minutes de guitares traditionnelles et de voix angéliques, une nouvelle énergie s’élève avec un solo de guitare électrisant et une batterie sèche et percutante. De même pour « All My Love » qui laisse transparaître quelques touches de funk pour accompagner musicalement sa déclaration d’amour. Sa voix, qui reprend les échos des plus grandes comme Etta James ou Janis Joplin tout en s’inscrivant dans le présent, crée comme une faille temporelle où nous pouvons simplement nous laisser emporter par sa musique et son timbre fumé.
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À seulement 32 ans, la chanteuse nous parle d’un sentiment tabou : celui de désirer — yearn en anglais — et surtout de l’exprimer dans une génération où la nonchalance prime sur les relations humaines. Sur son deuxième album, Baby Rose dit tout haut ce que notre génération pense et vit dans le silence. La peur de s’attacher, le courage de se détacher face aux situations qui ne nous suffisent pas dans « Let Me Go », la dissociation entre le cœur et la raison dans « Friends Again » en collaboration avec Leon Thomas, bref les relations entre 20 et 30 ans… Ce disque est intime, au point qu’elle utilise son prénom dans le morceau de fermeture « Jasmine’s sonnet », baissant momentanément le masque de l’artiste Baby Rose pour laisser place à Jasmine Rose Wilson.
I.S
Dax J – Sphinx
Posons une devinette : je croule sous les nominations du meilleur DJ de l’année de médias comme Groove, Mixmag ou encore Resident Advisor ? Je suis à la tête de l’un des labels de techno les plus prestigieux et respectés ? Je suis… Dax J ! L’artiste londonien fait paraître sur son label Monnom Black son nouvel EP, Sphinx, composé de quatre tracks. On ne sait pas comment il trouve le temps pour aller en studio avec toutes ses dates, mais le voici. Pour les amateurs de la techno puissante des années 2010, vous allez être servis.
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Comme toujours avec Dax J, pas de fioriture, que des sonorités explosives et galopantes, avec des pointes de dub célestes. Sphinx, est taillé pour résonner contre des murs en béton, des toits vitrés et des poutres en métal. La face A1 est euphorisante. Le producteur nous emmène dans un univers parallèle et spirituel, où les densités sont modifiées, les perspectives sont déformées et le temps s’écoule à une vitesse galopante. La face B1, quant à elle, nous emmène grâce à une mélodie entêtante à pleine vitesse dans le tourbillon de Bagdad, où tout se passe sans que l’on ait eu le temps de comprendre ce qui vient d’arriver. L’EP est disponible en version numérique et en vinyle.
A.L
LB aka Labat – Feel So Good Around You Remixes
En début d’année, LB aka LABAT nous avait déjà bien gâtés avec son album Feel So Good Around U. Apparemment avec lui, quand on pense que c’est fini, on en a encore, puisque le DJ nous a offert le 9 juillet un album de remixes. Fort de six morceaux, le Français dynamite à nouveau les barrières des styles musicaux. Alors que l’album original débordait déjà de collaborations artistiques, LB aka LABAT en voulait encore plus ! Depuis une semaine, le DJ et producteur annonçait un à un les noms qui sont apparus aujourd’hui sur Feel So Good Around U (Remixes). Ce menu à base d’artistes allant puiser dans tous les styles nous a mis l’eau à la bouche et on attendait avec impatience d’entendre le groove de Mac Declos sur « Ocean Drive », le titre à la base ancré club, partagé avec DJ Fuckoff. Le remix de Mac Declos est en effet un demi-tour à 180° du track original. Quand on ferme les yeux, les boucles répétitives et les modulations minimal techno nous emmènent tout droit, direction un hangar à Berlin, pour notre plus grand plaisir.
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La mission de LB aka LABAT sur le disque original était de toucher au plus de styles possibles, et le pari est encore gagné dans cet EP. Tellement que celui qui accorde ses cheveux à ses covers n’a pas su choisir un seul remix pour « Fixated », nous offrant deux fois plus de kiff. Les deux nouvelles versions sont opposées, et impossible de choisir entre la claque que nous met « Fixated (SPFDJ remix) » aux kicks grésillants et le moment de transe que nous procure « Fixated (Chlär Remix) » avec sa techno hypnotisante. LB aka LABAT nous a — encore — proposé un projet qui lui ressemble : familial, éclectique et qui ne donne qu’une envie : l’expérimenter en club ! Le meilleur de l’histoire ? Ce n’est que la partie une d’un projet qui promet de nous accompagner cet été…
I.S
Frost Children – Tweaker Poem
Frost Children, ce sont des enfants terribles qui crient plus fort quand on leur dit de se taire. C’est une fratrie qui tente de trouver des raisons de continuer à faire la fête dans un monde où les épidémies isolent et où la chaleur et la police déciment la vie. Ils se battent pour s’affranchir de l’aliénation du capitalisme et du genre. Vous l’aurez compris, ce sont des mioches pure souche de la Gen Z, biberonnés à la culture internet, aux mangas et qui en font des poèmes sursaturés.
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Dans ce nouvel EP de 6 titres, Tweakers Poem, Angel et Lulu chantent, composent et produisent tout de A à Z. Et tac, dans les dents des boomers qui pensent que cette génération ne sait plus rien faire de ses dix doigts et qu’elle a la cervelle ramollie par les écrans. Le résultat est une musique émancipatrice, à la croisée de l’hyperpop, du frapcore et du glitchcore. À Tsugi, on s’imagine autant se déchainer sur « Satellites » dans un club qu’écouter « Gutted » très fort dans les écouteurs, un matin où on a besoin d’un bon coup de boost pour démarrer la journée.
A.L




























































